Une œuvre aux multiples contours (1) – David Lonergan

Tout le monde n’a pas 12 lettres dans son prénom et peu s’appellent Herménégilde. Et puis le mot autoportrait compte également 12 lettres. Vous suivez? Chiasson, Herménégilde de son prénom, a toujours construit ses œuvres en s’appuyant sur une idée, un concept et Autoportrait n’échappe pas à cette règle. D’une certaine façon, il s’agit d’un selfie avec néanmoins un gros bémol : il ne s’agit pas que de soi, mais aussi du regard du poète sur son monde et le monde. Un regard qui peut être amusé, tendre, angoissé, piquant, acéré et bien d’autres qualificatifs. De plus, chaque volume explore une forme différente.

Cette œuvre est en cours de publication au rythme d’un livre de 48 pages par mois pendant les 12 mois de l’année 2014. Chaque livre porte un titre qui commence par une lettre de son prénom. Ainsi Histoires, Espaces, Refrains et Mots ont été publiés lors des quatre premiers mois de l’année.

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Crédit photo : Rachelle Bergeron.

On peut acheter auprès de l’éditeur Prise de parole la série complète. Car il s’agit bien d’une œuvre répartie en douze parties. Les livres sont envoyés mensuellement (les titres parus sont envoyés en bloc) et un coffret de même qu’une estampe de Chiasson viennent compléter l’œuvre. Estampe que recevront également ceux qui choisissent le format numérique.

Histoires se compose de textes d’une page, qui ont en commun de mettre en scène un personnage qui raconte une anecdote. Ces soliloques pourraient être mis en scène. Ici, c’est la quotidienneté pimentée parfois d’étrangeté qui sert de lien. De petites histoires sans prétention ni grandes conséquences, mais qui donnent à la vie toute sa saveur.

Dans Espaces, chaque phrase commence par « entre ». Deux aspects, opposés, paradoxaux, différents. Et lui ou le personnage entre les deux. Ces courts (très courts) poèmes en prose sont réunis par le lieu qui les a inspirés de Berlin à Moncton en passant par des étapes en train, en avion et en voiture. Les lieux servent d’ancrage et d’inspiration. Ainsi « entre l’odeur du café et l’aile de l’avion se penchant pour effectuer un virage » écrit-il dans « Avion: Frankfort-Montréal ». Des notations, des réflexions, des mises en contact paradoxales. L’esprit se promène, librement, voguant où bon lui semble. Les poèmes deviennent source de méditation ou d’invitation à se laisser porter par son imagination.

Refrains repose sur les locutions adverbiales qui servent de titres aux poèmes dont la longueur varie d’une à trois pages. Par exemple « De toutes manières », « Comme de coutume », « À tort et à travers » et « Il va sans dire ». Tous traitent du temps, ce « temps nous contient qui nous contraint ». Ils sont lumineux, musicaux et ça faisait longtemps que Chiasson n’avait pas versifié ces poèmes. Il y a là des réminiscences de Climats, tant au niveau de la forme que du contenu.

Mots joue avec les mots et se joue d’eux. Sur la colonne de gauche, un texte en prose dans lequel certains mots sont en gras. Sur la colonne de droite, un texte différent, reprend les mots en gras et traite du même thème ou s’inspire du thème de son vis-à-vis. Les textes remplissent la page et n’ont ni début ni fin, un peu comme s’ils étaient extraits de textes plus longs, ce qui est d’ailleurs le cas à quelques reprises. La plupart traitent de l’identité et de l’art des thèmes riches et complexes qui sont constants dans l’œuvre de Chiasson. Ce dernier nous met d’ailleurs en garde : « Il faut quand même s’imaginer autre / croire à l’idée de ne pas avoir tout dit. »

Chaque volume offre une aventure dans la pensée d’Herménégilde. Il s’y dévoile, s’y livre avec toute la finesse de sa plume et la limpidité de sa pensée. Car s’il est poète, Chiasson est aussi un penseur dans le sens classique du terme. Ce qu’il nous livre, c’est le fruit de sa réflexion, de son regard sur la vie, sur les êtres, sur les valeurs. Si les huit autres volumes sont à la hauteur des quatre premiers (ce dont je ne doute pas), l’ensemble formera une véritable somme de sa pensée et de sa faculté de se réinventer d’un recueil à l’autre.

  • Chiasson, Herménégilde. Histoires, Sudbury, Prise de parole, 2014, 45 p.
  • Chiasson, Herménégilde. Espaces, Sudbury, Prise de parole, 2014, 45 p.
  • Chiasson, Herménégilde. Refrains, Sudbury, Prise de parole, 2014, 47 p.
  • Chiasson, Herménégilde. Mots, Sudbury, Prise de parole, 2014, 48 p.

À propos…

David Lonergan2David Lonergan est Québécois de naissance et vit en Acadie depuis 1994. Il a travaillé dans divers domaines : théâtre, journalisme (écrit, radio, télévision), enseignement (au secondaire puis à l’universitaire). Il a publié plusieurs livres dont plus récemment aux Éditions Prise de parole, Paroles d’Acadie : anthologie de la littérature acadienne 1958-2009 (2010) et Acadie 72 : naissance de la modernité acadienne (2013).

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