Explorer la réalité d’un jeune acadien de la Baie Sainte-Marie… sous forme de jeu virtuel – Hélène-Eugénie Roy

Voilà ce que nous propose Chad Comeau avec son jeu La Vie d’Arcade lancé officiellement le 12 août dernier à Pohénégamook, Québec. Le mot « Arcade » ne fait pas seulement référence au type de jeu dont il s’agit, c’est surtout le prénom du jeune héros du jeu.

L’histoire est située dans la région de Clare en Nouvelle-Écosse, où nous suivons les allées et venues du jeune Arcade Comeau dans son village natal. Nous pouvons promener le personnage de l’école au logis en passant parfois par quelques établissements du village, comme la station de radio, la bakery, l’église, la bibliothèque, la galerie d’art, etc.

Le jeu est conçu à l’aide de RPG Maker, un logiciel qui permet de créer des jeux de rôle en deux dimensions sur un modèle qui rappellera leurs vieux jeux de Pokémon aux nostalgiques du Gameboy. La carte du jeu est très simple; elle contient environ une vingtaine de tableaux dans lesquels on peut faire évoluer le personnage et terminer le scénario peut prendre environ trois heures et demie lorsqu’on s’attarde aux détails.

Prises de position et conséquences

Le scénario du jeu est construit de façon linéaire; on suit les étapes dans l’ordre donné, mais il est possible d’influencer certains aspects selon les choix de réponse que l’on effectue régulièrement. C’est d’ailleurs un des aspects forts du jeu que Chad Comeau désigne comme une « histoire interactive »; qu’on soit un fervent patriote de la culture acadienne, un acadien un peu distancé de ses racines, ou même une personne qui n’a jamais entendu parler d’Acadie, chacun a le choix de donner son opinion lors des multiples débats soulevés dans le scénario. Les répliques des personnages du jeu varieront selon les réponses fournies et certaines décisions influenceront le dénouement du scénario.

Fait intéressant, il est possible d’interagir avec pratiquement tous les objets du décor dans l’ensemble du jeu. Lorsqu’on positionne Arcade face à un objet et qu’on commande l’interaction, il se contente souvent de décrire ce qu’il voit… mais en dialecte clarien ! Ce qui permet aux joueurs moins familiers avec la langue d’enrichir leur vocabulaire et aux autres de se sentir chezeux.

Avertissement ! Il y a beaucoup de lecture, mais proposée de façon plutôt invitante; on passe parfois du français à l’anglais, entre autres lorsqu’Arcade discute avec sa mère qui est anglophone, mais la majorité des répliques sont en acadien de Clare. L’auteur indique en jaune les expressions acadiennes qui sont souvent issues d’un vocabulaire d’ancien français, et en gris les passages à prononcer à l’anglaise pour obtenir les sonorités des phrases. Le jeu vient d’ailleurs avec un lexique qui contient près d’une soixantaine de mots et d’expressions régionales.

J’ai été wellement surprise (pour employer les mots du jeu) de découvrir que le concepteur s’est amusé à intégrer de la fantaisie et de la science-fiction par l’entremise des rêves du personnage d’Arcade. Dans le monde du sommeil, Arcade passe en revue les questions importantes liées à sa culture. Devant un tribunal fictif, nous avons une fois de plus l’occasion d’exécuter quelques prises de position. Survient d’ailleurs en mode rêve un moment intéressant où il nous est possible d’écouter les voix enregistrées d’une douzaine d’orateurs acadiens aux accents variés qui nous parlent de leur rapport à l’identité acadienne. Ces témoignages parfois touchants apportent une dimension très personnelle à l’expérience.

D’ailleurs, on sent bien que toutes les questions soulevées dans le scénario sont très près de l’auteur du jeu. De la jeune fille qui se demande si elle devrait quitter l’école francophone pour avoir de meilleures chances de réussir dans la vie à la définition de la culture apportée par le personnage de l’auteure acadienne, on sent que le concepteur a été perturbé par les mêmes questions. Et c’est avec sérieux et sensibilité qu’il s’est penché sur les réponses. Un des choix les plus délicats du jeu survient alors qu’Arcade tombe amoureux d’une jeune anglophone. Il subit certaines pressions qui le poussent à se demander s’il ne devrait pas la quitter pour éviter de se laisser assimiler.

Pour les écoles

Le jeu n’est pas présenté comme étant à but éducatif, mais il est certainement pédagogique. Le tout premier tableau montre notre avatar en classe de français (ça vous donne une idée!), mais on se rend vite compte que le jeu ne nous proposera pas de test ou d’examen de français de type scolaire. C’est plutôt dans les discussions entre camarades ou à la maison que transparaît le caractère constructif du scénario. Si de prime abord il risque de ne pas intéresser le joueur mordu de jeu de tir en vue subjective (First-person shooter), il risque fort d’être pertinent dans le syllabus d’un cours de français ou d’un cours lié à la culture acadienne. Le jeu vidéo reste un médium qui résonne bien chez les jeunes. Ici, en vivant une certaine forme d’empathie à l’égard du personnage d’Arcade, bon nombre d’élèves pourraient développer un intérêt réel pour les questions soulevées dans le jeu même si les réponses qu’ils choisissent n’ont d’influence que sur un monde virtuel.

Personnellement

J’ai bien aimé! J’avoue avoir été agréablement surprise par la qualité du contenu. J’en profite pour mentionner que la musique du jeu est une création originale de Normand Pothier et qu’elle complète très bien l’univers du jeu. Certains moments m’ont fait sourire, d’autres m’ont fait réfléchir, mais jamais je n’ai senti qu’on cherchait à me faire la morale. Pour un deuxième jeu créé de façon indépendante, c’est un résultat dont Chad Comeau peut être fier! Mais ce qui m’interpelle le plus, c’est la démarche de l’auteur, qui considère qu’il est possible de faire du jeu vidéo une manifestation artistique. Il va jusqu’à traiter du sujet du jeu vidéo dans l’art dans le cadre de sa propre création virtuelle. J’encourage les moins habitués à ce type de jeux vidéo de s’y risquer; gratuit, facile à naviguer et accessible à toutes les générations!

Mac ou PC?

Les deux! Au départ les jeux conçus avec des logiciels tels que RPG Maker sont formatés pour fonctionner avec Windows exclusivement, mais par l’entremise de programmes tels que WineBottler il est désormais facile de jouer à La Vie d’Arcade sur Mac. La marche à suivre est très simple et tous les liens nécessaires sont accessibles sur le blog de Chad Comeau, où le jeu est aussi disponible gratuitement : http://www.fringfrangblog.com.

Bon gaming out!

Hélène-Eugénie Roy

Hélène-Eugénie Roy a grandi dans le village de Cap-Pelé, Nouveau-Brunswick. Elle a fait desétudes au département de théâtre de l’Universitéde Moncton et demeure présentementàQuébec. Elle y baigne dans une constante mer de touristes venus batifoler dans le Vieux-Québec pour crouler sous les gaufres au sucre d’érable et les fromages du terroir.

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