Sur les traces de Beausoleil en Louisiane : entrevue avec les archéologues du Projet Nouvelle-Acadie – Clint Bruce

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Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

Pour ce premier article de La Filière Louisiane, Clint Bruce s’est entretenu avec deux archéologues de l’Université de Louisiane à Lafayette au sujet de leurs efforts infatigables pour découvrir les vestiges de quelques-uns des tout premiers établissements acadiens en Louisiane. Le professeur Mark Rees et Amy Broussard, étudiante au doctorat, nous parlent du Projet Nouvelle-Acadie/New Acadia Project.

Cet échange a été traduit de l’anglais.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

CB : Le Projet Nouvelle-Acadie a commencé en 2014 et vous souhaitez continuer ses activités pendant un certain temps. Pourquoi le besoin de cette initiative s’est-il fait sentir à ce moment précis ? Pourquoi maintenant ?

Amy: L’an dernier (2015) a marqué le 250e anniversaire de l’arrivée dans le sud de la Louisiane des Acadiens menés par Joseph Broussard dit Beausoleil, au nombre d’environ 200. À mon sens, il est choquant que si peu de recherches aient été entreprises jusqu’ici. Les gens ont généralement l’impression que l’archéologie ne s’occupe que de sites très anciens, voire préhistoriques, mais l’étude du passé relativement récent – c’est-à-dire l’archéologie historique – a également son importance. Il se peut très bien que d’ici deux ou trois siècles on s’intéressera davantage à l’implantation des Acadiens ; toujours est-il qu’à ce moment-là il sera encore plus difficile d’en découvrir les traces physiques. L’exploitation agricole, commerciale et résidentielle des terres dans nos zones d’investigation, situées le long du Bayou Têche, ne date pas d’hier, mais, au cours des dernières années, le développement de nouveaux quartiers résidentiels s’est intensifié de manière considérable.

Mark : Amy a tout à fait raison. D’année en année l’étalement des banlieues et le développement commercial s’amplifient un peu partout dans la région du Bayou Têche où ces Acadiens s’installèrent il y a 251 ans, ce qui rend ces sites moins accessibles pour les fouilles archéologiques. Les premiers lieux d’établissement et les sites d’inhumation sont vulnérables et il se peut que certains d’entre eux aient déjà été touchés. Donc, il y a urgence. Mais cela n’explique pas vraiment « pourquoi maintenant ».

Il y a déjà longtemps que la recherche de la colonie perdue de la Nouvelle-Acadie est envisagée. L’État de la Louisiane a souligné le bien-fondé d’un tel projet dans son plan compréhensif de 1983. Des discussions ont eu lieu dans les années 1990 et en 2002-2003 nous avons travaillé quelques semaines pour repérer le site de la maison d’Amand Broussard qui remonte au moins à 1790. J’ai soumis trois demandes de subvention entre 2003 et 2010, mais chacune a essuyé un refus.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

CB : C’est très décourageant. Qu’est-ce qui a changé par la suite ?

Mark : En fait, l’État n’a pas voulu non plus financer des fouilles en 2014. Ce qui s’est passé, c’est qu’en 2013 j’ai prononcé une conférence devant la Famille Beausoleil Broussard lors de la réinauguration de la maison Amand Broussard au musée d’histoire vivante Vermillonville ; j’ai profité de l’occasion pour déplorer le fait qu’aucun effort n’existait pour localiser et étudier la Nouvelle-Acadie. Très heureusement, il y avait dans ce public quelques individus chez qui le problème a trouvé un écho, des passionnés d’histoire et de patrimoine acadiens. Ensuite, ils ont formé un comité de pilotage qui a commencé à recueillir des fonds afin d’appuyer une enquête ; celle-ci a commencé un an plus tard.

Alors, « pourquoi maintenant » n’est pas forcément la bonne question. Il faudrait plutôt se demander : « pourquoi avoir attendu si longtemps ?! » Pourquoi un retard de plus de trente ans ? La raison n’est rien d’autre que le manque de soutien financier pour l’archéologie dans notre État et l’absence de programmes universitaires dans ce domaine. La situation est devenue pire, en fait, car le financement public des universités a subi des coupures sévères, alors que quatre archéologues régionaux de l’État ont perdu leur emploi depuis cinq ans. Si nous avons pu commencer nos recherches en 2014, en dépit de ce manque d’appui à l’archéologie par l’État, c’est strictement grâce aux membres du comité de pilotage, qui avaient bien compris qu’il fallait faire quelque chose.

CB : Le Projet Nouvelle-Acadie est décrit comme une initiative en archéologie publique. Qu’est-ce que cela veut dire — par rapport à d’autres types de fouilles – et en quoi est-ce que le Projet Nouvelle Acadie correspond aux visées de l’archéologie publique ?

Mark : Précisons d’emblée que l’archéologie devrait toujours être publique dans la mesure où les archéologues doivent agir comme les gardiens d’une ressource limitée et souvent vulnérable. Pour résumer l’idée de Charles R. McGimsey, qui signait l’ouvrage Public Archeology il y a une quarantaine d’années, il ne doit pas y avoir d’archéologie privée. Le principal enjeu, c’est de savoir à qui appartient le passé puisqu’il n’y a peut-être que l’archéologie qui puisse nous éclairer.

Le PNA reflète ce principe de bonne intendance. Bien que les sites d’établissement et les lieux d’ensevelissement de la Nouvelle-Acadie se situent principalement sur des terres privées, les connaissances patrimoniales, historiques et culturelles qu’ils représentent sont d’intérêt public et doivent être conservées et étudiées pour le bien commun. Les valeurs d’éducation publique, d’implication et d’engagement communautaire et de conservation sont au cœur du PNA.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

CB : Ainsi, ça va bien au-delà de la recherche et de la diffusion des résultats, n’est-ce pas ?

Mark : En effet. Quant à l’implication du public, le PNA est plutôt unique dans le domaine de l’archéologie publique. Les recherches ont été lancées afin de répondre à un vrai besoin qui avait été exprimé, à savoir de trouver et d’étudier ces sites, les lieux d’établissements et les cimetières anonymes des Acadiens débarqués avec Joseph Beausoleil Broussard, et dont plusieurs sont morts lors d’une épidémie qui a sévi à l’été 1765. L’État, quant à lui, n’allait jamais consacrer des ressources à une telle initiative, malgré le rôle central de l’histoire acadienne et de la culture cadienne dans l’économie culturelle de la Louisiane.

C’est ce qui a donné lieu à ce partenariat entre chercheurs universitaires et plusieurs citoyens faisant preuve de sens civique. Des dons privés, petits et grands, ainsi que des subventions de la Paroisse d’Ibérie et des fondations Coypu, d’une part, et de la Famille McIlhenny, d’autre part, nous ont permis d’engager pendant six mois des étudiants chargés d’arpenter les champs longeant le Bayou Têche, à la recherche de sites prometteurs. Ces partenariats doivent être maintenus, car sans cet appui les fouilles cesseront. Les fonds que nous avons reçus seront épuisés dès le mois de mai et il n’est pas certain que nous en ayons d’autres pour que le projet continue une autre année encore.

Ce serait bien dommage ; nous sommes sur le point d’identifier des sites associés à la colonie. Lorsque cela arrivera, nous pourrons envisager une excavation beaucoup plus importante, tout en invitant d’autres étudiants et des bénévoles à participer. La participation publique est notre grand objectif dans tout cela.

CB : D’après vous, quelle a été la plus grande réussite ou la plus importante contribution du projet jusqu’ici ?

Mark : Au premier plan, il y a eu la volonté de sensibiliser le public au sujet de ces sites. Le repérage de nouveaux sites a été tout aussi important. Auparavant, sur une aire d’une dizaine de milles le long du Bayou Têche, nous en connaissions deux. À présent, nous en avons 23.

Amy : Comme nous l’avons dit tout à l’heure, il n’y a eu, avant le PNA, que très peu de travail sur place et très peu d’enquêtes d’histoire orale. Le professeur Rees et le comité de pilotage du PNA ont donné de nombreuses présentations afin d’expliquer le projet lors de manifestations culturelles, auprès de groupes civiques et dans des écoles et des musées un peu partout dans la région (efforts qui relèvent de « l’archéologie publique. ») Chaque présentation est reçue avec enthousiasme et bonne volonté. La grande majorité de la population du sud de la Louisiane peut se réclamer de l’héritage acadien, de près ou loin, et a donc des liens avec ces terres. La fierté acadienne à Loreauville est particulièrement forte et il y aurait un grand potentiel à exploiter dans le domaine du tourisme patrimonial.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

CB : Enchaînons justement an abordant ce double thème de fierté et de patrimoine. Quelles idées courantes à propos de la présence des premiers Acadiens en Louisiane sont susceptibles d’être remises en question par vos trouvailles ?

Amy : La question est difficile… Bien que nous ayons trouvé plusieurs sites décelant des artéfacts du XVIIIe siècle, je ne connais pas forcément d’idées fausses que ces découvertes-là viendraient démentir. Le mythe le plus répandu au sujet du Grand Dérangement, c’est que les Acadiens expulsés de la Nouvelle-Écosse se seraient rendus tout de suite en Louisiane, tandis qu’en réalité tous les Acadiens venus en Louisiane sont d’abord passés par un autre endroit. Quelques-unes de ces destinations temporaires se trouvaient en France, en Amérique du Sud et bien entendu dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord. Joseph Broussard (« Beausoleil ») et son groupe de réfugiés avaient d’abord tenté de s’installer en Haïti [ndlr : la colonie de Saint-Domingue à l’époque] avant de se diriger vers la Louisiane. Toutes nos conférences sur la Nouvelle-Acadie s’efforcent de mettre en relief ces réalités historiques, pour que le public connaisse les faits au lieu d’une version simplifiée de l’histoire.

J’en étais moi-même venue à mieux connaître ces faits grâce aux ouvrages d’un historien local, Shane Bernard.

CB : Il paraît qu’un certain nombre d’étudiants ont été impliqués dans les fouilles et dans d’autres démarches. De quelle manière ces jeunes chercheurs en sont-ils venus à participer et quelle est l’importance de leur implication ?

Mark : Amy, tu auras certainement beaucoup à dire à ce sujet.

Amy : Tout mon travail dans le cadre de mon assistanat doctoral s’est orienté autour du Projet Nouvelle-Acadie ; au départ, c’était la possibilité de collaborer à ce projet qui m’a poussée à poursuivre un certificat en « conservation historique », programme de deux semestres. À côté de cette précieuse expérience pratique, cette initiative a une grande signification personnelle pour moi ; les Broussard de ma famille descendent directement de Joseph Beausoleil Broussard, dont nous cherchons le premier établissement. L’occasion de participer à un projet ayant une résonance personnelle est extrêmement rare, donc il fallait naturellement que je me joigne à l’équipe. Je me sens très chanceuse.

Les étudiants qui travaillent avec nous sont pour la plupart des étudiants de premier cycle au Département d’anthropologie, alors que d’autres ont suivi un cours de la session d’hiver, avec le laboratoire, afin de remplir des exigences de leurs programmes respectifs. Quelques-uns des étudiants en anthropologie ont peut-être voulu savoir si l’archéologie ou la « gestion des ressources culturelles » pourraient leur offrir une carrière professionnelle. Lorsqu’on cherche un emploi dans ce domaine, une expérience préalable et/ou un certificat d’une école pratique sont normalement demandés ; leur implication au sein du Projet Nouvelle-Acadie répondrait à cette exigence. Ils en ont peut-être pris connaissance grâce aux affiches sur les babillards de l’édifice du Département d’anthropologie, par le bouche-à-oreille ou encore à travers Facebook.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

CB : Vous avez dit tout à l’heure que des obstacles financiers menacent l’avenir du projet. Comment est-ce que les lecteurs ou lectrices peuvent apporter leur soutien ou s’impliquer autrement ?

Mark : Notre recherche est arrivée à un tournant critique. Des sites extrêmement prometteurs ont été repérés, mais le financement initial est épuisé. Afin de continuer, nous aurons besoin de fonds pour rémunérer des étudiants et pour embaucher un archéologue-superviseur. N’importe qui peut faire un don à cet effet auprès de la Acadian Heritage and Culture Foundation, au nom du Projet Nouvelle-Acadie, qui est hébergée au Musée acadien d’Erath, en Louisiane. Cela se peut faire en ligne ou par la poste (l’adresse est dans le site Internet).

Il y aura également des stages de bénévolat d’une semaine ou plus, si des fouilles ont lieu pendant l’été.

CB : Quelle pertinence est-ce que le PNA pourrait avoir pour des francophones du Canada, d’origine acadienne ou non ?

Mark : Les raisons de s’intéresser à la découverte de la Nouvelle-Acadie sont nombreuses. Pour l’ensemble des Louisianais, il s’agit de saisir une occasion de développement de l’économie culturelle ; ces sites sont en danger et l’inaction pourrait signer la perte irréversible de ces ressources. Pour les descendants d’Acadiens à travers le monde, cette recherche touche une corde bien plus sensible. Elle porte la possibilité de commémorer et de conserver cet héritage, c’est-à-dire le souvenir d’ancêtres comme Joseph Beausoleil Broussard, qui a résisté à la Déportation avant de fonder une nouvelle patrie en Louisiane pour sa famille et leurs camarades. Des familles acadiennes ont été dispersées et plusieurs sont morts, mais l’affirmation de cet héritage proclame l’échec de la tentative de détruire toute une culture.

La pertinence du Projet Nouvelle-Acadie pour les Canadiens francophones, qu’ils soient d’origine acadienne ou non, réside dans la découverte et la récupération de cette histoire oubliée. Le combat qu’ont mené ces familles pour survivre et pour reconstituer leur communauté et leur mode de vie offre un contre-récit rédempteur aux histoires dominantes liées à l’impérialisme, au colonialisme et à la guerre.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

Crédit photo : Projet Nouvelle-Acadie.

CB : Est-ce que vos efforts ont déjà eu des échos ici, ou avez-vous essayé de les faire connaître au Canada francophone ?

Mark : Le Projet Nouvelle-Acadie a attiré un peu d’attention au Canada, bien que nos efforts se soient concentrés jusqu’ici au niveau local, ici en Louisiane. Jusqu’à présent nous n’avons eu ni le temps ni le personnel pour aller chercher du soutien comme cela se devrait. Les gens présument que notre projet dispose de plus de ressources que nous n’en avons réellement ou que nous avons fait plus de progrès que ce n’est le cas. En fait, nous n’avons terminé que 26 semaines d’études de terrain, avec une petite équipe de deux ou trois personnes, en été et en hiver, sur une aire de 10 milles sur le Bayou Têche. Il serait plus logique qu’un projet d’une si grande importance, qui pourrait bel et bien mettre le doigt sur cette colonie que d’aucuns appellent « le berceau de la culture cadienne », dispose d’une équipe à temps plein. Malheureusement, en Louisiane, c’est déjà un combat pour que nos universités restent ouvertes ; à la différence de la Virginie ou de la Floride, l’archéologie publique n’a pas atteint son potentiel ici.

Je prévois que, lorsque la Nouvelle-Acadie sera découverte, avec les sites d’enterrement de Joseph Beausoleil Broussard et des autres, l’intérêt pour notre projet et pour l’archéologie en général augmentera de façon spectaculaire. Une telle découverte suscitera de l’enthousiasme à l’intérieur de l’État, de même qu’au Canada et à travers le monde francophone.

À propos…

Clint Bruce

Natif du nord de la Louisiane, Clint Bruce est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) à l’Université Sainte-Anne, où il est également directeur intérimaire du Centre acadien et professeur au Département des sciences humaines. Tout en chérissant son splendide coin d’Acadie, il retourne en Louisiane le plus souvent possible.

Rees, MarkMark Rees est directeur du Louisiana Public Archeology Lab ainsi que professeur de sciences sociales Nalley Board of Regents Support Fund à l’Université de Louisiane à Lafayette. Il détient un doctorat en anthropologie de l’Université de l’Oklahoma et une maîtrise en archéologie historique de l’Université du Massachusetts à Boston. Auteur de nombreux articles sur l’archéologie de la Louisiane préhistorique tardive et coloniale, il a dirigé l’ouvrage collectif Archeology of Louisiana (Louisiana State University Press). En plus du Projet Nouvelle-Acadie, il coordonne actuellement une évaluation de l’impact d’un déversement pétrolier sur des sites archéologiques du delta du Mississippi.

Née à Lafayette, en Louisiane, Amy Broussard a passé la majorité de sa vie dans le sud de la Louisiane. En 2010 elle a fréquenté le programme d’immersion à l’Université Sainte-Anne avant de commencer ses études à LSU, où elle a obtenu un baccalauréat en anthropologie en 2013. Doctorante à ULL, où elle travaille comme assistante de recherche auprès du professeur Rees, elle obtiendra grâce à cette expérience un certificat en conservation du patrimoine.

 

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