Chronique jeunesse : Quand l’aventure anime le récit – David Lonergan

L’aventure, l’inédit, le surprenant. Les romans pour adolescents répondent souvent à ces trois termes comme s’il fallait entrainer le lecteur vers des chemins auxquels il ne s’attend pas. Toutefois, les auteurs cherchent aussi à inscrire cet inconnu dans un environnement familier. Ainsi en est-il, pour différentes raisons, des deux romans que je vous présente et qui s’adressent aux jeunes de 9 à 12 ans.

Crédit photo : Bouton d'or Acadie.

Crédit photo : Bouton d’or Acadie.

Dans sa série de romans « Les trois mousquetaires », Denis M. Boucher promène ses protagonistes un peu partout dans la province du Nouveau-Brunswick, tout en les plaçant dans des situations plus ou moins fantaisistes, voire fantastiques. Le tout est enrichi par les inventions du professeur Jarnigoine qui viennent au secours de nos héros dans les moments les plus tendus. Les titres des aventures donnent une bonne idée des intrigues : Le monstre du lac Baker (2006), Les soucoupes de la péninsule (2007), La prophétie de la Terre creuse (2009) et sa suite La vengeance de Groroth (2010). De même, chaque roman explore un coin du Nouveau-Brunswick, respectivement le Madawaska, Dieppe et la Péninsule acadienne, Hillsborough et la région de Moncton. Tous ces romans ont été publiés par les Éditions de la Francophonie.

Publié cette fois par les Éditions Bouton d’or Acadie, le dernier-né de Boucher, Le colosse des neiges de Campbellton, se passe dans le Restigouche. On retrouve avec plaisir l’intellectuelle Ania, le curieux Gabriel, le calme et toujours affamé Mamadou et le chien Dali, samoyède blanc comme neige. La facture du livre mérite qu’on s’y attarde : le papier glacé agrémenté des nombreuses illustrations en noir et blanc de Paul Roux rehaussent la qualité du texte. Une fois de plus, Bouton d’or Acadie a produit un bel ouvrage.

Nos trois amis (et leur chien) profitent du congé de mars pour aller faire du ski sur le Mont Sugarloaf de Campbellton. Une tante d’Ania les reçoit. Ils ne feront guère de ski, mais vivront une aventure digne d’un roman policier : un sasquatch aurait élu domicile dans la forêt environnante et aurait été aperçu par certains habitants! Une large balafre endommage par ailleurs la Bugatti d’Hermann Zuccanni, un riche Suisse qui s’est installé dans le coin du Lac-des-Lys dans l’arrière-pays de Campbellton. Les Mousquetaires croient croiser cette mythique bête lors d’une excursion et ils décident d’en avoir le cœur net : ils enquêteront. Ils rencontrent alors Zuccanni qui leur parle de la malédiction qui pèse sur sa famille et qui l’a conduit à s’installer avec les siens près de Val D’Amour. Comme toutes les intrigues policières, les mousquetaires identifieront différents suspects avant de résoudre l’énigme et, du même coup, la pseudo-malédiction qui hante les Zuccanni.

Comme dans ses autres romans, Boucher enracine son univers imaginaire dans la réalité locale. Par exemple, on rappelle le spectacle de Jean-Marc Couture, natif de Val D’Amour, pour lequel KeroZen, groupe rock de Campbellton, a fait la première partie, et on magasine au Marché Dumais de Campbellton. Tous les lieux nommés existent et leur représentation est pour les uns une occasion de constater qu’un roman peut se dérouler dans des lieux familiers et pour les autres une incitation à découvrir cette partie de l’Acadie. Les personnages sont sympathiques et leurs caractères bien typés. Leurs qualités et leurs défauts nourrissent, relancent ou encore embrouillent l’intrigue. Le rythme est vif et l’intrigue est bien construite avec ses trois suspects successifs, comme le veut souvent ce type de récit.

Crédit photo : Éditions l'Interligne.

Crédit photo : Éditions de l’Interligne.

Arianne Gagnon-Roy aime le fantastique, la fantasie, la science-fiction. Bref, tous les genres qui débordent de la réalité, tous les genres qui lui permettent de s’amuser à imaginer des aventures impossibles. Ainsi, après Une âme suffit et ses vampires mangeurs d’âmes, elle nous invite dans les couloirs du temps avec Un voyage inattendu (Éditions L’Interligne). À croire qu’elle a eu accès aux recherches sur les ondes gravitationnelles qui, disent certains, pourraient permettre des voyages temporels (d’autres disent le contraire sans pour autant affirmer qu’un voyage dans le temps est impossible).

Comme chaque après-midi, Alexandra, une adolescente, garde Max, âgé de douze ans. Ce jour-là, elle est accompagnée de son ami Jérémie, avec qui elle fait un devoir d’histoire. Max remarque qu’il est 4 h 44 et a l’idée de demander à Alex de faire un vœu puisque les trois chiffres sont identiques. Alex trouve ça ridicule, mais dans un grand soupir elle souhaite que l’histoire, qu’elle abhorre, lui reste mieux dans la tête.

Et les voilà propulsés à Rome à l’époque de Jules César. Curieusement et heureusement, Max porte une « montre » qui n’indique pas l’heure, mais permet de converser dans la langue locale. Ils rencontrent César qui, ne sachant trop d’où ils arrivent, d’autant plus que leurs vêtements sont étranges, en déduit qu’ils sont les enfants de Janus, « une espèce de dieu du temps » (p. 50), précise Max dont les connaissances historiques débordent largement celles des deux adolescents. Toujours à la suite d’un vœu d’Alex, ils seront transportés à l’époque des dinosaures. De là, ils aboutissent en pleine Renaissance à Florence où ils seront recueillis par Lisa qui les amène rencontrer Léonard de Vinci, le peintre qui va faire son portrait, un peu malgré elle d’ailleurs (on comprend ainsi l’origine du célèbre tableau). Leur dernier saut les mène au Moyen-Âge où ils rencontrent Bertrand du Guesclin. Cet épisode est particulièrement amusant, parce que l’auteure a choisi d’écrire les dialogues dans le français de cette époque, en incitant les lecteurs à lire le texte « à haute voix pour mieux le comprendre » (p. 138). Et son ancien français me semble fidèle, selon ce que j’ai pu apprendre à une lointaine époque de ma vie. Enfin, ce sera le retour à la maison, à la minute même où ils sont partis (bien que chaque aventure ait duré 24 heures), et l’explication de tout ce qui leur est arrivé, que je ne vous donnerai pas.

Comme c’est le cas avec la série « Les trois mousquetaires » de Boucher, les personnages de Gagnon-Roy sont complémentaires : Max est féru d’histoire, Alexandra a suivi des cours de survie et Jérémie est débrouillard. L’auteure a une plume vive qui sait créer des atmosphères et elle s’est manifestement amusée à parsemer son texte de nombreuses références historiques toujours bien choisies.

  • Denis M. Boucher, Le colosse des neiges de Campbellton, roman jeunesse, Moncton, Éditions Bouton d’or Acadie, 2015, 179 p.
  • Arianne Gagnon-Roy, Un voyage inattendu, roman jeunesse, Ottawa, Éditions L’Interligne. 2015, 191 p.

Prochaine chronique : Contes et aventures à la Grande Marée.

À propos…

David Lonergan1David Lonergan a vécu en Acadie de 1994 à 2014. Il habite aujourd’hui en Gaspésie. Il a travaillé dans divers domaines : théâtre, journalisme (écrit, radio, télévision), enseignement (au secondaire puis à l’universitaire). Il a publié plusieurs livres dont plus récemment aux Éditions Prise de parole, Paroles d’Acadie : anthologie de la littérature acadienne 1958-2009 (2010), Acadie 72 : naissance de la modernité acadienne (2013) et Théâtre l’Escaouette 1977-2012 (2015).

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