Vers un nouveau départ pour l’Université de Moncton – Mario Thériault

Le 16 octobre prochain, dans le cadre de sa série de conférences Acadie 2020, L’alUMni de l’Université de Moncton braque ses projecteurs sur notre université, sur sa pertinence, sa gestion, son leadership et ses défis. Nous croyons que le moment est venu de tenir cette conversation, car il y a un sentiment d’urgence que notre université devienne plus novatrice. Plus flexible. Elle doit s’actualiser.

Si ces mots peuvent surprendre, c’est que notre série de conférences, initiée en 2009, a pour mandat d’offrir la tribune à des questions qui ne sont pas suffisamment débattues sur la place publique. De plus, notre thématique veut dire tout haut ce que plusieurs membres de L’alUMni et de la communauté pensent tout bas. On a parfois l’impression que l’Université de Moncton est figée et sur la défensive.

Avant d’arriver à cette thématique, nous avons consulté bon nombre de personnes : anciens administrateurs, gouverneurs, doyens, professeurs, étudiants, membres de la communauté, qui abondaient dans le même sens.

Ce pronostic ne se veut pas sans nuances. Nous reconnaissons avec fierté l’influence qu’a eue l’Université de Moncton sur la communauté acadienne et ses importantes retombées, car n’oublions pas qu’elle a façonné l’Acadie, le Nouveau-Brunswick et la Francophonie.

Cependant, sa capacité d’adaptation, de créativité et d’innovation dans les programmes, l’absence d’imputabilité ainsi que son sens de leadership et d’initiative, pour plusieurs, ne sont pas à la hauteur. Dans ce monde aux changements perpétuels, sommes-nous toujours au niveau des exigences de notre époque? Trop souvent, le statu quo se présente comme la seule solution pratique, mais ceci n’apporte, à long terme, que des risques. Les partenariats se font trop rares et notre gouvernance n’est plus adaptée aux impératifs de demain.

En présentant cette thématique, notre désir est que l’Université de Moncton soit une organisation actuelle, une leader d’aujourd’hui, un pôle d’excellence, telle qu’elle l’était il y a 55 ans lors du fusionnement des collèges qui a permis sa création. Précisons qu’à l’époque, c’était un projet audacieux, novateur. Aujourd’hui, elle doit concurrencer pour les étudiants – qui ont accès à plus d’options que jamais; pour les nouveaux professeurs – qui, lorsqu’elles ou ils sont engagés et créatifs, peuvent redynamiser toute l’institution; pour de meilleurs partenariats – qui ont le potentiel de nous emmener plus loin, plus vite; pour obtenir davantage de fonds de recherche — une des essences mêmes de l’institution.

Nous proposons donc qu’elle se mette à jour et qu’elle se projette vers demain. Avec un regard vers son soixantième anniversaire, une nouvelle rectrice ou nouveau recteur éventuellement en route, et un nouveau gouvernement provincial éventuellement en poste, nous croyons que le contexte est approprié pour cette réflexion.

Plusieurs enjeux profonds et stratégiques exigent ce questionnement. Nous sonnons l’alarme, car l’auditoire étudiant local diminue en termes démographiques et l’Université de Moncton n’est plus aujourd’hui la seule option pour les jeunes acadiennes et acadiens. C’est chose du passé.

Avons-nous la volonté et la capacité de devenir une référence à un autre niveau? National? International? Nous pensons que oui.

L’Université de Moncton se trouve à une croisée existentielle. L’alUMni veut souligner les enjeux pour qu’émergent de nouvelles solutions. Nous voulons revaloriser notre université. La faire rayonner davantage. Lui faire vivre son plein potentiel. Aujourd’hui.

Par exemple, la Charte de l’Université, adoptée dans le milieu des années 70 et animée par un désir d’équité régionale telle qu’elle s’exprimait à l’époque, est-elle toujours pertinente? Cette lentille régionale est-elle la seule que nous ayons? La seule que nous voulons? Nous désirons tous l’épanouissement des régions, mais dans le contexte d’aujourd’hui.

Les premières années des programmes sont offertes aux composantes d’Edmundston et de Shippagan. Est-ce suffisant? Pertinent? Peut-on garantir un minimum de qualité sans une masse suffisante de professeurs ou encore d’étudiants? Devrait-on envisager un partenariat plus élargi avec le CCNB? Évidemment, toutes ces questions se posent également pour le campus de Moncton.

Alors, pourquoi est-il si difficile de modifier, d’abolir ou de créer des programmes? Peut-on trouver des partenaires pour les offrir? L’institution n’a-t-elle pas le devoir de se renouveler pour avoir une plus grande résonance auprès des étudiants? Et si le Centre d’études acadiennes devenait le Centre d’études des populations déplacées, ne serait-ce pas là une option d’actualité qui rallierait l’histoire de l’Acadie à celle similaire à la nôtre? Si le président des États-Unis publie ses politiques (ou ses perturbations) en 140 caractères ou moins, l’art et la science d’un communiqué de presse sont-ils toujours pertinents? Si nous déplorons le niveau de langue dans nos écoles, bien que nous en contrôlons tous les leviers, ne faudrait-il pas emprunter de nouvelles directions? Innover en misant sur des résultats tangibles? Ces questions veulent simplement illustrer l’intention de notre propos.

Si notre thème traduit une certaine impatience, c’est qu’il existe des occasions que nous voudrions voir notre université saisir. Il faut valoriser nos différentes disciplines pour que leurs retombées contribuent pleinement à nos diplômés et à notre économie. Que ce soit seule ou en partenariat avec d’autres universités, organismes communautaires et entreprises, ensemble, nous pouvons exceller et rayonner sur une plus grande envergure. Non loin de nous, les universités Mount Allison et UNB sont respectivement leaders dans le domaine des arts et de l’entrepreneuriat au Canada. Ne pourrions-nous pas élargir nos partenariats avec eux sur ces thématiques, justement?

Les professeurs, eux aussi, ont le rôle et le devoir de perpétuellement innover. La recherche et l’enseignement doivent être évalués. L’administration, elle aussi, se doit d’être plus créative. Plus moderne. Les dédoublements doivent disparaître. Est-ce nécessaire d’avoir trois services des finances, de registrariat, de recrutement et de communications? Un vice-rectorat pour chaque campus?

Le Sénat académique et le Conseil des gouverneurs doivent être beaucoup plus vigilants. Ils doivent transmettre l’importance et l’urgence du changement pour assurer la réussite et la pérennité de l’Université de Moncton. Ils doivent constamment élaborer les termes d’une nouvelle vision et en assurer sa mise en œuvre.

Notre intention est d’apporter une critique constructive envers l’institution pour laquelle nous nous investissons. Il existe tant de passion pour notre université. Qui voudrait la gaspiller?

Ces enjeux ne sont pas propres à notre université, puisqu’ils sont également d’actualité pour d’autres universités. Mais nous persistons à croire que la nôtre est différente. Que la nôtre est fondamentale, pas seulement pour son propre avenir institutionnel, mais pour l’avenir de la communauté acadienne tout entière. C’est là son défi. Mais c’est aussi là sa plus grande chance.

À propos…

Diplômé de l’Université de Moncton, Mario Thériault est entrepreneur et auteur. Investi pendant près d’une vingtaine d’année envers son alma mater, il a siégé à la FÉÉCUM, au Sénat académique et au Conseil des gouverneurs. Il a été président de L’alUMni de l’Université de Moncton pendant plus de trois ans. Actuellement membre du conseil d’administration de l’Institut Donald J. Savoie, il est également membre actif dans sa communauté.

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