Pourquoi Astheure? – Julien Abord-Babin

-Julien Abord-Babin-

C’est là la question fondamentale, n’est-ce pas? Pourquoi ce site, et pourquoi maintenant? La réponse la plus simple, c’est de dire qu’on a besoin de se parler. Ce besoin, on le sent en Acadie depuis quelques années déjà. On a pu le constater récemment avec la création de l’Incubateur de la pensée critique acadien qui s’est formé de façon assez spontanée et qui, bien qu’imparfait, témoigne de cette volonté de débattre des différents défis auxquels l’Acadie doit faire face. Cela sous-entend aussi que les structures actuelles ne suffisent plus et que bien des gens qui voudraient y contribuer peinent à trouver leur place dans le débat contemporain sur l’avenir de l’Acadie, tel qu’articulé par nos principales institutions.

Car c’est là l’un des grands obstacles à la réflexion sur l’Acadie : l’espace public où il devrait prendre place s’est terriblement institutionnalisé au fil des ans. Le débat semble trop souvent dominé par une poignée d’acteurs et d’experts, tous plus ou moins issus du milieu associatif ou du monde académique. Quant à nos médias, ils réussissent à nous informer adéquatement, mais leur mandat ne permet pas toujours d’approfondir la réflexion.

Entre-temps, les quelques revues d’idées ou médias alternatifs que nous avons connus en Acadie (l’Acayen, le Vent d’Est, acadieurbaine.net…) sont tous morts de leur belle mort il y déjà belle lurette. L’offre de textes plus fouillés permettant une réflexion plus profonde sur l’Acadie est donc assez limitée. Mais c’est surtout la diversité des points de vue exprimés qui en a souffert.

L’objectif premier d’Astheure, c’est donc de décloisonner le débat sur l’Acadie contemporaine et les nombreux défis auxquels elle est confrontée en tant que société minoritaire. Nous espérons ainsi encourager des gens de différents horizons à partager leurs réflexions sur l’état de l’Acadie.

Pour y arriver, Astheure propose d’exploiter autant que possible une foule d’outils gratuits mis à notre disposition sur Internet. Que ce soit ce site, ou les réseaux sociaux, ces plateformes permettent en quelques clics de créer de nouveaux espaces de dialogue. C’est d’ailleurs comme cela qu’il faut, à mon avis, envisager Astheure: comme un espace de dialogue où tous sont invités à prendre leur place et à se faire entendre, que ce soit en y publiant des textes ou en participant aux débats qu’ils pourront susciter.

DisplayAstheure

On sait que l’Acadie est souvent frileuse lorsque vient le temps de débattre, préférant souvent le consensus, ou du moins l’apparence de consensus. Après tout, nous sommes une petite communauté et personne ne veut froisser son voisin. Mais l’Acadie n’en est pas pour autant homogène et en acceptant tout simplement de se taire, c’est le développement de notre communauté qui risque de souffrir et de stagner.

Car cette apparence de consensus peut facilement cacher un autre phénomène encore plus dangereux : le désengagement pur et simple de nombreux Acadiens. Malheureusement, force est de constater que la participation au sein des nombreux organismes acadiens est en déclin, si bien que nombre d’entre eux se retrouvent régulièrement à défendre leur légitimité. Cela signifie encore une fois qu’une poignée de personnes finissent par être les seuls à se prononcer sur ce qui devrait pourtant être envisagé comme autant de projets collectifs pour l’Acadie. Au point où l’on peut se demander s’il existe encore un projet collectif en Acadie.

Comme le remarquent Gilbert Mclaughlin et Rémi Frenette dans leurs articles, le projet acadien a eu tendance à se dépolitiser au fil des ans. L’Acadie tend à être reléguée à la sphère privée. Pour beaucoup, l’appartenance à l’Acadie est avant tout une question d’identité et de culture. Les Acadiens sont fiers de se dire Acadiens. Ils profitent en grand nombre des diverses opportunités qui s’offrent à eux pour célébrer leur culture. Mais une fois le tintamarre terminé, que reste-t-il? Quelle destinée envisageons-nous en tant que peuple? À quel projet collectif rêvons-nous? Voulons-nous une plus grande autonomie? Plus de contrôle sur nos institutions? Voulons-nous encore d’une Acadie distincte, telle qu’on l’a conçue pendant longtemps, ou sommes-nous satisfaits de nous intégrer à un tout multiethnique ou multiculturelle où nous ne serons toujours que minoritaires?

Toutes ces questions, j’aimerais pouvoir y répondre, mais elles ne dépendent pas d’une personne. Elles dépendent de nous tous en tant qu’Acadiens. C’est la nature même d’un projet collectif. J’ose espérer qu’Astheure pourra au moins devenir un espace où ces questions vont se poser, quitte à ce que ce soit de façon maladroite par moments. L’important, c’est d’avoir un débat honnête et respectueux.

Ceci dit, il ne faudrait pas envisager Astheure comme en endroit où il suffit de se fixer le nombril. L’Acadie a beau être une « petite » communauté, elle n’en est pas moins complexe. Mais surtout, elle n’est pas isolée. Bien au contraire. En tant que société minoritaire, nous sommes affectés par toute une foule d’enjeux qui ne dépendent pas vraiment de nous. Il est important d’en prendre conscience et de les comprendre en portant un regard acadien sur le monde. L’environnement, la mondialisation ou la justice sociale sont tous des enjeux, parmi bien d’autres, qui dépassent largement nos frontières (peu importe comment on les conçoit), mais qui nous affectent profondément. Astheure peut et doit être un espace où ces enjeux pourront être abordés.

L’objectif d’Astheure, c’est donc de redynamiser le discours Acadien. Pour ce faire, il ne sera pas nécessaire de réinventer la roue, mais il semble de plus en plus évident que ce discours a besoin d’être renouvelé, ou du moins d’être rafraichi. Cela ne se fera pas sans débat, sans l’apport d’idées nouvelles. Astheure pourra en faciliter la diffusion. Il en faudra surement davantage pour atteindre notre objectif, mais c’est déjà un outil de plus dans l’arsenal acadien. Tout ce que moi et mes collègues du comité de rédaction d’Astheure souhaitons, c’est que vous serez nombreux à vous en saisir.

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2 réponses à “Pourquoi Astheure? – Julien Abord-Babin

  1. On dirait qu’on revoit les mêmes visages qu’on voyait dans l’incubateur. Est-ce que les opinions controversées seront mieux accueillies ici? L’avenir nous le dira…

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