Sauver une école : une lutte pour l’avenir de la francophonie – Marc Henrie

Plus qu’un combat pour sauver une école, c’est une lutte pour l’avenir de la francophonie.

Bien de l’encre a coulé depuis que le gouvernement provincial a ajouté des éléments déclencheurs dans la politique 409, qui régit le processus à suivre pour un conseil d’éducation (CÉD) qui veut étudier la viabilité d’une école. Lors d’un tel processus, un conseil d’éducation est élu par la population, pour la représenter. Ce conseil n’est pas le représentant du ministère de l’Éducation ni du district scolaire, mais bien des parents francophones et des ayants droit.

La viabilité de plus de dix écoles francophones a été étudiée selon des critères justes et raisonnables découlant de la politique 409. Toutefois, l’importance de chacun des critères reste subjective à l’individu qui vote au conseil. C’est pour cette raison que certaines écoles qui avaient moins d’élèves et répondent moins positivement aux critères de cette politique que l’École Saint-Paul, n’ont pas été fermées. Ce qui est toutefois absent de la politique 409, c’est la considération prioritaire des droits linguistiques garantis par la Charte canadienne des droits et libertés.

L’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit le droit à l’éducation pour la langue de la minorité, qui est le français au Nouveau-Brunswick. En plus de cette garantie, des causes importantes qui ont été gagnées en Cour suprême ajoutent des interprétations importantes à l’article 23. Dans ces jugements, on signale que si une fermeture d’école a des répercussions négatives sur la vitalité linguistique de la communauté, cette fermeture va à l’encontre de l’article 23, la rendant inconstitutionnelle. L’article 23 n’est pas une considération parmi tant d’autres comme dans la politique 409. C’est un droit fondamental qui dépasse toutes les politiques provinciales, incluant la politique 409. Pour que l’article 23 soit bien évalué dans notre cas, une étude sociolinguistique doit être effectuée, ce qui n’a pas été fait par le CÉD, ni par le ministre de l’Éducation, Serge Rousselle, à ce jour.

Ces droits n’ont pas été inaugurés pour simplement plaire aux citoyens de Saint-Paul, de Summerside à l’Île-du-Prince-Édouard, et de bien d’autres communautés à travers la francophonie canadienne hors Québec. Ils sont là pour assurer l’épanouissement de la langue française et de la culture acadienne et francophone, car la minorité francophone fait face à des défis et des risques d’assimilation que la majorité anglophone ne connait pas.

À Saint-Paul, le paysage linguistique a énormément changé depuis le temps où je me trouvais moi-même sur les bancs d’école (il n’y a pourtant que 15 ans de cela). Bien qu’un bon nombre de mes camarades de classe avait comme langue maternelle l’anglais (leurs parents étaient des ayants droit), nous, les enfants de langue maternelle française, étions majoritaires à l’École Saint-Paul comme dans l’ensemble de la communauté. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Selon les chiffres validés par l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques de l’Université de Moncton (ICRML), le paysage sociolinguistique à Saint-Paul révèle que notre communauté entre dans une nouvelle ère linguistique :

  • De 2006 à 2011, le nombre de personnes parlant l’anglais le plus souvent à la maison est passé de 25 % à 41 % de la population totale de la subdivision de recensement (SDR) de Saint-Paul.
  • En 2011, les jeunes de 0 à 4 ans ayant comme langue maternelle le français étaient minoritaires dans notre communauté. D’ailleurs, seulement 11 % de ce groupe d’âge utilisaient seulement le français à la maison.
  • Selon un sondage mené par l’École Saint-Paul, les enfants pouvant parler le français qui fréquentent l’école francophone sont minoritaires, et ce chaque année en rentrant à la maternelle, depuis 2008. (Plusieurs autres jeunes du territoire des 750 km² desservis par l’École Saint-Paul fréquentent les écoles anglophones de Magnetic Hill et Harcourt Elementary.)

La communauté n’est pas insensible à ces données et elle a su faire face à cette réalité.  C’est d’ailleurs pourquoi les citoyens ont voté largement en faveur, en 2011, de l’augmentation du taux de taxation afin de construire un Centre multifonctionnel qui abriterait un Centre de la petite enfance spécialisée en francisation. La construction a débuté en 2012, et l’année suivante, la Garderie coopérative de Saint-Paul fut fondée. La directrice de cette institution, Julie Hachey, s’est d’ailleurs mérité un prix provincial pour l’excellence en éducation à la petite enfance dans notre région cette année. La communauté cherche à tout prix à franciser les jeunes enfants des nouvelles familles qui s’installent dans notre communauté pour préserver la vitalité de  la langue française.

C’est pourquoi l’École Saint-Paul est plus que le cœur de la communauté, mais est aussi un organe fondamental dans la biologie de la vitalité de la langue française et de la culture acadienne ici, comme ailleurs. Le fait de fermer l’école ferait plus que simplement tuer l’esprit et l’identité de notre communauté; cela aurait un impact négatif définitif sur la vitalité linguistique du français.

C’est pour cette raison que le combat de Saint-Paul dépasse notre simple communauté. Il est le combat de toutes les communautés qui sont en contact avec la langue anglaise. Les outils fondamentaux que sont l’École Saint-Paul et la Garderie coopérative de Saint-Paul pour la francisation des anglophones et des francophiles sont tout simplement indispensables pour mener cette lutte de tous les jours. En plus des droits de la Charte, ces outils permettent l’intégration des nouveaux arrivants dans notre communauté acadienne. C’est pour cette raison que l’ensemble de la communauté acadienne devrait appuyer ce combat si important; important pas juste pour nous, à Saint-Paul, mais également pour les communautés futures qui auront à défendre le même enjeu.

À propos…

Marc HenrieMarc Henrie, un ancien président de la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB) est un diplômé de l’Université de Moncton en administration des affaires. Il a complété sa maitrise à l’Université de Sherbrooke en gestion et gouvernance des coopératives et des collectivités en 2014. En 2006, il devient le plus jeune président d’un District des services locaux de la province en étant élu représentant des citoyens de Saint-Paul. En novembre 2012, il devient le premier président de la nouvelle Commission régionale de services pour Kent. Marc est pompier depuis 2000 avec le Service d’incendie de Saint-Paul. En 2009, il complète sa formation professionnelle complète de pompier et devient aussi instructeur de certaines divisions de sa brigade. Il est capitaine depuis janvier 2011. Physiquement actif de diverses façons, il a participé à des compétitions régionales (Atlantique) de pompiers Firefit. Marc a toujours été engagé dans le milieu associatif et coopératif depuis qu’il est adolescent. Il a participé sur de nombreux conseil d’administration à travers la province. Il a gagné le prix du citoyen par excellence de l’année en 2007 d’Entreprise Kent. Il a ainsi gagné le prix du citoyen provincial de l’année (catégorie jeunesse) en 2009. En 2012, il gagne le premier prix du jeune coopérateur de l’année distribué par la CDR-Acadie.

 

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