Élections législatives au Nouveau-Brunswick : onze circonscriptions à surveiller de près – Guillaume Deschênes-Thériault

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick sortant, Blaine Higgs, a décidé de convoquer les Néo-Brunswickois aux urnes le 14 septembre prochain dans l’espoir de se voir accorder une majorité. Les résultats très serrés des élections générales de 2018 nous rappellent l’importance des circonscriptions pivots pour déterminer quel parti formera le prochain gouvernement, et s’il s’agira d’un gouvernement majoritaire ou minoritaire. Guillaume Deschênes-Thériault vous présente onze circonscriptions dans lesquelles se dessinent des courses serrées et qui pourraient bien changer d’allégeance politique.

Shippagan-Lamèque-Miscou

En 2018, cette circonscription a joué un rôle crucial dans l’ascension au pouvoir de Blaine Higgs. Robert Gauvin avait emporté la circonscription avec seulement 99 votes de plus que le député libéral sortant. M. Gauvin, seul député francophone élu sous la bannière conservatrice et vice-premier ministre de la province pendant plus d’une année, a claqué la porte de son ancien parti en février dernier en raison de son opposition à la tentative avortée de fermer des salles d’urgence la nuit en milieux ruraux.

Ce n’est pas la première fois que les résultats sont très serrés dans cette circonscription de la péninsule acadienne. En 2014, le libéral Wilfred Roussel avait défait le progressiste-conservateur Paul Robichaud, député de 1999 à 2014, par 44 voix. Cette année, Robert Gauvin se présente sous la bannière libérale dans le sud de la province. Le candidat du Parti progressiste-conservateur est l’homme d’affaires Jean-Gérard Chiasson et celui du Parti libéral est Éric Mallet, un fonctionnaire à la retraite.

Les libéraux semblent en bonne position pour reprendre cette circonscription. Les électeurs n’auront certainement pas oublié le sort réservé à leur ancien député au sein du gouvernement Higgs. De plus, les bleus semblent davantage concentrer leurs efforts dans la Péninsule acadienne dans la circonscription de Tracadie-Sheila.

Tracadie-Sheila

Le député libéral sortant, Keith Chiasson, voit ses chances de réélection compromises par Diane Carey, une entrepreneure bien connue dans la région. Le recrutement de cette candidate vedette est un coup de force des progressistes-conservateurs. Quatre ministres du gouvernement sortant ont participé à sa cérémonie d’investiture.

En 2018, les libéraux l’ont emporté par plus de 2000 voix dans Tracadie-Sheila. Ils avaient aussi connu une victoire écrasante en 2014. Toutefois, avant 2014, la circonscription a été représentée pendant deux décennies par des députés progressistes-conservateurs.

Cette course dans Tracadie-Sheila se présente comme le meilleur espoir des conservateurs de faire un gain dans les circonscriptions francophones du nord de la province. Le défi de Mme Carey sera de convaincre ses électeurs du bien-fondé de sa décision de se présenter pour le parti dirigé par Blaine Higgs, fortement critiqué pour son bilan en matière de langues officielles et pour le nord de la province. L’expérience vécue de Robert Gauvin et la collaboration enthousiaste de Blaine Higgs avec Kris Austin, le chef du parti anti-bilinguisme People’s Alliance, ne jouent pas en sa faveur. Les citoyens de la circonscription pourraient toutefois décider de passer outre ces considérations dans l’espoir d’élire une future ministre.

Miramichi Bay-Neguac

L’ancienne ministre libérale, Lisa Harris, tente d’obtenir un troisième mandat dans cette circonscription qui a changé de couleur à plusieurs reprises au courant des vingt dernières années.  En 2018, Mme Harris l’a emporté par une avance confortable de près de 1500 votes. Toutefois, à eux deux, les candidats de la People’s Alliance et du Parti progressiste-conservateur avaient obtenu plus de votes qu’elle.

Si l’on en croit les sondages, les appuis au parti de Kris Austin sont en baisse alors que ceux au parti de Blaine Higgs sont en hausse. Cela pourrait venir compliquer la réélection de Lisa Harris qui fait notamment face à l’ancien ministre progressiste-conservateur Robert Trevors, qui tente un retour à l’Assemblée législative.

Miramichi

Une course à trois se dessine dans la circonscription de Miramichi entre la députée sortante de la People’s Alliance, Michelle Conroy, le chef du Parti libéral Kevin Vickers et le progressiste-conservateur Charles Barry.

En 2018, Mme Conroy avait causé la surprise en délogeant le député libéral de longue date, Bill Fraser. Les alliancistes mettront les bouchées doubles pour conserver cette circonscription, mais les troupes de Blaine Higgs pourraient bénéficier d’une baisse d’appuis à la People’s Alliance. Ces deux candidats ont l’avantage de pouvoir consacrer tout leur temps à leur campagne locale alors que Kevin Vickers doit parcourir la province.

En revanche, M. Vickers peut tirer profit de son statut d’aspirant sérieux au poste de premier ministre et d’une visibilité médiatique accrue. Le dernier chef libéral à ne pas avoir remporté son propre siège est John McNair est 1952. Pour les libéraux, une défaite signifierait fort probablement la fin de la courte carrière politique de M. Vickers.

Memramcook-Tantramar

En 2018, la députée verte Megan Mitton l’a emporté avec seulement 11 votes de plus que le candidat libéral. Cette victoire à l’arraché est en grande partie due à un appui important des étudiants de l’Université Mount Allison. Cette année, en raison de la pandémie, un grand nombre d’étudiants suivront leurs cours à distance. Il sera alors plus difficile pour les verts de mobiliser cet électorat. De plus, tout porte à croire que les libéraux, représentés par Maxime Bourgeois, redoubleront d’efforts pour reprendre cette circonscription. Toutefois, les verts en mettront tout autant pour la conserver.

Moncton-Est

Une course serrée est à prévoir dans Moncton-Est entre la député libérale Monique LeBlanc, élue une première fois en 2014, et le candidat vedette des progressistes-conservateurs, Daniel Allain, ancien PDG d’Alcool NB et actuel conseiller général à Dieppe.

En 2018, les libéraux l’ont emporté avec un peu plus de 850 votes d’écart devant le candidat conservateur. Cette année, M. Allain pourrait bénéficier de sa notoriété publique, mais les difficultés de Blaine Higgs auprès des Acadiens pourraient être un défi important pour lui dans cette circonscription où les francophones représentent un peu de plus de 40% de la population.

Moncton-Sud

L’ancienne ministre des Finances, Cathy Rogers, n’est pas candidate cette année. Elle avait été élue en 2014 sous la bannière libérale dans Moncton-Sud. Les quatre élections avant l’élection de Mme Rogers s’étaient conclues par une victoire des bleus dans cette circonscription.

La montée des appuis des progressistes-conservateurs dans les sondages et le départ d’une députée d’expérience chez les libéraux rend incertaine l’issue de cette course. Les progressistes-conservateurs misent sur un candidat bien connu au niveau local, le conseiller municipal à la Ville de Moncton, Greg Turner. De leur côté, les libéraux sont représentés par Tyson Milner, qui avait tenté en vain une première fois de se faire élire en 2014 dans la circonscription voisine de Moncton-Sud-Ouest.

Saint-Jean-Havre

La circonscription de Saint-Jean-Havre est reconnue pour ses résultats extrêmement serrés. En 2010, les conservateurs l’ont emporté avec 7 votes de plus que le député libéral sortant. En 2014, les libéraux ont repris la circonscription avec une avance de 71 voix. Ils l’ont conservée en 2018 par seulement 10 votes. Il s’agit de la seule circonscription dans la région de Saint-Jean qui avait échappé aux troupes de Blaine Higgs lors de la dernière élection.

Le député sortant, Gerry Lowe, n’est pas candidat à sa réélection. Il ne sera pas aisé pour la candidate libérale Alice McKim de conserver cette circonscription située dans une région où Blaine Higgs est très populaire. Les progressistes-conservateurs comptent sur la candidature d’Arlene Dunn.

Fredericton-Nord

Les libéraux devront travailler d’arrache-pied s’ils désirent conserver cette circonscription, remportée en 2018 avec considérablement moins de votes que les alliancistes et les progressistes-conservateurs mis ensemble. Les verts pourraient aussi venir brouiller les cartes dans cette course. Rappelons que l’année dernière, la circonscription fédérale de Fredericton avait été remportée par le Parti vert du Canada.

L’ancien ministre libéral, Stephen Horsman, sollicite un troisième mandat. Du côté des progressistes-conservateurs, Jill Green tente d’obtenir sa revanche après avoir été défaite par moins de 300 voix en 2018.  L’équipe verte ne ménage pas ses efforts pour faire élire l’entrepreneur local Luke Randall. Il s’agit de l’une des circonscriptions dans lesquelles un gain vert semble être une réelle possibilité.  La People’s Alliance¸ qui avait obtenu plus de 20% des voix en 2018, mise cette année sur la candidature d’Allen Price. Il s’agit aussi de la circonscription dans laquelle le chef intérimaire des néo-démocrates, MacKenzie Thomason, tente de faire son entrée à l’Assemblée législative.

Fredericton-York

Lors des dernières élections, les progressistes-conservateurs avaient perdu cette circonscription par moins de 300 votes aux mains du représentant de la People’s Alliance, Rick DeSaulniers, candidat à sa réélection. Avec la baisse des appuis au parti dirigé par Kris Austin, le candidat progressiste-conservateur, Ryan P. Collins, peut objectivement espérer l’emporter.

Carleton-Victoria

Le député libéral sortant, Andrew Harvey, cherche à obtenir un troisième mandat dans cette circonscription qu’il a remportée une première fois par seulement 82 voix d’avance sur le candidat progressiste-conservateur. En 2018, sa réélection était grandement tributaire à une division du vote de la droite entre les progressistes-conservateurs et les alliancistes.

La progressiste-conservatrice Margaret Johnson, qui en est à sa deuxième tentative de se faire élire dans Carleton-Victoria, pourra bénéficier de la popularité de Blaine Higgs. Toutefois, l’une des six urgences concernées par la tentative de fermeture la nuit par le gouvernement Higgs en février dernier est située dans cette circonscription, ce qui joue en faveur de M. Harvey.

À propos…

Originaire de Kedgwick dans le Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick, Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maîtrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Ayant une fibre militante, il s’est engagé dans diverses causes sociales dans les dernières années.

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