Puis-je prendre cinq minutes de votre temps? – Martin Normand

Depuis les propos de Denise Bombardier à Tout le monde en parle, qui ont trouvé un écho dans un billet de blogue de Mathieu Bock-Côté, je vois passer de nombreux commentaires – dans des articles d’analyses, dans des billets d’opinion, dans des messages sur les réseaux sociaux – à l’effet qu’il vaut mieux ne pas perdre notre temps et notre énergie à chercher à les corriger. Comme si collectivement, il fallait pousser un soupir de découragement et passer à autre chose, parce que c’est la chose polie à faire.

Eh bien, non, je ne suis pas de cet avis.

Le problème ne réside pas tant dans le fait que Mme Bombardier pense qu’il n’y a plus de francophones au Canada, à l’exception de quelques-uns en Ontario, ou dans le fait que M. Bock-Côté considère les francophones comme étant des bibelots folklorisés par le gouvernement fédéral. Des Québécois (et des Canadiens anglais, faudrait-il ajouter) qui ignorent ou méconnaissent la réalité des francophones d’ailleurs au pays, il y en a beaucoup. Souvent, ils ne connaissent pas cette réalité tout simplement parce qu’on ne leur en a jamais parlé.

Je suis au Québec depuis plus de 10 ans. À mon arrivée à Montréal, j’ai appris à un professeur d’université l’existence des francophones à l’extérieur du Québec (il avait cru, en apprenant que j’arrivais de l’Ontario, que j’étais naturellement anglophone – quelle surprise je lui ai réservé). J’ai enseigné à l’Université de Montréal où j’ai appris l’existence de ces francophones à de nombreux étudiants qui avaient soif d’en apprendre plus. À l’inscription de mon fils à son école primaire, quand on a indiqué que ma conjointe et moi étions nés en Ontario, on a assumé que notre langue maternelle était l’anglais et on s’est réjoui qu’on voulait que notre fils fréquente une école francophone. Tant d’occasions pour corriger des impressions erronées.

Bref, revenons à ces malencontreux propos. Le problème, ce n’est pas tant que des gens les tiennent. Le problème, c’est que personne ne les corrige. Mme Bombardier a tenu ses propos dans une émission regardée par plus de 1,1 million de Québécois dimanche dernier. M. Bock-Côté a publié ses propos dans un blogue logé sur le site web du quotidien francophone le plus lu au Québec. Et il faudrait laisser passer ces propos impunément? Tendre l’autre joue? Se contenter qu’au moins quelques mots-clés ont fait leur chemin dans les médias, même si c’est pour les mauvaises raisons? Demanderait-on la même chose à d’autres groupes minoritaires ou minorisés? Taisez-vous et laissez passer la tempête, ça ne sert à rien de corriger des clichés et des préjugés à votre sujet.

Il y a certainement des défis liés à la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire au Canada qui méritent d’être analysés, avec un peu de recul, à tête froide et avec des données probantes. Il y a parfois un fond de vérité dans ces analyses plus pessimistes, il faut en convenir. Mais on ne peut pas laisser se perpétuer un discours, souvent retrouvé dans les médias francophones, où l’on instrumentalise ces communautés pour justifier des positions idéologiques et politiques au Québec, sans laisser l’occasion à ces communautés de s’exprimer. C’est pourquoi, depuis le début de cette microrafale, je dis que ce qu’il faut privilégier à travers tout ça, ce sont des revendications pour une représentation équitable des communautés francophones dans les médias francophones à portée nationale, que ce soit dans les médias écrits, dans les téléjournaux, les émissions d’affaires publiques et les émissions de variété pour poursuivre les efforts d’éducation populaire aux réalités des francophones et pour ouvrir des espaces de dialogue – et de débats – sur l’épanouissement des communautés francophones.

Ça fait plus de 50 ans qu’on entend des commentaires voulant que ces communautés sont appelées à disparaître. Ça fait encore plus longtemps que ces communautés s’organisent et se mobilisent pour assurer leur épanouissement. Je ne pense pas que de prendre cinq minutes pour corriger de fausses informations diffusées aussi largement, ce soit une perte de temps et d’énergie. Et je sais fort pertinemment que je ne serai pas le seul à continuer à le faire.

À propos…

Martin Normand est stagiaire postdoctoral à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa et il est coordonnateur de recherche à l’Institut du savoir Montfort. Il détient un doctorat en science politique de l’Université de Montréal et une maîtrise de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques linguistiques et sur la capacité d’agir au sein des minorités linguistiques. Il est le responsable des comptes rendus pour la revue Francophonies d’Amérique. Il est aussi chroniqueur en affaires francophones sur RadioVM et à l’émission Sur le vif sur Ici Radio-Canada Première Ottawa-Gatineau.

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2 réponses à “Puis-je prendre cinq minutes de votre temps? – Martin Normand

  1. Quebec a lache la patate pour un but nationalist >Ils ont apliquee un politique de abandonment enver les Francophone hors Quebec . Since 1760 their has been an insidious movement to assimilate or make disappear all other peoples of north America. In this wonderful multicultural country called Canada, one has historically systematically oppressed all the others, even to the point of genocide. Je suis plus de confiance que les Acadiens vont survive ,que les Quebecois qui ont abandonee leur appellation Canadiens .They were unlucky to have their name usurped from them, while the Acadians were dispersed to ultimately disappear, their name was not. They were inadvertently transformed into a politically free people, while les Canadiens play the political game of the conquerors.
    . Oh Canada

    When can I say I am a proud Canadian, and what exactly is there to be proud of, what in essence is a Canadian? We are citizens of a geographical region possessing an establishment based on a capitalistic system seemingly designed for perpetual economic growth.
    In the context of our imagination, the description can vary widely depending on many factors. I believe that greed was the motivation in the founding of this establishment and it has become a finely tuned money maker for the cooperate elite. The British Empire practiced an almost unimpeded armed economic expansion throughout the world, destroying cultures and entire peoples in the name of free enterprise for personal profit. Some former British colonies will never recover economically from the damage caused by the foreign occupation, and exploitation of their human and natural resources.
    From its beginning the concept of private property rights has been the underlying catalyst for disaccord. Shouldn’t human rights count for something higher than anything else? Our present establishment is still in the active process of usurping Amerindian lands, of dispossessing numerically weaker peoples of their meagre existence. Profit is by far and has always been from its beginning the only raison d’etre of this establishment.
    We sometimes hear exclamations referring to humanity as ethically good beings, as being above animals in all respects, but only humans can be wilfully cruel and destructive to all. So when we say humanity we must accept the fact that we all have similar human traits considered evil or not. We are wilfully blind or wilfully blinded individuals floating around in a soup of destructive economic exploitation. Our tax dollar subsidizes the petroleum industries big time. It is easy to declare to be a proud Canadian but to feel it inside is something else. It is true that ignorance is bliss, if I did not know so much about the history of the establishment I might feel a lot prouder to be Canadian. There are many heroic peoples living in this country but not all Canadians are heroic.
    Am I less Canadian if I value human rights and the environment over cooperate profits and false pride. Ideas can be powerful stimulants even to supersede political or military powers. The idea of freedom has always been one of the most powerful and sought after ideals. I believe in the idea of Canadian multiculturalism because of its inclusive elements not because of its exclusive reality. Today’s Canadians no longer have a single cultural identity. So being Canadian is to be a part of it all, the good the bad and the ugly.A humanly created political concept is not a naturally evolved one as shown in the arbitrary borders created during the colonial expansion throughout the world. There is nothing as unnatural as a border being straight lines for thousands of miles. This country was created to exploit for profit and is still functioning, business as usual.
    Will higher ideals prevail in time, or will even the knowledge of our history as comprised of different peoples be meaningless. Yes we are comprised of many different peoples the strong dominate and exploit the weak while expecting and demanding their respect. I try to be an honest person, at least to myself, and understand the pressures of cooperate domination. As humans with our incredible imaginations we are all cons constantly conning cons. Our politicians deny scientific proof of the rapid deterioration of our environment; they continue to follow the idea of profit over survival. The transformation of society from profit mode to survival mode will be painful to all but it must occur sometime. Andre Gregoire

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