Peggy Somers Feehan, cette Acadienne de Kedgwick qui milite pour le français en Louisiane – Clint Bruce

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Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

Fondé en 1968, le Conseil pour le développement du français en Louisiane, ou CODOFIL, est une agence d’État chargée de veiller à la promotion du fait francophone à travers toute la Louisiane. Pour la première fois dans l’histoire de l’organisme, une Canadienne en a la direction : Peggy Somers Feehan, originaire de Kedgwick et Louisianaise d’adoption. Entrée en fonction au début de l’année, elle a eu la gentillesse de répondre à quelques questions.

Clint Bruce : Félicitations pour ce nouveau poste comme directrice du CODOFIL. Pouvez-vous décrire la mission de l’organisme et les responsabilités que vous allez assumer?

Peggy Somers Feehan : Le CODOFIL a six grands mandats. Trois d’eux sont en éducation, car on fait le recrutement des profs de français pour les écoles publiques élémentaires de la Louisiane. Nous recrutons en France surtout, mais aussi en Belgique et un peu au Canada. On aimerait recruter plus au Canada, mais c’est un peu compliqué : comme le territoire est si grand, on ne peut pas aller partout pour faire des entrevues. Alors, on reçoit les CV par courriel.

Les autres mandats du CODOFIL sont au niveau de l’économie et du tourisme. On travaille donc à inventorier les business qui sont francophones et/ou francophiles. On a aussi des accords avec plusieurs paliers de gouvernements ici et à l’étranger (Québec, France, Martinique, universités, etc.).

Clint Bruce : Qui compose l’équipe du Conseil?

Peggy Somers Feehan : D’abord, il y a le conseil d’administration, composé de 23 membres. Quant au staff du CODOFIL, il y a moi, directrice exécutive, pour commencer. Jennifer Rodriguez s’occupe des bourses CODOFIL – des bourses d’études pour apprendre le français à l’étranger, des bourses pour les élèves, les étudiants et les professionnels. Matt Mick est notre public information officer. Il s’occupe donc des communications et des réseaux sociaux. Jean-Robert Frigault est notre employé qui travaille au niveau communautaire, avec les parents d’élèves d’immersion, et qui est très impliqué dans les fêtes du 50e anniversaire du CODOFIL, qu’on fête en 2018.

Crédit photo : CODOFIL.

Clint Bruce : Vous êtes originaire du Nouveau-Brunswick – de Kedgwick, plus exactement. Comment s’est tracé ce chemin qui vous a amenée jusqu’en Louisiane?

Peggy Somers Feehan : En 1999, j’ai vu une annonce dans L’Acadie Nouvelle, qui demandait des profs pour la Louisiane. J’ai pensé, pourquoi pas? Pour un an, ça serait l’fun! Je suis donc venue pour enseigner le français. J’étais une prof CODOFIL. Et voilà. Après presque 20 ans, je suis maintenant la directrice de l’agence. Dans ces années, j’ai bien sûr enseigné, mais j’ai aussi travaillé au niveau du district, du ministère, et j’étais impliquée avec le CODOFIL pour l’accueil des nouveaux profs. Ces trois dernières années, je travaillais au CODOFIL comme responsable des programmes de langue, en gros, je faisais le recrutement des profs. Finalement, depuis le 1er janvier 2018, je suis la directrice exécutive.

Clint Bruce : En 2018, le CODOFIL fête ses 50 ans. Quel est le bilan de l’organisme jusqu’ici? Quels défis se profilent pour les prochaines années?

Peggy Somers Feehan : Le 50e anniversaire est une occasion en or pour rétablir notre présence en Louisiane. Nous travaillons souvent dans l’ombre, mais là, on est en train de prendre un peu plus de place. Les réseaux sociaux sont formidables pour ceci. Nous avons un site web pour notre 50ewww.codofil50.org, où vous pouvez nous suivre, des liens vers des vidéos avec le mot francophone de la semaine #CODOFILmot. Ce sont des vidéos de 15-20 secondes et elles sont vraiment géniales. Il faut nous suivre sur Twitter @codofil et nous aimer sur Facebook.

Les défis… Les mêmes que tout le monde. Le budget. Nous dépendons du gouvernement, alors il faut continuellement se battre. Le 50e va nous aider, dans le sens qu’on sera très présents et d’actualité. Ça ne peut pas nuire, non?

Clint Bruce : Qui sont les partenaires et interlocuteurs du CODOFIL au Canada?

Peggy Somers Feehan : Nous avons quelques partenaires, par exemple, le Centre de la francophonie des Amériques, avec qui on travaille parfois sur des projets spécifiques. On a aussi signé une entente avec l’Assemblée nationale du Québec. Le but ultime de cette entente serait d’ouvrir un bureau de la Louisiane à Québec. Affaire à suivre. Nous œuvrons aussi côte à côte avec la Ville de Lafayette, qui est membre du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique avec plusieurs communautés acadiennes et aussi canadiennes. Dans les projets futurs, on a le Congrès mondial acadien en 2019. Je suis certaine qu’on va s’impliquer d’une façon ou d’une autre.

Clint Bruce : Il y a une grande curiosité en Acadie en ce qui concerne la situation linguistique en Louisiane. Quelle en est votre lecture? Y a-t-il lieu d’être optimiste?

Crédit photo : Matt Mick.

Peggy Somers Feehan : Je suis optimiste. Je lisais l’autre jour un article qui disait qu’il y a deux tranches de la population qui parlent français en Louisiane : les plus de 60 ans et les moins de 30 ans. C’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui a marché depuis 1968. Tous les French teachers qui sont venus depuis la naissance du CODOFIL, ces milliers de profs qui sont venus, ces milliers d’élèves qui ont été initiés au français, ces milliers de parents qui ont vu, à travers leurs enfants, la richesse d’une deuxième langue qui leur a été volée, ces émotions qui surgissent quand ils entendent leurs enfants chanter en français lors d’un spectacle scolaire – tout ça, c’est en train de revirer la situation. Les gens n’ont plus honte de leur francophonie. Ils en sont de plus en plus fiers, j’en suis convaincue. Le bilinguisme est plutôt encouragé maintenant, plutôt que d’être abaissé. Et ce n’est plus que pour l’héritage, mais aussi pour l’avantage économique, l’ouverture sur le monde, les voyages, etc.

Clint Bruce : Dans la francophonie canadienne, on considère souvent que la langue représente l’élément le plus essentiel de l’identité culturelle. Est-ce que vos expériences en Louisiane ont renforcé ou atténué cette conviction?

Peggy Somers Feehan : En Louisiane, plusieurs Cadiens [ndlr : et Franco-Louisianais aux origines diverses] ont malheureusement perdu la langue, mais je vous jure qu’ils n’ont pas perdu leur identité culturelle. En Louisiane, c’est plus que la langue. C’est la musique. C’est la cuisine. C’est la joie de vivre. Tout ça, ça fait partie de leur identité et c’est hyper fort ici. Aussi, fait très intéressant, il y a beaucoup de jeunes qui ont tous ces attributs, sauf la langue, mais à force de chanter en français, ils apprennent à parler la langue. Ça, c’est très intéressant et vraiment joli aussi.

Clint Bruce : Quel aspect de la vie quotidienne appréciez-vous le plus là-bas?

Peggy Somers Feehan : La chaleur humaine. La convivialité. La joie de vivre. Les Cadiens sont comme les Acadiens. C’est pour ça que je me sens autant chez moi ici qu’à Kedgwick!

À propos…

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) à l’Université Sainte-Anne, Clint Bruce est originaire de la Louisiane et amoureux de l’Acadie. Parmi ses projets de recherche, il prépare un manuscrit de livre intitulé L’expérience acadienne au temps de l’esclavage : Désirée Martin et les siens en Louisiane créole.

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2 réponses à “Peggy Somers Feehan, cette Acadienne de Kedgwick qui milite pour le français en Louisiane – Clint Bruce

  1. Pingback: Entretien : Peggy Somers Feehan, cette Acadienne de Kedgwick qui milite pour le français en Louisiane – Les Carnets Nord/Sud·

  2. I was educated in the English language, it was not my choice to make at six years old, but I did not adopt or develop an English world view.(a major superiority complex). The subsequent discovery of my Acadian historical heritage blew me away. All of a sudden I was a direct descendant a genuinely heroic people. I consider every survivor of the armed economic expansion of the British Empire into Acadia or Migamagi to be hero’s, it was a genocide committed by a Christian nation against Christian peoples. The traumatic experience I felt when I was informed by a Quebecois that my proud Canadian identity ( the name) had been usurped by the Anglo newcomers to Canada. Les Canadiens had become invisible in their homeland with the signature of Pierre Elliot Trudeau in the 1970s. They had subsequently adopted the new appellation Quebecois, to remain visible within this new multi-cultural society. I have since identified with my mothers people the Acadians. My employment as heritage interpreter for 29 years really opened my mind on our local history, and who the Acadian people are. The estuary of the Restigouche river is situated deep into the Baie des Chaleurs in northern Acadian territory and is the home of the Migamagi people, solid traditional allies of the Acadian people, and in many cases blood relatives or Metis. The complete lack of European women during the founding years of Acadia and the frequent territorial transfers between European powers (13 times) assured that the people developing within Acadian territory would be a multi-cultural society. No other North American territory was so hotly disputed and no other Euro-American people experienced the turmoil, they inadvertently evolved into ultimate survivors. The events of the summer of 1760,(The Battle of the Ristigouche) amply demonstrates the resilience of a people when the lives of their children is at stake. The English were paying 50lbs for the scalp of those twelve years or younger, Migamagi or Acadian. Acadian privateers had ferried most of the refugees and resistance fighters as far north as possible to a place called La Petite Rochelle near Listuguj. This encampment was destroyed at the beginning of July 1760 because of the scorched earth practices of the English. The small French squadron that had taken refuge in the river was destroyed along with over twenty Acadian boats. On the evening of July 8, the combined resistance fighters laid out solid walls of lead shot as the attacking English boats neared shore near Listuguj, none made a landing.
    No further attempts were made to get on shore and the English ships left the river. For the local peoples this was a great victory, they had avoided annihilation, and gained time to escape this dead end and remain within their ancestral territory. Today their are two kinds of Acadian, direct descendants of those deported and those who escaped deportation, both are equally proud of their historical heritage. Many of the deported lost the use of their ancestral language through natural (becoming part of their environments) evolution and understand that it does not diminish in any way the substance of their historical heritage. I salute those in the struggle to preserve the French language, I assured that my children were educated in the French language. The fact is that today the French language is a widely shared element of identity, it became the main language of our ancestors who lost everything except their memories and their name.( the Canadians lost nothing except their name)
    I am an Acadian living in Quebec who hates to be called French or English since it deprives me of my heartfelt identity. Maybe real Acadians are bilingual EH !

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