RE : Loin d’être un cul-de-sac! de Benoit-Doyon Gosselin ou Les nouvelles voix en poésie acadienne – Dominic Langlois

J’ai lu avec intérêt la critique de Benoit Doyon-Gosselin intitulée «Loin d’être un cul-de-sac!» Sa théorie voulant que l’on assiste présentement à la revanche des régions me plait. On peut se réjouir de constater que la littérature acadienne s’affirme de la sorte et que ses auteurs prennent possession du territoire.

J’ai cependant été étonné de sa remarque au sujet des poètes émergents. Il dit :

Dans les années 1970 et 1980, la majorité des poètes acadiens émanaient du monde des arts visuels. Depuis une dizaine d’années, les poètes proviennent surtout du monde du théâtre (Gabriel Robichaud par exemple) et ce changement de paradigme est important. Il faut en prendre acte.

Je comprends qu’il est tentant de faire une telle affirmation. En plus de Gabriel Robichaud, Joannie Thomas et Monica Bolduc, qui ont toutes deux récemment publié des recueils chez Perce-Neige, ont obtenu une formation au Département d’art dramatique de l’Université de Moncton. Je crois toutefois qu’il est précipité de parler d’un changement de paradigme. Se peut-il qu’il ne s’agisse que d’une conjoncture?

À l’été 2017, le Festival acadien de poésie, à Caraquet, a organisé une table ronde à laquelle j’ai participé et qui avait pour titre «De la page à la scène». Lorsque l’on m’a demandé pourquoi les auteurs se produisaient eux-mêmes de plus en plus sur scène, j’ai mentionné que l’industrie littéraire était probablement responsable, du moins en partie, de cette tendance. Je crois en effet qu’en 2018, s’il veut espérer vendre quelques livres, l’auteur doit être en mesure de susciter l’intérêt et divertir. Je ne le dis pas avec dégoût ou nostalgie d’une époque révolue. C’est un constat. L’auteur qui est habile à présenter ses textes en public suscite l’intérêt de l’auditoire et se démarque. D’ailleurs, dans une allocution tenue à l’Université de Moncton le 19 janvier dernier, Jonathan Roy venait appuyer cette idée en mentionnant qu’il tenait compte de la performance des auteurs lorsque venait le temps d’élaborer la programmation artistique du Festival acadien de poésie.

S’ajoute à cette réalité la popularité grandissante, en Acadie comme ailleurs, du spectacle littéraire. Si je me limite au territoire du Nouveau-Brunswick, j’irais jusqu’à dire que la revue de création Ancrages, qui propose des événements et des spectacles littéraires à tous ceux et celles intéressés par l’écriture n’est probablement pas étrangère à cet essor. On comprend facilement que dans un tel contexte, les artistes ayant une bonne présence scénique peuvent être avantagés.

Mais est-ce que cela en fait un changement de paradigme ? Et d’écrire que la majorité des poètes acadiens des années 1970 et 1980 émanaient du monde des arts visuels me semble également être une généralisation. À toutes les époques, les créateurs de l’Acadie ont dû faire preuve de polyvalence et montrer leur savoir-faire; plusieurs sont passés d’une discipline à une autre. France Daigle, Daniel Dugas, Georgette LeBlanc, Marie Cadieux, Sébastien Bérubé et Paul Bossé, pour ne nommer que ceux-là, ont tous œuvré dans plus d’une discipline artistique.

L’avenir nous dira s’il s’agit bel et bien d’un changement de paradigme, mais d’ici là, la publication d’auteurs dont la formation est en théâtre me semble circonstancielle. Elle provient, à mon avis, de la popularité de la performance scénique. Remarquez que la qualité est bien au rendez-vous des récentes publications. Ce n’est pas de ça qu’il est question ici.

J’ose croire que l’élan des plus récentes voix poétiques en Acadie n’est pas seulement le fruit de leur formation en théâtre, mais plutôt la preuve que la littérature est bien vivante et que ses auteurs, actuels et à venir, possèdent l’audace et la confiance pour la faire rayonner sous toutes ses formes. C’est de ce phénomène qu’il faut, à mon avis, tirer des conclusions et non pas de l’interdisciplinarité qui a toujours existé.

À propos…

Crédit photo : Valérie Roy.

Dominic Langlois vit à Moncton. Il a fait paraître aux éditions Perce-Neige : Mener du train (2010) et La rue en eaux troubles (2012), ainsi que Le trésor de Memramcook (2014), son premier roman jeunesse, aux éditions Bouton d’or Acadie. Au printemps 2016, il a lancé Les sentiments barbares, son troisième recueil de poésie. Il est impliqué au sein de la revue acadienne de création littéraire Ancrages et est également travailleur culturel.

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