Portrait de relations passionnées et malsaines : Nouveau système de Daniel Leblanc-Poirier – Rameeshay Mubasher

Leblanc-Poirier, Daniel, Nouveau Système, Québec, Septentrion, coll. «Hamac», 2017, 110 p.

Crédit photo : Septentrion.

«Je suis rentré chez moi dans une nuit froide qui m’encerclait le cou telle une corde. J’étais relié à une étoile quelque part et à partir du fond de l’univers je me serais pendu. […] J’ai pleuré, secoué de partout, comme un arbre dans un vent total.» (p. 24) Nouveau Système, le dernier ouvrage de Daniel Leblanc-Poirier, écrivain, auteur-compositeur et technicien en génie civil d’origine néo-brunswickoise, présente le point de vue d’un toxicomane dont l’ex-copine est atteinte d’un cancer métastatique. Leblanc-Poirier y aborde les thèmes de l’amour, du deuil et de la violence tout en se servant d’une écriture simple et franche.

«Je m’ennuie déjà de toi et tu n’es pas encore morte.» (p. 37) Nouveau Système est, à première vue, l’histoire d’un homme qui pleure la morte inévitable de la femme qu’il aime. Cependant, ce n’est pas une histoire d’amour et de perte traditionnelle. Le narrateur, un toxicomane dépendant de l’aide sociale, se retrouve dans un «trouple», c’est-à-dire une relation amoureuse à trois, avec ses ex-copines, Kikou et Néné, des travailleuses du sexe qui se ressemblent physiquement. Bien qu’il dépeigne un rapport non traditionnel entre des gens socialement défavorisés, Leblanc-Poirier saisit de façon émouvante les hauts et les bas universels de tout type de relation amoureuse. Ainsi, parmi les descriptions de la consommation de drogues et d’actes sexuels violents, le narrateur raconte à la fois la maladresse et l’émoi qu’ont suscité ses premières rencontres avec Kikou. Plus loin dans le livre, il met en relief la banalité du quotidien d’une relation à long terme, marqué par la complicité ainsi que «le malaise d’exister simplement en regardant par en avant» (p. 91).

Lorsque Kikou reçoit un diagnostic de cancer du poumon, les trois amants sont obligés de sortir de la bulle protectrice de leur amour mutuel afin d’affronter la mort. Leblanc-Poirier ne craint pas de décrire de manière imagée la détérioration de Kikou : «Elle était là, sur une civière, dans le poulailler, tellement petite qu’on aurait pu ne pas la remarquer. Elle tenait dans sa main un mouchoir maculé de sang. […] Elle toussait à s’en revirer les poumons de bord.» (p. 12) La perspective du narrateur nous permet d’apprécier aussi le choc, l’incrédulité, le chagrin et l’épuisement qu’il ressent en prenant soin de sa proche. La situation est rendue encore plus complexe par son désir d’abattre des animaux et d’incendier des objets et des édifices afin de soulager sa douleur. Pourtant, ces tendances violentes sont décrites plutôt superficiellement et on n’arrive pas à bien comprendre les motivations du narrateur énigmatique de ce roman.

Leblanc-Poirier utilise un langage simple mais riche en métaphores pour décrire les observations, les interactions et les pensées intimes de son narrateur. Il fait souvent référence à des concepts du domaine de la physique («On avait l’impression d’être des particules.  Je tournais autour d’elle.» [p. 101]) pour souligner la nature passionnée mais aussi malsaine de la relation entre Kikou et le narrateur. En fait, le narrateur est tellement obsédé par l’image de Kikou (et Néné, sa copie conforme) qu’il devient «comme un toxicomane qui tente de retrouver son premier buzz de façon compulsive» (p. 92), incapable qu’il est de se libérer de ses pulsions sexuelles et violentes envers des femmes vulnérables dont les passés sont tragiques.

Roman bref et lecture facile, Nouveau Système explore des thèmes universels et complexes comme la perte, même si ses personnages principaux restent plutôt insaisissables.

À propos…

Rameeshay Mubasher est étudiante de médecine à l’Université de Toronto (en Ontario). Passionnée par la langue française et la littérature canadienne-française, elle détient une maîtrise en littérature française à l’Université McMaster dans le cadre de laquelle elle a étudié la littérature autochtone du Canada. Son rêve est de servir les communautés francophones du Canada en tant que professionnelle de la santé. Elle aime jouer de la guitare et regarder des films d’horreur.

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