L’Université de l’Ontario français : un an, déjà résiliente, toujours innovante – Marc L. Johnson

Il y a un an, le gouvernement de l’Ontario adoptait la loi créant l’Université de l’Ontario français (UOF). Cette nouvelle université, basée à Toronto, mais devant rayonner sur l’ensemble de l’Ontario, était l’aboutissement d’une aspiration entretenue depuis plusieurs décennies par la communauté franco-ontarienne. Un anniversaire un peu chaotique, il faut l’admettre!

L’UOF est la première université entièrement par et pour les francophones de l’Ontario, mais elle aussi un modèle pour le 21e siècle. Elle est en effet affranchie des lourdeurs historiques et institutionnelles qui empêchent bon nombre d’universités d’être de leur temps. Elle s’inspire de quelques universités, quelques programmes et plusieurs pratiques qui, ailleurs, rompent avec les chasses gardées du «haut-savoir».

C’est pourquoi, au cours de la dernière année, une centaine de personnes d’exception, des professeures, professeurs, expertes et experts issus d’universités et d’institutions du Canada et d’ailleurs dans le monde, ont planché sur des approches pédagogiques innovantes et des programmes qui s’attaqueront aux grands défis de notre temps : transition numérique, transition écologique, mobilité de populations, urbanisation, mondialisation…

Les programmes qu’offrira l’UOF sortent des silos disciplinaires qui enferment la connaissance et empêchent les citoyens et les leaders de trouver des solutions innovantes aux problèmes complexes d’aujourd’hui. Dans son organisation comme dans ses programmes, l’UOF intègre les principes de collaboration, d’innovation, de diversité et d’utilité sociale. Ses étudiantes et étudiants apprendront en se confrontant directement à la réalité.

L’UOF tirera profit des possibilités du numérique pour réunir toutes ses étudiantes et tous ses étudiants, qu’ils soient sur place au centre-ville de Toronto, sur les campus des universités partenaires ou ailleurs dans le monde, dans des ateliers d’apprentissage que l’on nomme tiers-lieux.

Et puis…le 15 novembre dernier, une phrase laconique de l’Énoncé économique du gouvernement de l’Ontario annonçait que le projet de l’UOF est annulé. Du coup, certains ont laissé entendre que l’université n’existait pas encore, donc, que ce n’était pas une perte réelle.

La réaction de résistance et de solidarité qu’a suscitée cette annonce a prouvé le contraire. L’UOF n’est plus un projet, mais une réalité. Elle est dotée d’un Conseil de gouvernance, d’une petite équipe d’employés, d’une centaine de collaborateurs, des politiques et des règlements qui en font une institution. Elle a identifié le site de son campus temporaire et son bail est en cours d’approbation. La mobilisation des étudiantes, étudiants et des partenaires communautaires est bien entamée. Une seconde vague de programmes, de nature plus professionnelle, qui répondent directement aux besoins du marché du travail, est en cours d’élaboration, en partenariat avec d’autres universités. Sa revue en libre accès Enjeux et société. Approches transdisciplinaires est créée.

La francophonie ontarienne et toute la francophonie canadienne l’ont compris et exigent que le financement du gouvernement ontarien à l’UOF soit rétabli.

Entretemps, l’UOF a discuté avec les parties en cause et envisage plusieurs solutions dans l’avenir immédiat afin de poursuivre son travail. Des ressources du gouvernement fédéral, du secteur privé, d’autres universités partenaires et d’autres secteurs du gouvernement de l’Ontario pourraient être mobilisées pour que l’UOF développe sa présence en recherche, en mobilisation des connaissances, en innovation, en développement communautaire, à la mise en réseau de la formation.

L’existence de l’UOF est un acquis dans le paysage universitaire ontarien, mais c’est aussi un nouveau maillon dans la solidarité francophone pancanadienne. Alors que nos institutions et nos droits sont traités avec nonchalance populiste partout au pays, l’UOF est un des combats qui incarnent notre emprise sur l’avenir.

En cette période de fin d’année, il est permis d’espérer que les esprits plus festifs sauront entendre raison et redonner à l’UOF les moyens d’accomplir sa mission et aux communautés francophones l’espace qui leur revient.

À propos…

Marc L. Johnson est acadien du Nouveau-Brunswick, sociologue de formation, consultant en recherche de métier. Depuis une vingtaine d’années, son port d’attache est la région d’Ottawa-Gatineau. Depuis un an, il est engagé dans l’établissement de la nouvelle Université de l’Ontario français.

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