Le mouvement féministe est mort! Vive le militantisme féministe! – Rosella Melanson

Je suis d’avis que s’il y avait un mouvement féministe au Canada, on le verrait. Il y aurait des réactions spontanées de ras-le-bol individuel et collectif, devant l’immobilité des grands dossiers féministes, la négligence institutionnelle de l’avancement féministe, et devant les niveaux de pauvreté et d’inégalités entre les sexes mais aussi entre les femmes.

Quand je dis qu’il n’y a plus de mouvement, ce n’est pas un constat d’échec, ni un appel aux armes, ni de la nostalgie. Je ne reproche et ne blâme personne – d’ailleurs, comment des personnes ou des groupes sociaux pourraient-ils être responsables de l’existence ou de la disparition d’un mouvement social? Un tel mouvement ne dépend pas d’une volonté. Il s’agit plutôt d’un phénomène sociétal, conjoncturel. Les mouvements ont des cycles.

S’il fallait blâmer, je parlerais des gouvernements néolibéraux, qui se sont désintéressés des choses sociales pour s’occuper de «l’économie», définie, dans une réduction absurde, comme les entrepreneurs, voire les profits des entrepreneurs.

Quand je dis qu’il n’y a plus de mouvement, je fais un constat – une analyse de terrain – afin de mieux militer dans cette nouvelle conjoncture. Le militantisme est toujours possible, qu’on ait l’avantage d’un mouvement social ou non, mais il faudra travailler différemment, modifier nos stratégies d’attaque, tempérer nos objectifs, et cerner les types de changements qu’on peut toujours espérer obtenir.

Le mouvement féministe a encore toute sa raison d’être. S’il n’est plus là, ou presque plus, ça ne veut pas dire que les femmes ont atteint l’égalité – allez voir les statistiques, rappelez-vous l’envergure des changements souhaités par le mouvement féministe.

Il n’y a peut-être pas de mouvement féministe, mais il y a certainement des femmes féministes partout. Il demeure certainement des organismes féministes.

Au Nouveau-Brunswick francophone, il y a le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) qui travaille sur des dossiers féministes avec une perspective féministe. Le seul problème est qu’il n’y en n’a pas de même du côté anglophone et autochtone. Il nous en faudrait d’autres comme RFNB ici et ailleurs.

Il y a également le Conseil des femmes, agence aviseur du gouvernement provincial. Il y a un groupe de femmes autochtones. Il y a des groupes travaillant sur des dossiers spécifiques, dont la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick mais la plupart livrent surtout des services, par exemple aux victimes de violence masculine (femmes battues, femmes violées). Il y a des groupes encourageant les femmes à se lancer en politique ou dans un autre métier non traditionnel. Et il demeure des groupes de socialisation ou d’entraide, dont des cercles des Dames d’Acadie.

Et il y a des soulèvements autour de questions féministes, des campagnes menées par des groupes et des revendications qui aboutissent.

Mais un mouvement social? Je n’en vois plus.

Un mouvement social, pour moi, c’est une réaction irrépressible d’un groupe à sa situation, au statu quo. Une coalescence d’un groupe de la société autour de la nécessité d’un changement radical. Un mouvement ne revendique pas nécessairement une solution spécifique, mais plutôt un changement de statut, voire une transformation sociale.

Dans le cas du mouvement féministe, il s’agissait d’une force qui affrontait directement, et de façon soutenue, les structures économiques, culturelles et politiques soutenant la hiérarchisation des sexes et les rapports de domination.

Parce que c’était une mouvance de la base, il y avait des actions spontanées, variées, de tous bords. Et parce que ce qui était voulu est une transformation structurelle, on misait sur la conscientisation des femmes et du public en même temps qu’on revendiquait des changements spécifiques.

Un bouillonnement, une effervescence comme ça, je ne le vois plus depuis longtemps. Même pas de force incontournable dans les dossiers qui touchent la majorité des femmes – les garderies, le sexisme, la violence, la protection sociale.

De plus en plus, pour le public et les médias, les «questions de femmes» se limitent à l’avortement, le phénomène #MoiAussi, peut-être les services de garde, peut-être les questions LGBT, à l’occasion le nombre de femmes en politique ou en affaires. C’est bien loin de l’envergure des changements nécessaires pour l’égalité, de ce que revendiquait le mouvement.

Pour montrer à quel point la complexité disparait, de nos jours «femmes et politique» représente tout au plus le nombre de femmes parmi les candidats et les élus. Le public et les médias surveillent ces taux comme si beaucoup en dépendait, alors qu’il est démontré que dans le contexte politique actuel, le taux de représentation féminine a un effet minime sur les femmes et sur la politique. Pourtant, le mouvement féministe prévoyait que le domaine politique avait un rôle important à jouer dans les changements voulus par le mouvement, dans la responsabilisation des institutions envers les femmes, y compris les gouvernements, les partis politiques et les systèmes électoraux. De ça, on ne parle plus. La lutte féministe n’a jamais été qu’une lutte pour entrer dans l’arène politique. C’est une lutte pour radorcer le monde.

Également, de plus en plus, pour le public, les médias, les féministes, les journées, semaines et mois spéciaux consacrés aux questions féministes, choisis par le mouvement pour leur charge radicale –la Journée internationale des femmes, les journées/semaines/mois de la prévention de la violence, le mois de l’Histoire des femmes, la Journée Affaire Personne – sont devenus rituels, stériles, avec presque pas de «charge transformatrice». Ils sont devenus des messes et non pas des événements saisissants, controversants.

Depuis plus d’une quinzaine d’années, le gouvernement fédéral émet un communiqué avant le 8 mars du genre «Voici le thème retenu pour la Journée internationale de la femme». Incroyable mais vrai. Même Stephen Harper a osé, tout en démantelant Condition féminine Canada. Et il y a des groupes de femmes qui attendent de connaître le thème béni par le gouvernement avant d’organiser leur activité. Y a-t-il plus infantilisant et transparent qu’un gouvernement qui prétend décider du thème d’une journée de revendication pour l’égalité? C’est quoi ce délire? Être féministe, c’est ne pas se faire dire quoi penser ou célébrer ou revendiquer. C’est dire le changement qu’il nous faut.

Avec les gouvernements qui proposent le thème, sans peur de ridicule, sans peur de réaction d’un mouvement, c’est pas demain que le thème sera «À bas le patriarcat» ou «Fuck le système».

De la même façon, de plus en plus, le public, les médias célèbrent avec obsession la première ou la seule femme à obtenir, à siéger, à diriger, à être élue au sein d’un organisme, d’un gouvernement, d’un parti, d’une firme. Qui se soucie si elle ne fait qu’accéder à une structure oppressive? Qui s’inquiète de la situation des femmes dans l’organisme, le gouvernement, le parti ou la firme? Quelqu’une a exprimé ça de façon amusante récemment : «On s’intéresse à celles qui brisent le plafond de verre, jamais à celles qui doivent ramasser les débris de verre». Avec un même zèle, on célèbre et investit dans les femmes entrepreneures comme on ne fait pas dans l’autre 91 pourcent des catégories d’emploi des femmes. Qui demande pourquoi?

Nous devons absolument célébrer lorsqu’une femme réussit, mais le mouvement féministe se voulait pas une agence de placement, un emploi pour chaque femme. Où sont les efforts collectifs pour modifier les modèles économiques, de travail, de famille?

S’il y avait un mouvement féministe, il saisirait le moment créé par le phénomène médiatique #MoiAussi. Il prendrait le relais et ferait que personne – médias, célébrités, gros parleurs – ne prétende que #MoiAussi «a tout changé». Puisque rien n’a encore changé dans le dossier du harcèlement sexuel : ni les lois, ni les statistiques, ni les commissions moribondes qui gèrent les plaintes, ni l’information publique.

L’absence de mouvement féministe est visible également dans le fait que ce qui est dit féministe peut être du n’importe quoi. Tout mouvement de revendication rencontre une résistance qui cherche à le dénaturer, à le rendre inoffensif. C’est normal. Mais où est la riposte féministe à ce galvaudage?

Depuis quelque temps, des personnes, des institutions se disent féministe tout en n’appuyant pas des positions progressistes. S’il y avait un mouvement, ces manigances seraient démasquées. Certaines qui représentent une position anti-choix, ou rétrograde, ou xénophobe, ou anti-progrès social, tout en se disant féministe, diront que c’est là leur choix comme femme, «et qu’après tout, le féminisme a existé pour donner aux femmes tous les choix».

Ben, euh, non. Le féminisme dit que «le personnel est politique». Les choix sont politiques itou. Le féminisme appelait aux changements des structures économiques et politiques pour tenir compte de la réalité de la vie de chacune, et mettre fin aux rapports de pouvoir qui oppriment les femmes comme groupe.

Ça n’a jamais été une lutte pour ton plaisir du choix.

Bien sûr, les femmes devraient avoir tous les choix qu’ont les hommes. Mais si tu choisis de participer à une structure oppressive, ce n’est pas un geste féministe. Les choix sont politiques. Si tout est un choix, qu’est-ce qu’on fait avec la persistance des inégalités entre femmes et hommes, et des contraintes dans les «choix» des femmes, surtout celles qui ne sont pas blanches, ou bourgeoises, ou éduquées?

Personne n’a à se déclarer «féministe». Le but du mouvement féministe n’était pas de vendre des cartes de membre. On ne se dit pas féministe. On agit féministe.

Réduire le mouvement à une question de liberté de choix, c’est réduire les revendications féministes à une question individuelle et non à une question sociétale. Le féminisme est une lutte collective.

En parlant de faire du n’importe quoi, un récent gouvernement du Nouveau-Brunswick s’est mis à se vanter d’être féministe! Il annonçait qu’avant de prendre toute décision, il faisait une analyse inclusive selon le genre!  Chaque option à l’étude serait analysée pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres! Sauf que. L’analyse ne serait pas réalisée par une entité indépendante, les documents ne seraient pas rendus publics. Aucune façon de savoir quel avis a été retenu ou rejeté par le gouvernement. Par exemple, si l’analyse concluait que l’option étudiée nuirait à l’égalité, comment savoir si le gouvernement a choisi ou rejeté cette option? Après son adoption supposée de l’analyse inclusive selon le genre, personne n’a pu déceler que les actions du gouvernement étaient devenues plus féministes.  Le gouvernement a radoté sa rengaine deux ans durant sans problème. Du gros n’importe quoi.

Le premier dossier qui m’a fait penser, «Oh oh, le mouvement défaille, on perd l’objectif de vue», était celui de la violence masculine. Dans les années 1970 et 1980, lorsqu’on parlait de femmes battues, c’était un geste politique. Ça dérangeait! Certains ne croyaient pas que ça existait, d’autres pensaient qu’on «brisait les familles», tous semblaient être rendu inconfortables par la discussion publique de ce crime privé, et les hommes se sentaient visés.

Les féministes ont opté pour s’occuper de la création de maisons de transition pour les victimes au lieu de revendiquer que les gouvernements créent eux-mêmes ces services, parce qu’elles voulaient le faire sur des bases féministes. Les féministes ont donc monté tout un réseau de maisons et d’autres services spécialisés pour les victimes, financés en partie par les gouvernements mais nécessitant beaucoup de levée de fonds et de charité. Les salaires ne sont toujours pas ce qu’ils devraient être pour des travailleuses spécialisées.

Mais je veux vous parler de l’avant et de l’après. Toute l’énergie et la militance accaparées par le travail de monter et de maintenir les maisons de transition ont fait que, du jour au lendemain, les féministes ne parlaient presque plus, entre elles, en public, aux gouvernements, des causes de la violence masculine et du besoin de prévention.

L’objectif féministe dans ce dossier était d’arrêter la violence. Maintenant qu’on ne fait qu’aider les victimes, on ne fait que rendre le statu quo confortable.

On sait que la charité prolonge un problème au lieu de le régler.

Le désintérêt pour la prévention de la violence n’a fait qu’empirer. Au point qu’on ne s’occupe même pas de mesurer l’efficacité des programmes existants, le public n’a plus accès à de bons renseignements quant à l’incidence, le taux de récidive, les interventions judiciaires ou les enquêtes du coroner. Personne ne revendique même un plan de prévention. De nos jours, «éliminer la violence» signifie aider la victime à se sauver.

Montrez-moi une maladie éliminée par les services offerts à la salle d’urgence. Montrez-moi un crime éliminé en offrant des services aux victimes.

Le Nouveau-Brunswick a des taux très élevés de violence masculine. On est même champion canadien (à nouveau!) quant au nombre de meurtres-suicides conjugaux. Des Néo-Brunswickoises sont estropiées et tuées? Portez des rubans, présentez-vous aux vigiles et contribuez aux services aux victimes qui rendent les agresseurs invisibles.

Pourquoi le Nouveau-Brunswick a des taux si élevés de violence masculine? Pourquoi tant de Néo-brunswickoises meurent ou sont estropiées chez elles? Les gouvernements et les institutions qui ont le mandat de protéger la sécurité publique et de créer l’égalité entre les sexes devraient nous le dire. Je peux seulement vous dire pourquoi nous avons encore des taux élevés après tant d’années d’avoir des taux élevés : c’est parce qu’on tolère très bien la violence masculine. On s’occupe de l’estropiée, mais l’agresseur et la société sont à peine dérangés.

Les meurtres conjugaux en série et les statistiques gênantes de notre province sont là et on n’en parle pas. Il n’y a même pas de mouvement pour exiger que nos gouvernements et institutions adoptent un plan de prévention de cette tuerie de femmes.

En ne faisant qu’aider les victimes, nous avons contribué à privatiser davantage le problème au lieu d’aborder sa nature sociétale. C’est loin du rêve féministe d’éliminer la violence masculine.

Certains gains sont toujours possibles sans mouvement féministe. Mais on sait que quand il s’agit de questions sociales progressistes – comme le féminisme – une mobilisation sociale autonome est particulièrement importante. Certains types de questions appellent l’opposition d’intérêts organisés, économiques, religieux, politiques. Si tu es Irving, ou une chambre de commerce, tu n’as pas besoin d’un mouvement pour te faire entendre et avoir de l’influence. Mais les femmes…

Voilà mon point principal. Nous n’avons plus de mouvement social, mais surtout nous avons très peu de groupes non subventionnés. Très peu de mobilisation sociale autonome. Aucune effervescence, la marque d’un mouvement. Très peu de groupes libres d’agir à leur guise à tout moment, libres de choisir leurs priorités d’action. Il y a très peu de groupes qui existent, aucune action prise simplement parce qu’il est urgent d’agir, de conscientiser le monde, voire de se grouiller.

Il existe un livre, «La révolution ne sera pas subventionné» portant sur l’influence des pourvoyeurs de fonds sur les groupes de lutte pour le changement. Il donne à penser que la transformation sociale qu’il faut ne sera jamais un travail payé, poli, de 35 heures semaine. Il faut des révoltés.

Il est connu que les subventions, gouvernementales et autres, ont pour effet de désamorcer la colère et faire disparaître le travail d’analyse critique, de saper l’énergie d’un mouvement et le réorienter vers la livraison de service. Les subventions nous donnent des projets pilotes pour ce qui devrait être universel. Elles réduisent à un service à terme, ce qui est un droit.

Les projets subventionnés sont souvent absolument valables. Mais ils ont peu à voir avec la transformation voulue.

Ce ne serait pas la première fois que la politique finit par étouffer et récupérer l’action citoyenne.

Le monde a bien changé depuis le mouvement féministe.

La conjoncture politique qui nous entoure exalte l’individualisation et dénigre le gouvernement, le citoyen, le politique, les mouvements sociaux.

Cette période de régression sociale affecte tous les mouvements progressistes. Et pourtant des groupes féministes persistent. Bravo à nous.

On a une révolution féministe incomplète. On a fait un long chemin vers l’égalité formelle, et au Canada, grâce à la Charte des droits et des libertés, on a fait un petit bout de chemin vers l’égalité réelle. Il reste quand même un énorme écart entre égalité formelle et égalité réelle. C’est de ça que le mouvement féministe se préoccuperait.

Le mouvement a réussi des changements dramatiques au niveau de la condition féminine. Mais ce sont surtout les femmes qui ont changé et non la société.

Pensez au niveau d’instruction des femmes, à notre participation sur le marché du travail, à nos choix de carrières, au nombre d’enfants qu’on n’a pas.

Ce qui a peu changé, voire ce que le mouvement voulait changer, ce sont les systèmes, l’économie, la société, les politiques, les façons de faire, la violence, la valorisation des activités de soin. Se pourrait-il que même aujourd’hui la plus grande contribution des femmes à l’économie soit leur travail non rémunéré, à la famille et à la communauté?

Individuellement, les progrès sont spectaculaires. Les femmes n’ont jamais eu autant de savoir, de pouvoir, de choix. Individuellement.

Mais ce que voulait le mouvement féministe : un monde égalitaire, inclusif, non violent, la valorisation des activités de soin, la démocratisation, le souci des inégalités entre les femmes, la fin à la violence masculine? Aucun salut sans mouvement.

Tout mouvement se heurte à la vie, à la politique, aux courants économiques et politiques. C’est ça qui nous est arrivé.

À propos…

Rosella Melanson est Acadienne, blogueuse et activiste. Elle a une formation en travail social, en journalisme et en technologie de l’information. Elle a surtout été à l’emploi du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick. À la retraite, elle voyage et écrit, et quand elle est au Nouveau-Brunswick, elle est commentatrice politique.

3 réponses à “Le mouvement féministe est mort! Vive le militantisme féministe! – Rosella Melanson

  1. Ah merci ça me rassure de ne pas être la seule à trouver que le « mouvement féministe » ne fiche globalement pas grand chose en fait. Je ne suis pas au Canada je suis française mais ici c’est pire nos « féministes » officielles du gouvernement soutiennent Macron et son infinité d’entorses à la démocratie sans ciller des yeux une seule fois juste car pour elles le féminisme se résume à ce que des femmes puissent entrer en politique afin d’être calife à la place du calife, affligeant de mon point de vue.

    Je suis d’accord avec vous sur le mouvement Me Too et son inefficacité toute relative mais je rajouterais deux points : hélas il a changé deux choses dont on parle trop peu, côté validisme il a instrumentalisé beaucoup de femmes traumatisées par des violences sexistes qui se sont plaintes d’être devenues des cautions demoiselles en détresse traitées de façon très paternaliste et validiste comme des publicités à une cause ou toutes étaient loin de se reconnaitre et où elles trouvaient qu’énormément d’agitation était faite par exemple avec des images chocs de femmes battues partout était douteuse ce qui les mettaient en colère car elles ravivaient leurs propres traumas (d’autant que beaucoup sont bizarrement si hyper sexualisées dans ces campagnes de préventions pour les violences conjugales que j’ai déjà connu des gens qui m’ont demandé si c’était pas des pubs pour les violences conjugales plutôt car ça y ressemblait et quelques gars qui ont cru que c’était des pubs pour des pornos avant de lire le contenu, triste mais vrai ce qui laisse assez dubitatif sur le traitement médiatique du sujet) et leur parole a été ignorée, de même que celles de nombreuses femmes noires et arabes qui ont montré preuves à l’appui hélas que beaucoup d’hommes ont été victimes d’erreurs judiciaires sur la base de faux témoignage surtout aux Etats Unis de femmes blanches sans preuves en la matière contre eux par pur racisme de ces femmes envers eux, un problème systémique du milieu carcéral avec le racisme de ce côté là qui a de nombreux précédents historiques qui font qu’on incarcère plein d’hommes subissant le racisme innocents sur de fausses accusations de ce type et innocente plein de blancs surtout bourgeois même avec des preuves (Polanski au hasard mais bon là on envoie carrément les CRS chargée des manifestantes contre lui sur des nanas en béquilles en plus de lui trouver toutes les excuses de la Terre et trainer sa victime dans la boue allez comprendre) et hélas Me Too a renforcé ça mais hors des milieux de féminismes vraiment centrés sur l’antiracisme silence total là dessus en fait entre ça le refus de parler des violences sexuelles subies par les prostituées au prétexte que ce serait soit disant « leur métier » que d’en subir et la parole des hommes gays, trans, handicapés ou gamins au moment des faits écartée pour se centrer sur les femmes comme celle de lesbiennes violées lors de rapport lesbiens écartée pour faire croire que les violences sexuelles ne peuvent arriver que d’un homme contre une femme bah euh le mouvement Me Too moi il m’a semblé totalement sécuritaire, réactionnaire et complètement renforcer tout les stéréotypes imaginables et leurs conséquences dramatiques et surtout servi d’excuse à toujours plus de prisons, étant anti-carcérale (je galère vraiment à comprendre comment on peut croire que des institutions parmi les plus patriarcales qui soient j’ai nommé la prison et la « justice » (lol) peuvent aider les femmes en quoi que ce soit sérieusement faut vraiment être ultra privilégiée pour pouvoir y croire même 1 seconde ) j’ai beau y chercher du progrès je n’en vois pas une once là dedans tout au contraire ça m’a même dégoutée au point de me décider à ne plus me dire féministe jusqu’à ce que ça se remette à désigner quelque chose que je serais réellement apte à juger émancipateur mais pour l’instant j’entends des appels à la justice partout mais ne voit de luttes pour sa concrétisation nul part en la matière…faut dire ça demande de remettre en cause le capitalisme et les institutions et la plupart des soi disant féministes que je connais hors milieux anarchistes et communistes fuient dès qu’on prononce ces mots là mais comment donc peuvent elles croire renverser un système sans le renverser? Cela m’échappe entièrement je l’admets.

    Mon avis est que le féminisme libéral bourgeois est une plaie et que les Gilets Jaunes à l’heure actuelle représente au contraire de ce que les médias en prétendent bien plus l’intérêt des femmes ordinaires que ne l’ont jamais fait tant de groupes féministes si centrés sur les intérêt de petites bourgeoises et si aveugles aux besoins de la masse des femmes et ne parlons pas de ceux des femmes les plus démunies…la vérité est que les plus dans la merde continuent de se débrouiller 100% seule voir souvent de devoir lutter contre les services censés leur proposer de l’aide pour ne pas se retrouver plus bas que terre, elles ne les surnomment pas les sévices sociaux par hasard malheureusement plus d’une connaissance venue y bosser pleine d’idéale a lâchée le post dégoutée de l’inhumanité de ses collègues envers les femmes réellement dans la détresse venant les voir par ailleurs, j’imagine que regarder en face ce tableau là n’est pas assumé par plus d’une et que d’applaudir les quelques unes qui ont « réussi » d’une façon ou d’une autre dans le système est jugé moins déprimant par beaucoup ce qui joue aussi dans le fait qu’on les mettent plus en avant cela et cette foutue pseudo-positivité qu’on nous impose partout et tout le temps, la fameuse injonction permanente à un bonheur factice hypocrite qui pèse sur tout le monde mais dont les femmes souffrent d’autant plus qu’un de leur rôle sociaux est de maintenir cette illusion qu’on est resté une société quand nous ne sommes plus en Occident que des agglomérats d’individus.

    Et oui bon moi ne me reconnaissant plus depuis longtemps dans le mot féministe à cause entre autres de tout ça ce ne me surprend pas vraiment cette décadence mais lorsque j’ai vu que plein de gens prennent Marine Le Pen la candidate d’extrême droite principale en France aux idées tout à fait en (extrême-)droite ligne de celles de son père pour une « grande féministe de notre temps » je me dis le sens des mots se perd totalement suffit d’être une femme et faire un truc pour être « féministe » maintenant ou bien. Déjà que rien qu’être de droite et se dire féministe peut faire débat d’extrême droite laissez moi rigoler.

    En prime la charité installe les victimes dans une dépendance laissez les s’auto-organiser que diable et vous parler de leur vécu d’elles mêmes au lieu d’imposer un schéma fantasmé d’en haut par des gens qui n’ont pas vécu ça de façon très condescendante envers ces personnes en qui elles se rêvent être charitables j’ai connu plus d’une victime agacée au plus haut point par ça certaines parmi les plus dans la merde sont même allées jusqu’à me dire sérieusement préférer se tuer en avalant de la Javel plutôt que de recevoir ce genre d' »aides » soi disant je crois que ça en dit long sur l’état de « l’aide » en question qui cherche juste à rassurer des hypocrites et leur donner bonne conscience sur leur statut favorisé hélas loin souvent d’avoir senti tout ça en leur chair et purée qu’est ce que ça se sent quand on les entend.

    Pour moi c’est moins une histoire de violence selon le sexe que de violence pour ou contre le statut quo du système quand elle va dans son sens elle est promue quand elle va contre lui c’est du « terrorisme » en collectif et de la « maladie mentale » en individuel. D’ailleurs les grandes violences masculines ne sont objets de crie d’orfraie que quand elles rendent ce mécanisme visible et dévoilent la violence systémique quand c’est du privé tout le monde s’en tape et quand c’est collectif et bien vu ça s’appelle la guerre et c’est ce que nos sociétés acclament le plus à longueur de temps. Et puis aussi pour pas briser l’illusion de sororité personne ne parle des violences systémiques racistes, homophobes, transphobes, validistes etc…entre femmes alors que bordel c’est pas ce qu’il manque mais souvent celles qui les subissent le plus sont au dernier rang de la hiérarchie sociale alors les autres se bouchent les oreilles et prétendent que tout va bien au pays merveilleux de la sororité, des rires, des chants, de l’île aux enfants où c’est tout les jours le printemps euh pardon je m’égare. Et aussi le coup de la violence c’est mal utilisé pour promouvoir le « pacifisme »dans une version totalement dévoyée dont le vrai nom est passivité et refuser toute violence efficace contre le système donc pour moi toute émancipation possible j’en ai ma claque. Je sais pas si c’est féministe mais le rêve d’éliminer la violence totalement qu’elle soit masculine ou non ne m’inspire rien de bon ça sonne très dystopie/dictature…la violence j’en vois partout pas que dans les sociétés mais aussi dans la nature depuis des décennies je vois vraiment pas comment on peut imaginer l’éliminer totalement à mon avis c’est de la niaiserie. La réguler peut être mais certainement pas avec ce genre de voeux pieux vide de sens surtout que ça finit généralement presque toujours par condamner la violence des dominés et laisser invisible celle des puissants, pour prendre un exemple dans le sujet des études ont été menés sur les femmes qui violent et ont prouvé que la plupart ont été violées avant et beaucoup violent pour s’en venger soit contre leur agresseur directement soit et là c’est nettement plus gênant pour l’éthique féministe contre d’autres femmes histoire de dire puisque la vie est comme ça je vais te l’apprendre vient subir ce que j’ai subit toi aussi en gros quoi….j’ai cherché des féministes qui commentaient ce phénomène mais toutes celles que je connais ferment les yeux là dessus et prétendent que ça existe pas. Je vois pas comment on avance réellement en niant la réalité surtout que prétendre les femmes inoffensives et inaptes au mal et à la violence c’est complètement con à mes yeux c’est surtout un moyen mal caché de ne pas vouloir faire voir qu’étant moralement ni mieux ni pire que les hommes si elles nuisent moins c’est surtout qu’elles ont moins de pouvoir de nuisance car moins de pouvoir point stop collectivement. C’est ça là dedans à mon avis qu’on ne veut pas voir.

    Si on se révolte plus ceci dit c’est surtout qu’on à même pas de quoi bouffer si on le fait trop donc on se tait pour ne pas crever en tout cas en bas de la société c’est comme ça c’est ce que je vois du haut de mon RSA. Tout les jours. Après il y en a qui disent que ça va socio-économiquement bien merde c’est peut être vrai pour elles mais pas pour toutes elles l’ont oublié évidemment c’est plus arrangeant dans leurs cas. Sincèrement celles là leur rappeler nos réalités de quelques baffes et coups de poings bien sentis si on risquait pas de plus avoir de sous et de finir à la rue après on ne s’en gênerait pas pour bien des nôtres pour leur apprendre un peu la vie et je vois pas en quoi cette violence là contre certaines femmes ne serait « pas féministe » j’aurais pas du tout l’impression qu’elles l’auraient volée mais plutôt bien cherchée oui. Tant pis si ce que je dis fait racaille je le pense quand même et je suis loin d’être la seule. Et puis tant qu’on y est sur le chômage et le travail invisible des femmes il y a tant à dire qu’on entend guère…Pénélope Fillon qui vole de l’argent public pour faire des stages de formations charité aux chômeuses en mode relooking sous entendu « si tu es au chômage connasse c’est que tu sais pas te faire belle » dans un monde où un vrai mouvement politique féministe aurait quoi que ce soit à fiche des femmes d’en bas ça n’indignerait pas presque que moi je crois. Et d’ailleurs la parole des femmes pas super fan de la « valeur travail » et qui doutent sérieusement que le travail salarié exploitant dans le système capitaliste les « émancipent » et les « épanouit » arrêteraient de compter pour du beurre aussi je pense.

    Le progrès est spectaculaire peut être plus haut mais d’en bas c’est surtout une régression sociale spectaculaire qu’on voit de ce qu’on m’en dit depuis les années 1980 qui touche tout le monde mais d’autant plus les femmes…ces progrès on y a pas d’accès du tout hors Internet et on y voit que tchi vous m’excuserez mais je le pense. Et puis la démocratie…ouh là les dérives dictatoriales de notre actuel gouvernement français sont tellement nombreuses…je crois qu’il a du trahir tout les articles de notre loi et de notre Constitution mais les féministes s’en foutent totalement elles regardent ailleurs car ça c’est de la grosse politique mixte donc elles la laissent pour hommes et elles veulent se centrer sur des problèmes purement féminins…ça quand j’étais dans ces mouvements je trouvais que c’était un gros souci si tu essaies de faire de la grosse politique tu vis plein de sexisme t’en as marre tu finis par rentrer dans le jeu de ne parler que questions de femmes car là on t’écoutes ta parole a une valeur…mais au final les femmes se disant féministes entretiennent elles aussi ce cercle et dès que tu te mets à parler grosse politique ou autres sujets estampillés masculins elles t’en veulent presque de trahir l’inaction globale du groupe en essayant de faire un truc différent mais on est pas censés justement lutter pour pouvoir s’ouvrir d’autres possibles que de parler « chiffons » tout le temps? Il y a un truc que je comprends pas bien dans tout ça.

    Désolée du pavé mais j’avais enfin une occasion de parler avec une féministe capable de voir les défauts de son propre mouvement c’est trop rare alors j’ai lâché tout ce que j’avais sur le coeur là dessus depuis que j’en ai claqué la porte. Pardon.

  2. Veuillez lire l’analyse de Rosella. Une analyse juste et éclairée qui remet en question l’immobilisme collectif face à des enjeux féministes capables de mener à des transformations sociales. Elle compare les actions des mouvements féministes de hier et d’aujourd’hui et surtout elle fait valoir les differents motifs sous-jacents de mobilisation et de revendication des groupes féministes de ces époques.

    En effet, quoique je suis d’accord avec la plupart de ses idées, j’ajouterais le questionnement suivant: le mouvement féministe ne serait-il pas victime de des réussites des dernières décennies? Les systèmes politiques et économiques dans lesquels ont évolué nos jeunes depuis les années 80′ n’ont-ils pas transformé les prises de paroles, les pratiques donc les valeurs et les actions de la plupart des individus? Les enjeux du militantisme collectif ne sont-ils pas devenus plus globaux et universels comme par exemple, les changements climatiques qui mobilisent davantage des gens provenant d’horizons divers?

    N’existe-t-il pas une perception que la plupart des questions qui intéressent les femmes ont été réglées et qu’il faut continuer à travailler sur celles qui sont toujours problématiques d’où les interventions sectorielles pour tenter de placer un pansement sur chaque bobo plutôt que s’attaquer aux facteurs de fonds qui continuent à tirer les femmes vers le bas au lieu de les libérer? Qui a la responsabilité d’éduquer nos jeunes aux réalités problématiques et à exercer un regard critique sur les inégalités sociales de genre? les systèmes politiques, économiques, par exemple?

    Ton analyse, Rosella, devrait servir à alimenter un débat de fond sur les enjeux actuels qui devraient préoccuper les groupes féministes. Merci de m’avoir donner la chance de présenter mes deux sous sur une question qui m’interpelle depuis longtemps.

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