Plumes et goudron : mon Acadie est plus vraie que la tienne – Mathieu Wade

D’apparence que les Acadiens n’aiment pas l’Acadie de Natasha St-Pierre (ci-après NSP). Son Acadie est folklorique comme une mauvaise carte postale et son nouvel album est plus opportuniste et pleine de clichés que Ode à l’Acadie d’Évangéline des terres et forêts : the musical en boucle au Pays de la Sagouine. Pire qu’une pub de la « côte culturelle ».

NSP est partie d’ici depuis tellement longtemps et elle n’a tellement plus l’accent de par chez nous, qu’elle n’a pas vraiment la maritime cred pour dire quoi que ce soit. Être…ici on le doit. De toute façon, l’Acadie, la vraie, celle du monde qui reste par ici, ce n’est pas ça, hein Cayouche? C’est une caisse d’Alpine dans mon jaccuzi à downtown Rosaireville. Là tu parles. Mais, en plus, comble du comble, NSP porte une coiffe amérindienne. L’appropriation culturelle est double. Pas plus autochtone qu’acadienne. Manquerait juste une patate pour son probable héritage irlandais. D’apparence qu’elle aurait mieux fait de se taire pis de rester dans sa France.

À en croire les réactions, NSP nous a tous trahi. Elle nous ramène un siècle en arrière. Elle détruit le dur labeur identitaire que nous avons fait, ensemble en chœur depuis des décennies. Elle a fait mauvais usage de sa notoriété. Nos experts en identité et en communication sont hors d’eux-mêmes ; elle ne s’est pas tenue au message. Depuis, plus personne en Acadie ne semble être Charlie (les #hashtag ont la vie courte). On ne fait pas ce qu’on veut de l’Acadie et encore moins des symboles sacrés Amérindiens. Caricaturer le prophète du quart de l’humanité, c’est une question de liberté d’expression, c’est un droit fondamental. Si on ne peut plus rire du sacré des autres, que nous reste-t-il? La plume amérindienne, elle, par contre…c’est un symbole sacré, mais pour de vrai. Pas comme le prophète, ben, en fait, si, mais les Amérindiens, voyez-vous, c’est différent. Et l’Acadie aussi c’est différent.

Toute cette histoire m’a faite repenser au film de Carole Poliquin et d’Yvan Dubuc – narré par Roy Dupuis –, L’Empreinte, où on nous raconte, qu’on a tous du « sang indien », que notre culture est marquée par ce contact, mais qu’on a refoulé depuis trop longtemps cet héritage, ce patrimoine culturel et génétique qu’il est temps de redécouvrir. « Si on secouait notre arbre généalogique, il tomberait bien des plumes ». Sur le plateau de Tout le monde en parle, où Roy Dupuis présentait le film, les gens étaient tellement ravis d’apprendre qu’il y avait de « l’Indien en eux », que finalement ils étaient, probablement eux aussi, un brin autochtones et que, plus encore, c’était la culture québécoise dans son ensemble qui l’était plus qu’elle ne le pensait. On se réjouissait d’avoir une part de leur sagesse, de leur intelligence du lieu, de leur spiritualité écologique. Ça nous ancre creux dans le territoire et ça nous déculpabilise de bien des choses. Cette autochtonité là, bien qu’elle soit factuellement fausse, nous plait. Parce qu’un Amérindien, c’est connu, c’est spirituel et donc, par filiation sanguine, nous aussi, un peu. Tellement qu’on ne peut pas toucher aux plumes. Certains stéréotypes sont acceptables, parce qu’ils sont bienveillants, parce qu’ils sont positifs, parce qu’ils nous font chaud en dedans. Mais la toque de paon pour parler d’une Acadie de touristes, ça passe pas, surtout quand t’as un accent français. Étrange quand même que dans toute cette histoire ce soient des Blancs qui jasent entre eux de ce qu’il est acceptable de faire avec la culture d’un autre. J’attends encore une réponse des Mi’kmaq et des Malécites.

J’ai aussi repensé à La Mariecomo de feu Régis Brun, qui raconte l’histoire d’une acadienne qui cours avec les sauvages. C’est un bon livre, je vous suggère de le lire. Mais je ne suis pas sûr si vous aimerez son Acadie…ni ses Mi’kmaq et ses Malécites.

Finalement, je crois que le vrai cœur du problème dans le cas NSP, ce n’est pas ce qu’elle dit – parce que sincèrement, on a vu pire passer sans éclat. On nous vend de la carte postale à coup de spectacles à grands déploiement année après année. Le problème, c’est NSP elle-même. Une partie de la clique culturelle acadienne s’est mise à garocher de l’eau bénite partout sur la pochette de son album parce que quelqu’un vole leur marque déposée, parce que quelqu’un qui est passé par d’autres circuits de promotion, production et tout ce que vous voulez essaye de jouer sur la turf acadienne. C’est beau quand on l’invite au Congrès mondial acadien : on capitalise sur son succès et, ça, c’est correct. Elle est acadienne quand ça fait notre affaire, mais seulement selon nos conditions. Elle n’avait pas bien lu le contrat, parait-il. Je soupçonne qu’en fine print c’était clair : le Festival interceltique de Lorient, c’est à nous. Les artistes acadiens au Québec et en France, c’est à nous. Plus de place dans le jacuzzi. D’ailleurs, on n’a rien dit de l’œuvre qu’elle propose, des mélodies, de sa voix, des arrangements. À en croire que ce n’est pas un disque qu’elle a fait, mais une plateforme électorale. Pour la critique musicale, on repassera. Imaginez le scandale quand Roch Voisine a sorti son Americana… Pas Américain pas en toute le petit Roch.

Le fond de l’histoire est, dans ce cas précis, assez banal j’ai l’impression. Une question d’égos et de parts de marché plus que de principes. Une guerre de clochers se cache sous les plumes. Mon Acadie est plus vraie que la tienne et c’est la mienne qui devrait rayonner. Mais n’empêche que quelques questions épineuses et actuelles se jouent dans toute cette « controverse ». Les questions de l’authenticité identitaire, de l’appropriation culturelle et de la liberté d’expression sont actuellement entremêlées au point d’être pratiquement incompréhensibles.

L’authenticité sacrée de la victime

Dans plusieurs cercles progressistes bienpensants, anglophones surtout, les accessoires vestimentaires sont devenus un réel terrain de bataille culturelle. Les coiffes de plumes ont été bannis à Osheaga et sur certains campus – avec aussi les faux dreads, les coupes mohawk, les bandeaux et bientôt, pourquoi pas les toges. La logique est toujours la même : assurer l’intégrité des cultures minorisées, qui doivent devenir souveraines, en un sens. Elles doivent avoir le monopole de certaines pratiques jugées authentiques. Ces débats culturels suscitent évidemment les passions. Chacun tient tantôt à l’intégrité de sa culture minoritaire et victimaire, tantôt à la liberté d’expression. Surtout, chacun peut se prononcer, parce que nous sommes tous, en un sens, des experts de notre identité. Ces débats sont clairement plus simples que ceux concernant l’inégalité économique. Ce qui fait, par exemple, que les frais de scolarité ne cessent d’augmenter sur les campus où l’on interdit un ensemble de pratiques, de vêtements et de discours. Les universités deviennent des safe spaces hors de prix. Justice est faite.

Dans un monde qu’on veut sans frontières – ne sommes-nous pas des citoyens du monde – et qu’on ne cesse de nous répéter qu’il se mondialise, qu’il se mélange et se brasse au rythme de la world music, de la world litterature, de nouvelles frontières sont en train d’apparaitre. Ces frontières sont culturelles et elles prennent la forme de tabous qu’il ne faut pas transgresser. La culture devient culte, l’identité devient sacrée. Après la mode des tatous tantôt tribaux, tantôt en caractères chinois, après la récupération ironique de la culture prolétaire par les hipsters, la conversion de masse au yoga et les sushi bars qui vident nos oécans – namaste sashimis –, la saoulerie comme héritage irlandais, le henné pour tous au marché de Shédiac et les hippies qui dansent le solstice et j’en passe, on a atteint une limite. Finalement, la culture – en fait, certaines cultures, pas toutes – est en réalité généalogique. Ces cultures généalogiques, authentiques, ne doivent pas circuler librement, elles ne peuvent pas se brasser n’importe comment et surtout, ne peuvent pas être brassées par n’importe qui. Elles n’appartiennent pas au patrimoine de l’humanité ; elles exigent, à défaut du sang, un rite initiatique tellement elles sont authentiques. Ces cultures appartiennent exclusivement à des groupes autorisés – bien qu’on ne soit pas toujours certain de savoir qui les autorise et quelle épreuve il faut réussir pour y être autorisé. Ces cultures sont des propriétés privées et non des biens publics. La culture se privatise, devient une marque déposée.

Se servir de ces cultures, s’y référer, y faire référence – surtout quand c’est maladroitement fait – n’équivaut pas simplement à une maladresse, à un manque de sensibilité, mais équivaut plutôt à un vol, à une appropriation, à une domination. Voilà comment on en vient à s’indigner que Miley-Cyrus-la-blanche se fasse aller le derrière d’une manière qui n’appartient pas à sa race. Twerk : patent pending. Voilà comment un festival de musique populaire anglo-américaine qui porte un nom mohawk – Osheaga –, mais qui ne fait aucune place à la culture autochtone, en vient à bannir le port de la coiffe de plume pour protéger lesdites cultures autochtones de l’appropriation culturelle par les Blancs. On n’est pas à une contradiction près. Voilà comment on s’indigne de l’Acadie de NSP. Son parcours de vie l’aurait mené hors du groupe. En quittant le territoire, ses institutions et ses accents, elle se serait apostasié, elle aurait renoncé à son baptême – ou bien est-ce plutôt nous qui l’aurions excommuniée?

Ces cultures protégées ont toutes en commun une authenticité fondée sur une expérience victimaire. Personne ne pense à protéger les cultures dominantes. Personne ne s’insurge contre la récupération culturelle et identitaire du showbizz américain. Cependant, la liste des cultures victimisées et des pratiques leur étant authentiquement associées est encore incomplète. Pour les Noirs, par exemple, on y fait entrer le twerk, mais pas le jazz, ni rap. Allez comprendre la logique. Néanmoins, ce que ces cultures ont en commun, une fois qu’elles sont acceptées dans le registre des cultures en voie d’extinction, c’est d’interdire le jeu, le ludique, l’échange s’il vient de l’extérieur.

On ne peut pas « jouer » à l’Amérindien si on n’est pas autochtone, tout comme on ne peut pas « jouer » à changer de sexe si on n’appartient pas authentiquement – biologiquement – à une minorité sexuelle. D’ailleurs, on commence à s’interroger – au théâtre et au cinéma – à savoir si des Blancs peuvent jouer des Noirs, si des Noirs peuvent jouer James Bond, si des non-handicapés peuvent jouer des handicapés, si des non-transgenres peuvent jouer des transgenres. Et pourquoi pas, les richissimes stars hollywoodiennes devraient-elles pouvoir jouer des pauvres? Pour assurer l’authenticité du truc, on pourrait donner des stages non-rémunérés aux jeunes acteurs, ils feraient le travail devant l’écran gratis. Keeping it real. Certaines identités seraient tellement authentiques, qu’elles ne pourraient pas être jouées, elles ne pourraient qu’être vécues authentiquement, pire, subies. Quiconque ne la subie pas n’y a pas droit. Peu importe que la fiction industrielle soit déconnectée du réel, qu’elle vende de l’idéologie capitaliste et néolibérale à la pelle, qu’elle nous vende du rêve américain de classe moyenne qui n’existe pratiquement plus. L’authenticité dans la pub, dans nos produits de consommation de base, on s’en fout de ça aussi. Nos pubs de char sont belles, on ne voit pas de pipelines et de sables bitumineux. Vous ne trouvez pas que ça ferait plus authentique? Drive on, on a d’autre luttes à mener.

Notre société du spectacle s’est trouvée quelques sanctuaires d’authenticité et on fait sûr de poster sur Facebook qu’on les vénère. Ensuite on peut continuer de s’en contre-foutre des Amérindiens, de leurs cultures, de leurs langues, de leurs défis. Du moins qu’un énergumène ne se mette pas la toque d’oiseau au concert de Kanye. Notre vertu ne connaît pas de bornes.

C’est peut-être plus juste ainsi. C’est peut-être plus civilisé et respectueux. Personne n’est blessé, les espaces sacrés de nos identités divines sont intacts et on fait preuve de grandeur en reconnaissant le sacré de l’autre. Mais alors que fait-on du Charlie? Être Charlie, c’est revendiquer le droit au rire. Pas toujours à un rire consensuel, respectueux, mais un rire libre, sans bornes. Un rire athée. C’est contre un tel rire que l’authenticité victimaire s’impose et si on va au bout de la logique, on ne rira plus du tout dans notre sacrée société de consommation, parce que rien n’y est plus démocratiquement distribué que la misère. Si l’irrévérence – et dans plusieurs cas tout simplement la maladresse – doit tirer sa révérence devant quiconque souffre, devant le sacré de tout un chacun, devant les épreuves du quidam, alors on n’est pas sortis du bois. Tant qu’on y est, dans le bois, on risque de rencontrer NSP dans « son » Acadie des terres et forêts. Vous la reconnaitrez à son canoë de carton et à ses plumes de paon probablement achetées dans un casino sur une réserve, mais peut-être goudronnées par ce temps-là si la meute ne lâche pas le morceau. Vous n’oublierez pas de lui rappeler que son Acadie est moins real que la vôtre dans votre chiac du dimanche. Pis lâchez-vous lousse avec les railleries et les invectives. Avec son accent français, pas moyen qu’elle soit victime, elle. Elle n’a pas le droit de jouer les petites identités, elle est fair game.

 À propos…

Mathieu Wade est sociologue. Il est actuellement doctorant à l’Université du Québec à Montréal et enseigne la sociologie à l’Université de Moncton.

 

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15 réponses à “Plumes et goudron : mon Acadie est plus vraie que la tienne – Mathieu Wade

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  3. si cela avaient dérangé le peuple mikmaq il y aurait longtemps qu’ils auraient réagi, ils ont entendu les acadiens ne sont pas des amérindiens, leur réponse est que les amérindiens ne sont pas des blancs , les critiques ont été plus du coté acadien qu’autochtone dont ils se moquent de leur image en france, leurs intérêts c’est sur leur terres

  4. L’appropriation culturelle, j’avoue que je trouve ça difficile à cerner. Les Blancs, on se pense bien hot d’emprunter aux cultures des autres. C’est bien juste parce qu’on apprécie seulement cette culture quand elle est pratiquée par les nôtres. Quand c’est un Autochtone qui porte un chapeau de plumes traditionnel, ça ne nous fait pas l’effet « oh wow, il est donc hot, ouvert aux autres cultures et juste assez irrévérencieux », mais quand c’est un hipster dans un festival de musique, c’est exactement ça qui nous vient à l’esprit (dans l’esprit des autres hipsters, surtout). Quelques « bien-pensants » – on pourrait les appeler « du monde respectueux », dépendant de l’angle – ont eu l’idée que c’est pas vraiment si merveilleux que ça de s’approprier juste les éléments de la culture des minorités qui nous font bien paraitre, sans vraiment s’intéresser à cette culture.

    Est-ce que ça va trop loin? Probablement. J’ai lu sur les concepts de micro-agressions sur les campus universitaires, et effectivement, ça mène parfois à des situations douloureusement absurdes. Trop de PC, c’est poche, mais je me méfie de ceux qui se disent contre la rectitude politique, ils ont souvent beaucoup trop de bêtise à dire.

    Quant à Natasha St-Pier, je trouve son clip d’un ridicule épouvantable. Quelqu’un s’est dit: « Bonne idée, un disque en hommage à l’Acadie. Mais les Français, ce qu’ils aiment du Canada, c’est les plumes d’Indiens, les cabanes en bois ronds et les belles Canadiennes-françaises bien radieuses. Alors c’est ça qu’on va leur donner. »

    Est-ce que ça méritait l’indignation générale de l’Acadie au grand complet? J’imagine que non. Mais une bonne moquerie, oh que oui! Je ne vois pas pourquoi la liberté d’expression a été remise en question ici. Elle a fait un vidéo ridicule. On l’a critiqué. Il est où le problème?

    Et si je me fie au commentaire de l’auteur, il y a, en Acadie une élite qui crache sur le dos des artistes qui ne « s’en tiennent pas au message »? Ah oui? Je dirais plutôt le contraire. En Acadie, tous les artistes, ils sont excellents, extraordinaires, même. Ceux qui connaissent un succès commercial au Québec, Jean-François Breau et Wilfred LeBouthilier me viennent à l’esprit, mais il y en a sûrement d’autres: SUPER! On les aime! Ils sont fantastiques. Les artistes « dans la marge »: Hay Babies, Lisa LeBlanc, Radio Radio et compagnie: SUPER AUSSI!! Et ceux qui chantent du bon vieux country et enregistrent des albums dans leur sous-sol qui vont jouer à CJSE? SUPER, SUPER, SUPER aussi! On aime tout le monde, en Acadie, vous saviez pas ça? Tout le monde a son standing ovation, sans exception.

    Ce qui prouve, à mon avis, que le clip de Natasha St-Pier, il est juste vraiment, vraiment poche. Même en Acadie, on a fait un face-palm collectif…

  5. Bien écrit! C’est bizarre que l’identité est en train de refaire surface dans les débats politiques. Moi qui a toujours rêver d’une utopie trans-raciale, trans-culturelle. Je vais continuer de rêver et de combattre les anti-niqabistes.

  6. Merci Mathieu pour cette belle réflexion, fort songée et quelque peu complexe certes, ce qui est la nature même de l’esprit intellectuel académique, et c’est très bien! Quelque chose m’a aussi atteint en voyant les commentaires, ou plutôt les jugements négatifs à l’égard de NSP sur les médias sociaux. Je crois que je pars tout simplement du principe que le jugement porté sur qui qui ce soit autre que soi-même n’est jamais sain ni nécessaire. Le proverbe amérindiens nous le rappel d’ailleurs: « Ne juge aucun homme avant d’avoir marché avec ses mocassins durant deux lunes ». Étant dans l’impossibilité de ce mettre entièrement à la place de l’autre (dans ses chaussures), le proverbe nous enquiert donc à ne pas juger autrui, tout simplement.

    Ultimement, ce point de vue à pour moi une racine spirituelle. Effectivement, comme tu l’as souligné les amérindiens étaient des êtres très spirituels. En regardant de plus près, on se rend compte que l’identité culturelle et sociale d’un individu peut être perçue comme un manteau qu’il revêt pendant une période donnée; toute une vie peut-être pour certain… Elle est constitué d’idées à l’égard du monde qui nous entoure et de notre place dans celui-ci. Mais, en prenant du recul, on s’aperçoit qu’elle change au fil des générations, qu’elle à comme caractéristique l’impermanence. L’Homme (et la femme ça va de soit), surtout en Occident, à la fâcheuse tendance de se définir parce ce qu’il a ou ce qu’il fait, plutôt que par ce qu’il est, ce qu’il y a d’universel et d’intemporel en lui. Cela a pour résultats des individus qui se définissent par leur origine (nationalité), leur rôle social (travail), leur image (homme, femme, beau, laid, etc.) et tant de chose qu’ils prennent pour acquis et qui ne sont ultimement que des facteurs déterminés par l’environnement social et culturel dans lequel ils ont grandis. Un trop grand attachement à cette construction mentale illusoire à souvent malheureusement pour conséquence la création de différences et de clivages entre les êtres humains, quand ultimement la vérité qui semble vouloir s’imposer à nous, c’est que nous sommes tous unis, tous un.

    Ayant moi-même grandi en Acadie, j’aime nécessairement la construction identitaire qu’elle représente, mais je ne commettrai pas l’erreur de m’attacher trop grandement à celle-ci et surtout pas d’aller jusqu’à insulter en son nom! Puisque, comme l’a si sagement dit Krishnamurti: « S’il existe un attachement de n’importe quelle sorte – peu importe laquelle – à un livre, un régime alimentaire, un modèle de pensée, une responsabilité sociale – un tel attachement engendre invariablement la peur (peur de sa mort, de sa disparition); et un esprit apeuré, même sachant que cet état est dû à un attachement, n’est évidemment pas libre et vit dans un état de conflit continuel. »

    Enfin, l’expérience victimaire dont tu parles naît nécessairement de la peur… Et compte tenu de la mémoire collective de l’Acadie, on peut tout à fait comprendre et pardonner que certain prennent une position de victime…

  7. Je ne m’embarquerai pas sur la question de l’appropriation culturelle, je laisserai les Premières nations être offensées si celles-ci le sont. Par contre, j’ai une réserve sur les explications voulant que l’on n’a pas compris l’essence du clip ou, tant qu’à y être, ses origines.

    Sur la compréhension du message qu’elle voulait véhiculer dans la démarche artistique ayant mené au clip, si le message que tu voulais véhiculer n’a pas été compris de la vaste majorité, je ne crois pas que l’on doit faire porter le blâme uniquement sur la majorité, mais aussi sur l’émetteur qui n’était peut-être pas assez claire dans son intention, laissant par le fait même une interprétation mitigée.

    Pour ce qui est de ses origines, elle est acadienne, ça ne fait pas de doute. Toutefois, le vidéo semble représenter les mythes et clichés qu’une génération grandissante d’artistes acadiens tentent de briser depuis maintenant plusieurs décennies. C,est un travail de longue haleine et, malheureusement, lorsqu’une personne de sa notoriété arrive et fait quelque chose qui va dans le sens contraire, ce n’est pas elle qui nage à contre-courant, mais les autres artistes qui sont pris dans cette déferlante.

    Difficile de dire si elle se considère acadienne, québécoise, française, c’est à elle à s’identifier à la culture laquelle elle est attachée et, bien franchement, même si on la sait acadienne, au final, ça la regarde. Malgré l’éveil européen envers les cultures franco-canadiennes, chez trop de gens encore, le Québec est vu comme le pôle central de la culture canadienne française. Dû à cela, c’est difficile de faire comprendre à plusieurs que « français » et « Canada » ne veut pas toujours dire Québec. Même Véronic DiCaire, franco-ontarienne, a eu ce problème un moment donné là-bas. Je ne sais pas comment c’est pour les artistes d’ici en France, mais j’imagine que c’est difficile et tannant à la longue de devoir expliquer et espérer faire tomber de stigma.

    • Si je puis me permettre une clarification, lorsque je dis que je laisserai les Premières nations être offensées si elles le sont, ce que je veux dire, c’est que je n’appartiens pas à la culture autochtone et, donc, je ne crois pas être une personne qui puisse juger de l’appropriation culturelle. Selon moi, être offensé au nom d’un groupe auquel on n’appartient pas est tout aussi grave que l’acte de l’appropriation culturelle ou de la propagation des clichés, du simple fait qu’il y règne une condescendance, comme si l’on connaît assez, voir encore mieux la culture de l’autre pour juger de ce qui y est approprié ou non.

  8. Ouf… Ouin, comme on dit : au pays des aveugles, les borgnes sont rois… Et la plèbe applaudit en essuyant une larme : enfin un intello qui nous comprend!!!!
    Désolé Mat, mais je ne trouve pas que c’est ton meilleur texte. Tu devais t’en douter… Je suis un cas… 😉
    Bah, Rino a de la relève, au moins! Hein, Natasha?
    *rires en canne et applaudissements
    Crinque la zizique, la plus kitsch possible, merci!

  9. Superbement bien exprime ! …….Enfin ! Une voix sage decoulant d’une plume qui vaut la peine de lire jusqu’aux derniers mots ….. . Merci M Wade …..

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