Hommes et féminisme au 21e siècle – Michaël Dubé

Mon arrière-grand-père avait comme adage : « Y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée ». Avec un regard en arrière, je réalise que j’ai suivi son conseil et que la vie m’a porté à changer, à découvrir et, souvent, à changer d’idée. Un de ces changements est ma perception du féminisme. Bien qu’aujourd’hui je m’affiche ouvertement comme étant un homme féministe, il n’en a pas toujours été ainsi.

Pendant mon adolescence, mon entourage m’a implanté une fausse perception de ce qu’était le féminisme. On m’avait fait croire que le féminisme était quelque chose d’extrémiste, qu’il regroupait des femmes enragées qui détestaient les hommes et probablement des « gouines » (pour reprendre leurs mots). En veux-tu des stéréotypes? En v’là!

Une fois à l’université, je me suis fait un plaisir de casser ma socialisation et d’ouvrir mon esprit. Pour une première fois, je découvrais l’histoire des femmes et le manque d’études sur celles-ci. Je prenais conscience des différentes vagues du féminisme et de l’impact de Simone de Beauvoir avec son ouvrage Le deuxième sexe. Toutefois, même après être conscient de tout cela, je ne m’affirmais pas encore féministe. J’étais, à ce moment, un humaniste. C’était pour moi plus inclusif et ouvert sur le monde. Je me disais aussi que le terme « féminisme » était péjoratif, voire désuet.

Lorsque je pensais au féminisme, je n’avais en tête que des femmes d’un certain temps ayant des revendications différentes. Il me manquait des modèles de femmes et d’hommes féministes modernes avec leurs propres revendications. L’étincelle qu’il me manquait est venu grâce à ma conjointe. Pour une première fois, j’avais quelqu’un qui me parlait du féminisme et qui m’aidait à découvrir et à comprendre son côté des choses. Je me rappelle encore des débats que nous avions sur le féminisme. Comme il y a juste les fous qui ne changent pas d’idée, j’arrivais tranquillement à comprendre qu’il existait un féminisme propre au 21e siècle et que les hommes y avaient une place non négligeable.

De plus, les hommes ont, eux aussi, besoin du féminisme. Le patriarcat et les médias laissent présager qu’un homme c’est rough, c’est dur et sans réflexion. Être un homme féministe, c’est aussi s’opposer aux stéréotypes masculins qui ne cherchent qu’à diviser les sexes, les genres et les diverses orientations sexuelles. Dans notre société où la performativité des genres est d’une intensité rare, les hommes doivent êtres conscients des pressions qu’ils subissent.

Mais qu’est-ce que la performativité des genres? Le terme me vient de la lecture de l’ouvrage Gender Trouble de Judith Butler. Vous comprendrez qu’il serait futile de vous expliquer, en un paragraphe, la pensé de Butler, mais laissez-moi quand même vous mettre en contexte, et peut-être, vous donner la curiosité de lire son ouvrage.

Comme Simone de Beauvoir le mentionnait, « On ne naît pas femme, on le devient ». Dans la même pensée, Butler affirme que nous ne sommes n’y homme, n’y femme. Suivant ce raisonnement, la performativité du genre, c’est l’idée de correspondre à l’idéal normatif de la masculinité ou de la féminité. Le rôle d’homme ou de femme qui nous est attribué ne serait pas naturel. Selon Butler, nous cherchons seulement à le réaliser en essayant de nous conformer à une identité que la société nous donne. Dès ce moment, c’est, par exemple, parce que je suis défini comme homme que je vais accomplir telles tâches, porter tels vêtements, pratiquer tels exercices ou tels sports à l’exclusion de tels autres. C’est en accomplissant les actions « performatives » qui nous sont prescrites que nous réalisons notre genre. Bref, laissez-moi vous dire que cela remet bien des choses en perspective.

Il est clair que le féminisme donne aussi l’occasion aux hommes de casser les chaînes des constructions masculines. Ainsi, le féminisme moderne englobe beaucoup plus que les femmes. Femmes comme hommes ont besoin de s’affirmer dans leurs convictions. Cette solidarité a pour effet de renforcer le sentiment de communauté au sein du féminisme et d’ouvrir un dialogue qui, autrement, n’existerait pas. Nous avons tous beaucoup à apprendre les uns des autres!

Cependant, il faut bien comprendre le rôle des hommes. Pas question de prendre le contrôle du mouvement et certainement pas question d’occuper un rôle paternaliste. Vraiment pas! Voici ma liste personnelle d’actions en tant qu’homme :

  • Être un allié et offrir du soutien;
  • Appuyer les femmes dans leurs revendications;
  • Voir et comprendre les inégalités auxquelles les femmes font face chaque jour;
  • Prendre position lorsque des hommes ont des propos inacceptables et sexistes à l’égard des femmes et des hommes;
  • Dénoncer les publicités sexistes et rétrogrades;
  • Faire l’éducation citoyenne de nos jeunes garçons avec des modèles de femmes et d’hommes féministes.

Finalement, il faut comprendre que de s’affirmer féministe dans un groupe d’hommes n’est pas forcement très populaire. Dire que nous le sommes peut parfois causer des conflits de valeur au sein de la famille ou entre amis. Cependant, c’est à ce moment que nous sommes les meilleurs alliés du mouvement. C’est lorsqu’un homme garde fermement ses convictions féministes parmi les siens qu’il donne son meilleur appui aux femmes.

À propos…

Michaël DubéPère et fier Acadien du nord du Nouveau-Brunswick, Michaël Dubé est titulaire d’un baccalauréat en éducation ainsi que d’une maîtrise en histoire. Il s’intéresse à l’histoire des femmes, au féminisme, aux valeurs d’égalité et d’équité ainsi qu’à la question de la réforme des lois sur les drogues au Canada. Il est aussi membre du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick et bénévole de NORML Canada.

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11 réponses à “Hommes et féminisme au 21e siècle – Michaël Dubé

  1. Pingback: Plus de 200 publications depuis le lancement : Astheure on fait quoi? – Collectif | Astheure·

  2. Merci monsieur Dubré. Simplement merci. Cela fait du bien de voir que certains hommes peuvent changer d’avis, que certains hommes ont saisi les enjeux du féminisme, qu’il veulent y contribuer et qu’ils le font savoir.

  3. J’ai beaucoup apprécié l’article! Comme vous l’avez expliqué au début, le féministe est un mot et un concept très péjoratif. Pourtant, comme vous l’expliquer, le féminisme représente tout simplement la notion d’égalité entre les hommes et les femmes ainsi qu’une façon de briser les rôles féminins et masculins prescrits par la société. La question qui m’habite: doit-on changer le terme féminisme ou l’échanger pour un terme plus actuel?

  4. Bravo! Très bon comment-taire!!!!
    Je disais justement à un ami hier qu’il n’y a pas si longtemps tous les hommes riaient devant cette boutade qui nous vient d’un pays d’en-bas: Tu dois battre ta femme au moins une fois par jour,même si tu ne sais pas pourquoi….elle le sait….

  5. « On ne naît pas femme, on le devient »
    Je suis tout à fait d’accord. J’ajouterai même que On ne naît pas acadien, canadien, francophone, anglophone, catholique, musulman, juif ou bien n’importe quoi d’autre. On le devient!
     »Butler affirme que nous ne sommes n’y homme, n’y femme. »
    Nous ne sommes donc rien du tout. Absolument rien puisque nous naissons sans aucune identité. C’est là l’essentiel du Bouddhisme et de bien d’autres philosophies orientales. Arriver à la réalisation que le Je n’est qu’une illusion.

  6. Bonjour.

    Je n’ai jamais eu la prétention de dire que mon texte était un «article». C’était plutôt un court texte qui exprimait ma prise de conscience envers le mouvement féministe.

    Du côté des nouvelles idées proposées, je crois qu’il est clair que mon texte revendique la place des hommes dans le mouvement et qu’il démontre que ceux-ci ont un rôle important. Je prends aussi le temps d’affirmer que le féminisme s’applique aux hommes.

    Je crois qu’on apprend ma vision des choses, mes actions en tant qu’homme féministe et l’emprise de la construction sociale sur les individus (femmes ou hommes). Si ça peut influencer d’autres hommes à écrire des lettres de «motivations» féministes et bien tant mieux.

    Bien à toi.

    Michaël

  7. Bonjour.

    Je n’ai jamais eu la prétention de dire que mon texte était un «article». C’était plutôt un court texte qui exprimait ma prise de conscience envers le mouvement féministe.

    Du côté des nouvelles idées proposées, je crois qu’il est clair que mon texte revendique la place des hommes dans le mouvement et qu’il démontre que ceux-ci ont un rôle important. Je prends aussi le temps d’affirmer que le féminisme s’applique aux hommes.

    Je crois qu’on apprend ma vision des choses, mes actions en tant qu’homme féministe et l’emprise de la construction sociale sur les individus (femmes ou hommes). Si ça peut influencer d’autres hommes à écrire des lettres de «motivations» féministes et bien tant mieux.

    Bien à toi.

  8. Je vais dire que c’est très bien car comment peut-on en dire le contraire. je suis moi même communiste et donc par définition féministe, l’histoire du féminisme y passe et est très intéressante.

    toutefois, ce n’est pas un article. c’est une belle lettre de motivation, mais quelles nouvelles idées y sont proposées? qu’a t-on apprit?

    parfois pour accompagner ses attentions il faut un peut de substance.

  9. Un seul mot Michaël : BRAVO !!! Tellement, tellement rafraîchissant de te lire. J’espère que tu pourras inspirer d’autres hommes (et d’autres femmes) à se joindre aux rangs des féministes. Tu me donnes de l’espoir pour l’avenir. Solidarité.

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