L’horizontalité dans l’apprentissage, une expérience de l’échange? L’exemple des volontaires en Service Civique au Canada Atlantique – Florian Euzen

Phénomène qui prend de l’ampleur, l’horizontalité est une pratique qui invite à revoir sa stratégie de développement et qui, bien souvent, sous-tend un apprentissage permettant de réaliser un travail en profondeur et à grande échelle : un apprentissage horizontal. On le définit alors comme un apprentissage par les voisins et les pairs, soit entre individus d’un même groupe ou d’une même entité. Cette manière d’apprendre est perçue comme un vecteur du changement, bouleversant en profondeur et durablement notre manière d’agir et de fonctionner, aussi bien localement que mondialement, et s’arrime autour des concepts de partage de connaissance et d’expérience. Une tendance à laquelle l’Acadie n’échappe pas…

Si nous regardons un peu ce qui se passe autour de nous, cette approche plus égalitaire est un concept très en vogue dans notre société et qui occupe une place de choix dans une gestion moins fragmentée. Déclinée à toutes les sauces, on peut l’observer au quotidien. Il suffit d’observer ces initiatives citoyennes, ces mobilisations sociales relayées à diverses échelles (World CleanUp Day). D’utiliser ces monnaies alternatives, comme le Demi gaspésien, qui permettent des échanges nouveaux de biens et services dans des commerces locaux. De réserver avec AirBNB ou Uber et s’affranchir ainsi des centres de décision et lieux uniques de production en échangent des services ou produits. Ou encore, dans le contexte singulier du confinement que nous vivons actuellement, l’horizontalité se manifeste tous les jours à travers les plateformes numériques et leurs fonctionnalités sociales. Par exemple, en matière éducative, les MOOC (Massive Open Online Course) ou FLOT (Formation en ligne ouverte à tous) en français, sont autant d’outils créés par des équipes pédagogiques qui se sont associées pour transmettre un savoir et offrir des échanges.

Il est vrai que toutes ces actions sont indubitablement liées à l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication qui en facilitent les processus, particulièrement en ce qui a trait à leur circulation. Cependant, les modes d’action qui en découlent, à l’ère d’Internet, ne sont pas vraiment révolutionnaires puisqu’initiés depuis longtemps comme nous pouvons fréquemment le voir dans l’espace de nos organisations communautaires.

Prenons l’exemple de l’Office de la mobilité internationale en Acadie (OMIA) qui y répond parfaitement. En effet, l’OMIA, qui découle d’une volonté de voir la création d’un guichet unique d’une mobilité jeunesse de l’Acadie à l’internationale, propose des terrains d’accueil afin de s’engager et de valoriser son parcours. De jeunes volontaires participent à des missions citoyennes et de promotion de la langue française au sein de structures francophones au Canada atlantique, et ce, essentiellement à travers le programme de Service Civique. Ce dispositif de l’État français a offert, et continue d’offrir, à de jeunes professionnels volontaires de 16 à 25 ans (30 ans si le ou la jeune est en situation de handicap), la possibilité d’effectuer une mission de 6 à 12 mois rémunérée. Ces dernières sont considérées comme étant l’occasion de développements et de perfectionnements professionnels dans les secteurs sociaux, économiques, et culturels, tout en favorisant les découvertes interculturelles et la croissance de maillage de réseaux. Cet engagement, à travers leur contribution au sein de la mobilité jeunesse, a dès lors pour vision de répondre à des objectifs divers, contextuels, conscients ou inconscients des jeunes volontaires. Elle a en cela le grand intérêt de mettre en avant une notion qui est étroitement liée à l’apprentissage horizontal, celui de l’apprentissage par l’action par le biais de l’engagement et, bien qu’il s’agît là d’un processus distinct, de dynamiser stratégiquement l’apprentissage.

L’OMIA est l’aboutissement d’un travail de collaboration entrepris une dizaine d’années auparavant entre la Société Nationale de l’Acadie (SNA) et l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ – section française) qui souhaitaient accroître la mobilité jeunesse à d’autres régions francophones du Canada. Ainsi, c’est quelques années après, en 2011, en collaboration avec l’OFQJ, que la SNA fit naître ce projet et eut notamment le mandat d’accompagner les organismes accueillant les volontaires en mission de Service Civique en Acadie des provinces de l’Atlantique du Canada.

Durant leur mission, les jeunes volontaires se voient alors accompagnés par un tuteur ou une tutrice, mais également, par d’autres volontaires déjà en mission qui les épauleront, leur montreront où trouver les biens de première nécessité, comment utiliser nos services administratifs pour avoir un permis de conduire local ou un compte bancaire, comment obtenir le remboursement des frais médicaux au besoin et, surtout, des astuces pour survivre à notre long hiver. Tout autant d’exemples illustrant l’utilisation de l’apprentissage horizontal. Plus encore, cet apprentissage au Canada atlantique a cette spécificité qu’il est intégré dans un terrain de mission communautaire. En effet, quoi de plus efficace que de se retrouver dans un milieu favorisant l’horizontalité où le potentiel et le savoir local sont mis au premier plan. De reprendre ce que la verticalité aura détruit grâce à un milieu communautaire interconnecté et multiconnexe qui donne cette chance de reprendre confiance en ses idées, ses connaissances, ses expériences et en s’appuyant sur celles de son voisin.

C’est pourquoi l’apprentissage par les pairs y joue un rôle prépondérant et permet un rapprochement entre le donneur et le receveur, rendant alors encore plus concrètes, pour les volontaires, les actions qui en découlent. Ce partage d’information au sein d’organismes communautaires associé à la proximité sociale, mais aussi physique, accroît cette forme de mentorat indirect à travers le mécanisme de mimétisme.

Vous l’aurez constaté, il s’agit bien là d’une pratique ancienne d’apprentissage et le fait que ces mobilisations soient issues du terrain sous-entend une bonne pratique du développement pour que celui-ci soit efficace. En d’autres mots, pour que toutes les parties prenantes du développement soient des actrices et des acteurs conscient(e)s de la pratique d’apprentissage par l’action horizontale, il est nécessaire de soutenir ce processus, naturel et inné, dans lequel le changement peut s’ancrer, car après tout, et pour reprendre une célèbre citation de Gandhi, «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde!».

À propos…

Florian Euzen a étudié dans le domaine de la santé pour ensuite se tourner vers le secteur de l’éducation, matière dans laquelle il a récemment posé sa réflexion sur l’expérience vécue par de jeunes volontaires du programme de Service Civique, un dispositif de volontariat à l’international de la France, au cœur du territoire de l’est du Canada composé des quatre provinces de l’Atlantique. Après avoir expérimenté au début de sa vie professionnelle, plusieurs de ses passions, allant de l’agronomie en Bolivie aux sciences de l’éducation en milieu sanitaire et social, il fit un passage rapide dans le milieu du journalisme à Terre-Neuve et Labrador et au Nouveau-Brunswick où il s’établit et fonda une famille. Considéré comme une personne engagée et passionnée par l’Acadie, il travaille aujourd’hui en tant que responsable de la concertation panatlantique dont fait partie le Comité Atlantique sur l’Immigration Francophone (CAIF) au sein de la Société Nationale de l’Acadie (SNA).

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