De la théorie à la pratique – Nelly Dennene

Ce texte est le cinquième d’une série de cinq textes soulignant la Journée internationale pour les droits des femmes. Il s’agit d’une initiative du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB).

Pourquoi être féministe en 2016? Existe-t-il encore des inégalités entre les femmes et les hommes? En tant que femmes, sommes-nous inclusives par rapport aux différentes formes que prend la féminité? Les réponses à ces questions me paraissent évidentes. Ai-je tenu pour acquis certains enjeux? Certainement. Dévoiler les inégalités sociales reste un combat quotidien. Qu’il se fasse par le biais de l’action militante ou d’une application dans sa vie personnelle, ce combat reste le même.

La lutte pour une plus grande égalité entre les genres s’inscrit en vue d’une perpétuelle émancipation; une émancipation qui ne passe plus seulement par la liberté de quelques-unes, mais qui doit être une réponse pour toutes les femmes, peu importe leur classe sociale, leur race, ou leur orientation sexuelle.

Cet espoir d’émancipation repose sur le développement des solidarités qui ne se limitent pas uniquement à ceux et celles qui nous ressemblent. Chercher à tendre vers cet idéal qui repousse inlassablement les limites de représentations trop étroites n’est chose facile pour aucune d’entre nous. Est-ce impossible pour autant ?

Le discours féministe, comme tout discours, change, se modifie, s’adapte aux nouvelles réalités. Comme tous les discours, c’est un discours rempli de paradoxes, de va-et-vient entre le statu quo dans les institutions et la critique de celles-ci.

Ces dernières années, il y a eu un regain des idées féministes, mais aussi des attaques frontales; un retour aux mythes que nombreuses femmes se sont acharnées à déconstruire. Les mythes concernant le féminisme sont tenaces, passant de l’idée que le féminisme n’est pas nécessaire (le « quand tu veux, tu peux »), à l’humanisme triomphant (le refus de voir que certaines situations d’inégalité sont spécifiques aux femmes), à l’idée que le féminisme désavantage les hommes. Les idées ressortant du discours féministe ont en commun la défense constante du féminisme et l’explication du bien-fondé de ses principes. En effet, le discours féministe travaille à nier que le féminisme serait une lutte moins nécessaire, une attaque virulente contre l’humanisme, un travail de plus pour les hommes.

Contre l’injustice

En effet, à travers l’histoire, si le discours féministe s’est opposé à un élément de nos sociétés, ce serait bien l’injustice. Brièvement, course au temps oblige, dressons un petit portrait de quelques féministes ayant marqué le discours au fil du temps:

  • Flora Tristan (1803-1844), ouvrière dans les filatures, est une militante féministe, figure importante du débat social dans les années 1840. Elle militait pour de meilleures conditions de travail pour les femmes;
  • Léa Roback, syndicaliste québécoise, fille d’immigrants juifs polonais, a dédié sa vie à lutter contre « l’inhumanité de l’homme envers son prochain », pour le droit de vote, pour l’accès à la contraception et contre la prolifération des armes nucléaires;
  • Gisèle Halimi, avocate irrespectueuse, franco-tunisienne et féministe, est reconnue pour avoir notamment défendu Djamila Boupacha, membre du Front de libération nationale algérien arrêtée en 1960, torturée et violée par les militaires français. C’est aussi cette avocate qui a mené en France le combat pour la décriminalisation de l’interruption volontaire de grossesse et la criminalisation du viol;
  • Maya Angelou (1928-2014), militante afro-américaine et auteure, est reconnue pour avoir dédié sa vie aux droits civiques;
  • Corinne Gallant, professeure et féministe, originaire de Dieppe au Nouveau-Brunswick, a été coprésidente d’un comité de travail qui a mené à la création du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick et elle a présidé l’Institut canadien de recherche sur les femmes;
  • Ayesha Imam, au Niger, a réussi à faire annuler la condamnation à mort par lapidation d’Amina Lawal, libérée en 2003.

Voilà donc un aperçu de quelques-uns des nombreux visages du discours féministe. Ce discours, il est multiple; aussi multiple et mouvant que le sont les expériences de la discrimination, de l’oppression, et de la violence sexuelle et mentale. Il est revendicateur; aussi revendicateur que ces femmes qui ne souhaitent que de faire entendre ce qu’elles ressentent, ce qu’elles vivent. Il est rassembleur; aussi rassembleur que doit l’être un mouvement qui souligne qu’une justice promise seulement à quelques-unes n’est pas acceptable.

Solidarité : avec qui? Pour qui? Au nom de quoi?

Le féminisme se vit au quotidien. Jour après jour. Quand une jeune se fait appeler « Barbie » en allant à l’épicerie. Quand entre un garçon et sa copine, il y a un écart salarial de 7 % à la sortie de leurs études pour le même programme, et qu’entre lui et son amie autochtone l’écart est encore plus grand. Quand, au Canada, environ 80 % des victimes de trafic sexuel sont des femmes et des filles. Quand 61 % des adultes disent connaître personnellement au moins une femme qui a déjà été victime de violences physiques ou sexuelles. Quand la simple capacité de prendre des décisions pour son corps, par l’accès à un avortement ou à la maternité, échappe encore à de nombreuses femmes en raison de discriminations liées à l’origine ethnique, au sexe attribué à la naissance, et à la classe sociale.

Et si? On ira.

La solidarité n’est pas un appel à l’effacement de nos différences. Bien que la solidarité n’excuse pas les privilèges, peut-être doit-elle se construire sans imposer l’uniformité. Le discours féministe oscille entre entre le statu quo autant que vers la remise en question de la légitimité de certaines institutions bien établies.

Mais s’il y a une chose qu’il ne faut pas oublier dans cet incessant mouvement, c’est la poursuite d’une lutte contre l’injustice pour toutes avec l’appui de tout le monde, dans toutes les conversations, sur tous les fronts (économique, social et politique), de toutes les manières, en tout temps et pour tout temps.

En lien avec la Journée internationale pour les droits des femmes qui a eu lieu le 8 mars dernier, je décide de me rappeler l’importance de l’irrévérence face à l’injustice et celle des possibilités face à ce que l’on croit acquis.

À propos…

Nelly Dennene est agente de projets et responsable de la recherche au Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB). Diplômée en communication politique, elle complète présentement sa maîtrise en science politique. Elle s’intéresse à l’analyse du discours féministe. Ses recherches ont notamment porté sur les discours féministes et antiféministes dans la politique étrangère des conservateurs sous Stephen Harper. Engagée et féministe, elle est convaincue que l’égalité des genres passe par l’éducation de toutes et tous.

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