Worry pas ta brain : pourquoi l’Acadie n’est pas en voie de disparition – Jasmin Cyr

-Jasmin Cyr-

            Comme nous le rappellent quotidiennement Michel Doucet et Abbé Lanteigne (version 2.0), l’Acadie et le Nouveau-Brunswick font face à des défis constants : problèmes économiques, population en déclin, taux d’assimilation importants chez les francophones de la province : la mauvaise nouvelle semble abonder dans les médias acadiens. Ainsi, les images de chats qui se font secourir des arbres par les pompiers, gracieuseté de L’Acadie Nouvelle, deviennent aussitôt très réconfortantes.

            Le cri d’alarme se fit entendre récemment avec l’annonce de deux non-Acadiens à des postes de haute direction au sein d’organisations considérées très importantes pour les Acadiens : Assomption Vie, Radio-Canada et l’Université de Moncton. N’avons-nous pas les moyens d’assurer nous-mêmes la gestion de nos plus grandes institutions? Il me semblerait que la vocation spéciale de l’Université de Moncton requiert qu’un Acadien soit aux commandes. Cela dit, mon but premier dans ce texte n’est pas de basher cette situation que je trouve assez choquante, mais plutôt de faire l’éloge de ce que je considère être un renouveau dans l’esprit de l’Acadie qui est présentement en train de germer.

            Pourquoi est-ce si frappant tandis qu’ailleurs au Canada cette situation se produit a tous les jours? Il y a ce sentiment communautaire en Acadie qu’il est difficile de trouver dans une autre province au Canada. Les gens sont conscients (du moins, quand j’observe mon entourage) que la survivance de l’Acadie dépend de la détermination de chacun de ses membres à la reproduire. Bien que cette conception de l’Acadie varie, il semble du moins y avoir une réelle fierté chez les gens et une reconnaissance que chaque Acadien est porteur d’une partie de l’Acadie, vu notre petite population.

            Mais n’allons surtout pas peindre un portrait trop positif de la situation. Il semble y avoir un certain dépérissement du talent, un brain drain, en Acadie. Phénomène généralisé ou bien phénomène propre à notre époque et à notre coin du pays, la question dépasse un peu le cadre de ce texte. Toutefois,  il est évident que plusieurs jeunes partent et que la relève tarde à apparaître. Ceci est d’autant plus clair quand on regarde les plus petites villes de la province (en d’autres mots, presque tous les endroits sauf Moncton). Comment assurer une réelle modernisation si la population est de plus en plus vieillissante? Pour Joseph-Yvon Thériault, professeur de sociologie à l’UQAM, un des défis majeurs de l’Acadie c’est qu’elle est prise entre le traditionnel et le moderne : n’ayant le pied fermement ancré dans ni l’un ni l’autre.

Hélas, même votre cher auteur n’échappe pas à la règle. J’écris cet article bien loin de chez moi, à la Faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa ou, comme j’aime l’appeler, l’Ambassade de l’Acadie à Ottawa. Acadiens seuls à Ottawa, vous vous retrouverez rapidement en sol familier. Il n’est pas rare ici d’entendre le chiac résonner dans les corridors du campus. On a même souvent l’impression qu’ici les Acadiens sont presque majoritaires. Mais est-ce vraiment surprenant? Faute de programmes de 2e et 3e cycles en français chez nous, nous sommes presque obligés de suivre l’exode vers Ottawa. Aussi, il ne faut pas le cacher, à moins que l’on cherche une carrière dans un centre d’appels, Moncton offre beaucoup moins de chances d’avancement, surtout pour des diplômés des programmes de sciences sociales. Ottawa, ayant un peu des allures de Moncton, du moins dans la proportion d’Anglais et de Français, et le caractère très accessible de la ville, se trouve comme véritable lieu d’exode d’une grande partie de la population non seulement acadienne, mais également néo-brunswickoise. Il est même assez commun de voir des plaques d’immatriculation ornées du drapeau acadien dans la Région de la capitale nationale. Mais à mon avis, nous assisterons bientôt à un renversement de situation, car plusieurs compatriotes acadiens à qui je parle à Ottawa ont un désir de retourner en Acadie et plusieurs sont conscients du dépérissement actuel. Tout ça semble être cyclique.

            Comme  le veut la légende, Louis J. Robichaud s’absentait souvent de ses cours afin d’aller assister aux séances de l’Assemblée nationale à Québec lorsqu’il était étudiant à l’Université Laval. Il reviendra chez lui emplis des nouvelles idées progressistes qu’il ne tardera pas à mettre en marche dans son p’tit coin du pays, avec des résultats assez révolutionnaires merci.  On pourra toujours débattre de l’impact à long terme de son projet Chances égales pour tous, mais il est difficile de nier le courage dont il fit preuve à une époque où les vieilles traditions issues de l’Église catholique prédominaient.  Herménégilde Chiasson, véritable voix artistique de l’Acadie, fut certes influencé par le paysage artistique Français, qu’il intégra à sa propre création, afin d’exprimer son acadienneté et ainsi paver le chemin à une génération qui le suivra.  Coïncidences? Les exemples abondent de figures importantes en Acadie qui partent et qui reviennent afin d’annoncer la « bonne nouvelle ». On le voit, l’ouverture sur le monde est essentielle afin de créer une véritable élite, mais encore faut-il que ces gens reviennent.

            Il y a quand même une lueur d’espoir surtout quand on regarde le succès récent d’artistes originaires de l’Acadie. Tous ces gens semblent apporter avec eux leur acadienneté où qu’ils aillent. De Roch Voisine à Lisa LeBlanc en passant par Wilfred LeBouthillier, ces artistes se sont démarqués dans le marché francophone au Canada (pour ne pas dire le marché québécois). Les « retombées » de ce phénomène sont assez évidentes. Tous les artistes acadiens qui décident de s’installer à Montréal, par exemple, afin de lancer leur carrière, se font aussi ambassadeurs de la culture acadienne puisqu’ils permettent une exportation et une mise en valeur de cette culture dans des grandes métropoles. C’est comme si ces métropoles servaient de tremplins afin d’offrir une meilleure visibilité aux créations acadiennes. Il ne fera aucun doute pour quiconque écoute un album de Radio Radio par exemple, que l’Acadie moderne est glorifiée. On mélangera difficilement le vernaculaire radio radioain avec celui d’un autre peuple. On le voit, se départir de son acadienneté semble être chose très difficile et ces artistes qui vont ailleurs ne se gênent pas de montrer leurs racines. Ainsi, cette vitrine sur le monde permettrait certainement une nouvelle conception, une certaine redéfinition, de l’Acadie beaucoup plus proche de la modernité que du traditionnel, tant chez ceux qui l’observe de l’extérieur que de ceux qui s’observent eux-mêmes.

            Serait-il donc si irréaliste d’entrevoir un regain de fierté et un désir de faire partie de la construction du nouveau projet identitaire qui semble se développer, et ce, surtout chez les plus jeunes? Je pense fermement que c’est ainsi qu’on verra émerger une nouvelle génération désireuse non seulement de reproduire l’Acadie, mais aussi de la renouveler, un peu comme ce fût le cas avec la génération qui émergea dans les années 60 et 70. À la différence de celle-là, par contre, elle ne sera pas issue d’une tension sociétale : le fait français ne semble pas être remis en doute par les anglophones de la province. Plutôt, je pense qu’elle émergera face aux lois économiques et à  l’envahissement de notre culture. Pas évident de faire valoir ses droits et sa fierté devant une opposition aussi abstraite!

            Il ne me reste plus qu’à espérer que chaque Acadien réalise qu’il représente, dans le présent, une tradition qui date, disons-le sans prétention, des tout premiers jours de la découverte du territoire qu’on appelle maintenant le Canada, car nous sommes les descendants de ces premiers colons. Entre la modernisation de la culture acadienne grâce à nos artistes qui se produisent à l’étranger et aux jeunes qui partent découvrir de nouvelles idées et qui reviennent, je pense que nous observerons un renouvèlement assez important en Acadie. En espérant que ça arrive astheure.

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2 réponses à “Worry pas ta brain : pourquoi l’Acadie n’est pas en voie de disparition – Jasmin Cyr

  1. It is time to stop identifying each other as other than Acadians. Just because we are part of different political systems does not automatically destroy our common Acadian historical heritage. Our political systems were designed to assimilate and control local conquered populations. Political pride is bullshit because it is based on simple political identity. It was applied in Canada to divide and conquer. I do not refer to New Brunswick’s Acadians as New Bees, why does New Brunswick’s Acadian population refer to Quebec’s Acadians as Quebecois or Quebecers. It robs me of my heartfelt Acadian identity.
    I repeat ,the political dismemberment of Acadia was to facilitate it’s exploitation and remove any obstacles such as local peoples.

  2. I sympathise with New Brunswick’s Acadian population in their struggle to survive within that province and live with their mother tongue. Do not forget that in your neighbouring province resides over one million Acadians who were lucky enough to live with the only other Franco-American people. This had the effect of preserving much of their traditional Language and culture. Many French Canadians of Quebec refer to themselves as Quebecois while some insist on the retention of the appellation Canadiens.
    What do you suppose The very large population of Quebec’s Acadians make of all this. Well those that I meet at cultural or historical meetings invariably overflow with the same kind of pride as any Acadian of anywhere. The big historical difference between Acadians and French Canadians is the fact that Acadians did not lose their name to the Anglo newcomers which makes it easier to identify ourselves. We may have lost our homeland but not our name. French Canadian capitulation preserved their earthly possessions but they lost their name, The Acadian capitulation was refused so as to properly usurp their land, they were no longer useful to the British Monarchy. So you see, no matter where Acadians are obliged to reside today, they still have a viable identity which exudes pride and passion.
    I too feel the Acadian renaissance building up steam.

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