Réflexion sur mon Acadie – Annie Desjardins

L’Acadie est seulement née en moi il y a deux ans, à mon arrivée à l’Université de Moncton. Pendant 18 ans de ma vie, on me disait que je devais être «fière de qui je suis; fière d’être Acadienne». J’ai toujours trouvé ces paroles très vides. Qu’est-ce que la fierté acadienne? Pourquoi et comment devrais-je la ressentir?

Depuis 2014, j’ai fait des rencontres, j’ai eu de multiples discussions et j’ai suivi des cours de sociologie. L’ensemble de ces éléments a fait en sorte qu’à 20 ans, je me sens plus Acadienne que jamais.

L’Acadie, pour moi, ce ne sont pas les airs de violon. Ce ne sont pas les poutines râpées et c’est loin d’être la déportation de 1755. L’Acadie pour moi ne rime ni avec la vierge Marie ni avec Évangeline.

Mon Acadie ce sont les conversations au Laundromat Expresso Bar qui ne portent que sur notre peuple en danger.

Mon Acadie ce sont les quelques controverses annuelles liées à la peur de l’assimilation.

Mon Acadie c’est celle qui disparaît tranquillement de tous les noms d’organismes et d’associations.

Mon Acadie ce sont les contestations concernant les noms de parcs à Moncton.

Mon Acadie c’est parler chiac dans les rues du Coude et ne pas carer de ce que le monde pense about it.

Mon Acadie c’est Gérald LeBlanc, Georgette LeBlanc, Guy Arsenault.

Mon Acadie c’est autant le recueil Acadie Rock que le festival Acadie Rock.

Ce sont les Hay Babies, Lisa LeBlanc et Tide School.

C’est le sociologue Mathieu Wade qui aiguise mon sens d’analyse critique.

C’est le journaliste Pascal Raiche-Nogue qui éclaircit les vraies affaires.

Mon Acadie c’est de rencontrer par hasard la moitié de mon réseau d’amis au Dolma.

Mon Acadie c’est d’avoir le réflexe de demander du service en français.

Mon Acadie c’est de ne pas toujours le recevoir.

Mon Acadie ce sont les surfeurs sur la Petitcodiac.

Mon Acadie ce sont les Cormier, mais aussi les Ouattara.

Mon Acadie c’est de ressentir le besoin d’insérer les mots «Nouvelle-Écosse» et «Île-du-Prince-Édouard» dans ce texte.

Mon Acadie c’est ressentir un pincement au cœur quand, en France, on me confond avec une Québécoise.

Mon Acadie c’est de partir et de revenir avec une plus grande appréciation d’elle.

Mon Acadie c’est se demander constamment qu’est-ce que l’Acadie?

Mon Acadie n’a pas de règlements.

Mon Acadie se révèle avec le temps.

Je ne vois l’Acadie moderne ni dans les églises, ni dans les organismes comme la Société nationale de l’Acadie (SNA). Selon moi, l’Acadie réside chez les artistes. C’est ce genre d’Acadie qui sème chez les jeunes un réel sentiment d’appartenance. C’est ce genre d’Acadie qui nous donne une légitimité et une reconnaissance dépassant les frontières des provinces maritimes. C’est ce genre d’Acadie à laquelle je m’identifie et dont je suis fière.

À propos…

Annie Desjardins

Annie Desjardins est originaire de Moncton. Elle étudie le journalisme et fait une mineure en études acadiennes à l’Université de Moncton.

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11 réponses à “Réflexion sur mon Acadie – Annie Desjardins

  1. Bravo, Annie! Tu as une réflexion intéressante sur l’Acadie, en particulier sur « ton » Acadie. Ce que je ressens dans ton texte, c’est ce goût de vivre l’Acadie, de la bâtir continuellement, et d’éviter de tomber dans le piège de l’histoire et de la nostalgie.

    Il est, bien sûr, important – essentiel, même – de comprendre d’où l’on vient pour mieux planifier où l’on va. Mais c’est agréable de voir que nous sommes plongés en pleine « défollorisation » de notre Acadie. Ou plutôt, de NOS Acadies. Et si les organismes Acadiens ne te semblent pas parler en ton nom, personne ne peut te le reprocher. Souhaitons que le renouvellement senti de la SANB sera aussi significatif que je le sens…

    Comme certains commentateurs l’ont mentionné, il existe plus d’une Acadie. Je te trouve éloquente et courageuse d’exprimer ce que tu vis comme étant TON Acadie. Et j’espère que tes interlocuteurs, plutôt que de te reprocher une vision trop personnelle et pas assez généraliste de l’Acadie, prendront de nous partager, dans un texte qui leur appartient, ce qu’est la leur…

  2. Annie…Mon Acadie ressemble beaucoup à la tienne, mais aussi à celle que décrivent Frederic, Duguay F, mon homonyme Gosselin, Cariboufuté et André Grégoire…là où elle diffère légèrement de la tienne, mon Acadie, c’est que je la veux ouverte sur le monde, et pas seulement ancrée à Moncton, et si on la veut ouverte sur le monde de la planète TERRE, il ne faut pas avoir peur des organismes qui portent encore son nom. C’est aussi celle de l’ABBFA, de l’UTASE et de l’AUTANB.

  3. L’Acadie, être acadien(ne) qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce que cela veut dire? Il y a tant de définitions, de descriptions. Chacun semble avoir sa vision selon qu’il vive en milieu urbain ou rural, parle le chiac ou pas, s’identifie dans les traditions ou dans la modernité.

    Il semble clair que l’Acadie évolue, ce qui est très bien, que les acadien(ne)s de différentes régions vivent différentes réalités tout en s’identifiant comme acadien(ne)s. L’important c’est que cette identité reste forte, qu’elle s’exprime, qu’elle se manifeste, qu’elle rue dans les brancards de l’ordre établi s’il le faut.

    Ce qui me rend fière d’être acadienne est basé sur mon histoire, la déportation, ma langue, les batailles qui sont encore nombreuses pour garder ce que nos aïeux ont défendu avec tant de vigueurs, c’est aussi ma péninsule acadienne et Moncton, c’est Chéticamp et la Baie St-Marie, c’est Rustico et les Iles de la Madeleine, c’est partout où se trouve un acadien(ne). Il y a tous les artistes d’Edith Butler à Lisa LeBlanc, de Viola Léger à Christian Essiambre, des reels au Hip Hop.

    Je pense que pour survivre l’Acadie doit être inclusive, ouverte, à l’écoute.

  4. Mmm intéressant, mais c’est très «Moncton» comme Acadie. Très bien pour les Hay Babies et Lisa Leblanc, mais moi qui vient de la Péninsule acadienne, j’ai un peu de mal avec cette obsession de faire de l’Acadie quelque chose d’«urbain», avec toutes ces connotations incluses d’«ouvert sur le monde», de «moderne», de «multiculturel non-identitaire», etc. etc. Ce n’est pas très différent de ce que dirait quelqu’un de New York, de Londres ou du Plateau de Montréal. La pensée semble subir un phénomène similaire au «AirSpace» en design : http://www.theverge.com/2016/8/3/12325104/airbnb-aesthetic-global-minimalism-startup-gentrification

    La richesse de l’Acadie, ce n’est pas au contraire son côté «rural», où tu connais tout le monde de nom et que pour y survivre, tu n’as pas le choix d’être sympathique et de t’entendre avec tes voisins, quelque soient leurs particularités? La facilité avec laquelle les Acadiens se rassemblent non pas pour chialer, mais pour bâtir et prospérer? Vivez à Montréal quelques années et vous verrez que ça va vous manquer, cette facilité!

    Hannah Arendt appelait cette possibilité de bâtir ensemble le «trésor perdu de la Révolution américaine», mais c’est bien ce que je reconnais dans la Péninsule à chaque fois que j’y reviens.

    • Effectivement Frédéric. Une des plus grandes faussetés est de croire à une seule Acadie. Ton Acadie est bien différente de la proposition d’une fille qui a grandi à Moncton ou qu’un autre qui vient du Cap-Breton. C’est la Beauté de l’affaire. Même dans le Québec géopolitique que nous connaissons, le gars des Iles-de-la-Madeleine et celui de Trois-Rivières n’ont sûrement pas la même réflexion sur leur Québec. Pour te paraphraser, la richesse c’est surtout que l’Acadie est multiple, rurale et urbaine, entre autres.

      • Oui! Le problème c’est que depuis que Radio-Canada Montréal s’intéresse à l’Acadie à cause de Radio Radio, puis Lisa Leblanc, il impose une vision «monctonesque» de l’Acadie : son chiac, son assimilation, son urbanité… Alors que les défis de la Péninsule acadienne sont plus l’éducation, le chômage et l’exode. Les défis des autres régions sont encore autres!

        Normal, parce que Radio-Canada est basé à Moncton, mais ça montre que les journalistes québécois n’ont pas sorti beaucoup au-delà de Shédiac et Bouctouche.

        Ce qui est plus triste, c’est que plusieurs penseurs acadiens répètent ces visions étroites des médias québécois.

        • D’accord. On est toujours le minoritaire de quelqu’un d’autre. La vision montréalaise de l’Acadie en 2016 est que tout le monde est chiac alors qu’en 1975, on croyait que tous les Acadiens parlaient comme La Sagouine. Les défis de la Péninsule ressemblent à ceux des autres régions rurales avec un retard en éducation plus marquée, car historique. Pas évident du tout. Je trouve que le documentaire Un soleil pas comme ailleurs n’a pas vieilli sur le fond.

  5. 1/17/2016
    Understanding the concept of Acadian identity

    Acadians must resist politics and myths which contrive to divide them. One is the idea that Acadians were French and if they no longer spoke French they were no longer Acadians. This is another sorry attempt to deprive people of their identities. All people are products of their environments and evolve accordingly, but how does that deprive one of their historical heritages. I once met an elderly lady from New-Zeeland who declared proudly her Acadian identity Caissey to be exact. She said just because I don’t speak my ancestral language doesn’t mean I don’t know who I am, where I came from, and how I got here, she proceeded to display her genealogical records. Are anglicized Acadians to hide their pride in being Acadians. I cannot give any legitimacy to the idea that the loss of a single widely shared cultural element constitutes total loss of ones heartfelt identity. Acadian identity is sustained by deep emotional elements that inspire pride, not only by what language they may presently speak, which indicates neither their world view nor their nationality. It may indicate a shared cultural element is all. The term or name Acadian refers to only one people; it has not been usurped from them. I have discovered that it is difficult for some ordinary Canadians (multicultural) to understand the concept of a geopolitical free identity. Acadians cannot identify with a country because they have none: what they have is a very real and unassailable ancestral territory. To them it is a reality just like all other peoples who have places of origins. Their historical heritage is really unique as to where they originated or evolved into one of two Euro-Franco-American colonial peoples. Unlike the Anglo-American colonies, Canada and Acadia were separated by a full month of canoe travel through wilderness with long portages in summer and completely cut off during winter. The idea that the dispersal of the survivors would eventually cause them to disappear as a people failed in many important ways. The Acadian collective memories of the heroic efforts of their ancestors to survive amid adversity are precious and not to be abandoned lightly. Throughout the years nothing has reinforced Acadian identity more than the overt resistance to their existence; and for what reason. As far as I can surmise it was always about money.
    Andre Gregoire

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