Les beignes nous laisse sur notre faim – Félix Desmeules-Trudel

Les beignes, Matthieu Girard [texte et mise en scène], Caraquet, Théâtre populaire d’Acadie, 2017. [Ottawa, Zones théâtrales, 11 septembre 2017].

La pièce Les beignes de Matthieu Girard, présentée le 11 septembre 2017 dans le cadre du festival Zones théâtrales au Studio Azrieli du Centre national des Arts à Ottawa, raconte la quête de trois habitués et de deux employés d’un Tim Hortons pour gagner LE concours et ainsi se rendre à Brantford, en Ontario, pour visiter l’usine de production de beignes de la compagnie. Comment faire? Manger 25 beignes en cinq minutes. Simple, certes, mais les aléas de la vie des trois habitués, Johnny, Rosa et Dion, rendent cet accomplissement plus difficile qu’il n’en paraît.

C’est sur un ton léger, à la limite du cabotinage, que Girard met en scène son propre texte. Les moments forts : lorsque Rosa (Diane Losier) prend la parole pour des apartés sur son mari néerlandais artiste de cirque, décédé aux suites d’un accident de trampoline. Elle raconte son histoire avec émotion, même si les interventions se terminent sur des blagues qui manquent de subtilité. Le personnage de Dion (Marc-André Robichaud) nous fait aussi vivre un moment de confidence touchant, parlant en détail de ce qui anime son trouble obsessionnel compulsif.

Les personnages évoluent et racontent leurs histoires dans un univers teinté de scatophilie; du décor qui nous fait penser à l’intérieur d’un intestin, jusqu’à la scène qui se déroule entièrement dans les toilettes, en passant par la compulsion de Dion qui refuse de se remplir de saleté et donc qui ne mange rien de solide. Le propos s’épuise rapidement, la vulgarité nous laisse sur notre faim. La blague sur les oreilles de Kristelle (Tanya Brideau) qui sont presque ensanglantées à force de porter son casque d’écoute pour le service au volant, toutefois, fait rire à grands éclats.

Crédit photo : Sarah Picard.

Soulignons la conviction de Diane Losier dans son rôle de Rosa, et la constance de Marc-André Robichaud dans le malaise bien rendu de Dion. Le jeu des trois autres principaux protagonistes, toutefois, nous laisse indifférents, et celui de Frédéric Melanson dans le rôle du spectre de Tim Hortons lui-même est plutôt maigre. Même si l’on comprend le travail de répétition et de rodage bien complété derrière le spectacle, la bouffonnerie des personnalités extrêmes présentées pourrait être poussée plus loin; le jeu de Diane Losier étant un bon exemple de ce à quoi l’on s’attend pour le genre de propos avancé dans le spectacle.

Le style de théâtre soumis par Girard se prête bien à une présentation de «théâtre d’été», mais la recherche critique sur la société du plus gros, de celui qui mange le plus de beignes en cinq minutes ou de celui qui abuse de son pouvoir de gérant de restaurant rapide, parfois manque de finesse dans sa présentation. Le public sent le désir de l’auteur-metteur en scène de critiquer ce qui l’entoure, mais le message pourrait faire bon usage soit d’un grain de sel, soit d’un rendement complètement clownesque.

Le spectacle présenté par le Théâtre populaire d’Acadie se veut léger et humoristique; si le spectateur s’attend à une rigolade, il ne sera pas déçu. La salle a semblé apprécier la pièce, et nombreux étaient les éclats de rire, les «ouf» et les «ah»! En ce qui concerne le message et la subtilité des propos, Girard et son équipe pourraient profiter d’une revisite, en étant plus over the top ou au contraire en polissant mieux les décors, accessoires et intentions des acteurs. L’entre-deux qui nous a été présenté lors de cette septième édition des Zones théâtrales laisse un trou dans la subtilité des arrière-pensées de l’auteur.

À propos…

Félix Desmeules-Trudel est un théâtrophile originaire de la ville de Québec, établi dans la région de la capitale canadienne depuis quelques années et occupé à compléter un doctorat en linguistique à l’Université d’Ottawa. Entre autres, il travaille sur l’acquisition et l’enseignement du français comme langue seconde, en plus de passer trop de temps dans les théâtres. Il s’intéresse grandement aux communautés francophones canadiennes et à la valorisation du français auprès des communautés minoritaires ou non francophones.

 

 

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