Chronique jeunesse : Le Vélo de course et le Tout-terrain de Bouton d’or Acadie – David Lonergan

L’aisance dans la lecture donne accès à des récits plus complexes et plus longs, dans lesquels les personnages quittent l’archétype et la caricature pour se rapprocher du vécu des lecteurs et des lectrices. L’enfance s’éloigne, l’adolescence entraine son lot de questions existentielles et le désir d’aventures.

L’imaginaire magique des enfants cède la place à un autre type d’imaginaire qui s’appuie davantage sur les expériences, les rêves, les pulsions, les interdits. C’est l’époque de la confrontation, de la définition de soi, du passage vers l’âge adulte. Les « vélos de course » et les « tout-terrains » se partagent les faveurs de ceux qui désirent explorer le monde qui s’ouvre à eux. L’incroyable aventure d’Axel le noyé (2013) de Paul Roux est un roman onirique situé dans un ailleurs fantaisiste, tandis que Le trésor de Memramcook (2014) de Dominic Langlois en est un d’aventure avec une trame d’enquête presque réaliste.

Auteur et illustrateur, Paul Roux a publié de nombreux ouvrages pour la jeunesse chez plusieurs éditeurs, dont la charmante et touchante série d’albums qui met en scène un « petit » enfant (Petit Paul, 2005[1]; Petite Sarah, 2006; Petit Félix, 2008; Petite Angélique, 2009; et Petit Tout-le-Monde, 2010) pour Bouton d’or Acadie. L’incroyable aventure d’Axel le noyé est son premier roman et s’inscrit dans l’étagère Vélo de Course (à partir de 11 ans).

Axel, un garçon de dix ans, s’est endormi sur sa bouée qui dérive loin du large. Il tombe dans l’eau et fait des rencontres aussi surprenantes que fantastiques, à commencer par « le fou flottant », un vieux sage qui se présente comme étant « celui qui doit tout [lui] apprendre » (p. 24). Axel ne veut rien savoir de lui mais, malgré toutes ses récriminations, il n’a d’autre choix que de subir les épreuves qu’on lui impose. Le sage le dépose sur une île déserte où il se heurte à différents obstacles : des oiseaux qui s’échappent sur lui, des tortues géantes qui le poursuivent et un gigantesque oiseau qui se saisit de lui, l’emporte dans les airs puis le laisse tomber dans la mer, au commandement du sage qu’Axel entend dans sa tête. Sous l’eau, il rencontre des poissons, dont le sage souligne la beauté, et s’accroche à un requin qui le mène dans le désert du Sahara. De là, un oiseau le mène dans la jungle où il doit fuir un jaguar… Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on le repêche et qu’il revienne à lui sur le bord de la plage dont il s’était éloigné. A-t-il rêvé ?

Le récit est initiatique. Le sage cherche à faire comprendre à Axel la beauté des choses et des êtres, leur place et leur rôle sur la terre. En se confrontant à l’inconnu, Axel comprend qu’il ne faut pas se fier aux apparences, mais « surtout s’intéresser à la face cachée des choses » (p. 87). On est très loin du réalisme, mais les « incroyables aventures » d’Axel nous rappellent qu’il ne tient qu’à nous de saisir que la vie est extraordinaire; il s’agit de s’ouvrir à elle. Les illustrations en noir et blanc, proches de la bande dessinée, occupent la plupart du temps le haut de la page et reprennent l’élément principal du texte, imprimé sur du papier glacé.

Crédit photo : Bouton d'or Acadie.

Crédit photo : Bouton d’or Acadie.

Après avoir publié deux recueils de poésie chez Perce-Neige (Mener du train, 2010; La rue en eaux troubles, 2012), Dominic Langlois aborde la littérature jeunesse avec Le trésor de Memramcook. Ce roman ouvre l’étagère Tout-Terrain qui, nous dit Bouton d’or Acadie, s’adresse « aux 99 ans et moins ». Je préciserais : aux dix ans et plus. Publié sur papier glacé dans une mise en page aérée aux caractères suffisamment gros pour ne pas désarmer les jeunes lecteurs, le texte est enrichi par les nombreuses illustrations de Maurice Cormier.

La Québécoise Marie Chicoine vient de déménager à Memramcook parce que son père enseigne à l’Université de Moncton. Un de ses confrères de classe, Mathieu Landry, l’a surnommée « Marie la Chicane », ce qui serait sans doute passé inaperçu si elle n’avait pas vivement réagi. Pour les réconcilier, le directeur de l’école a l’idée de contraindre les deux élèves à réaliser ensemble un projet scolaire, d’autant plus qu’ils sont d’excellents élèves. Le travail porte sur les accomplissements du père Camille Lefebvre, fondateur du collège Saint-Joseph. Le pépère de Mathieu, Joseph, est persuadé qu’il y a un trésor enfoui quelque part dans le Monument Lefebvre. Évidemment, Marie en doute alors que Mathieu y croit. Leur enquête les conduira à faire des découvertes surprenantes qui serviront de base à leur présentation scolaire. L’action est relancée de manière très efficace par quelques péripéties, bien sûr alimentées par le méchant gardien du Monument : découverte d’une partie de chapelet précieusement enveloppée, aventure au clocher du Monument, visite à l’Église de Beaumont, découverte d’un calice et surtout, pour Marie comme pour Mathieu, la construction d’une amitié qui sera sans doute tendre dans les temps à venir.

Les deux adolescents sont attachants et l’information donnée sur le Monument et le père Lefebvre intéressante. Marie est la narratrice et, comme le veut ce genre d’écriture, le style colle à l’oralité (y inclut les acadianismes de Mathieu et de son pépère) et les humeurs des personnages donnent de la couleur à leurs émotions.

  • Roux, Paul [texte et illustrations]. L’incroyable aventure d’Axel le noyé, Moncton, Bouton d’or Acadie, 2013, 108 p.
  • Langlois, Dominic [texte] et Maurice Cormier [illustrations]. Le trésor de Memramcook, Moncton, Bouton d’or Acadie, 2014, 116 p.

[1] De même que le Cahier d’activités Petit Paul (2007).

Prochaine chronique : «Fantasie» et fantastique.

À propos…

David Lonergan a vécu en Acadie de 1994 à 2014. Il habite aujourd’hui en Gaspésie. Il a travaillé dans divers domaines : théâtre, journalisme (écrit, radio, télévision), enseignement (au secondaire puis à l’universitaire). Il a publié plusieurs livres dont plus récemment aux Éditions Prise de parole, Paroles d’Acadie : anthologie de la littérature acadienne 1958-2009 (2010), Acadie 72 : naissance de la modernité acadienne (2013) et Théâtre l’Escaouette 1977-2012 (2015).

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