Saura-t-on jamais par qui les femmes sont battues? – Rosella Melanson

Il ne devrait pas être normal que la question qui me revient le plus souvent, presque exclusivement, même de la part des médias, au sujet du fait que ma province, le Nouveau-Brunswick, a, présentement comme souvent par le passé, le plus haut taux de meurtres-suicides conjugaux au Canada et un taux perpétuellement élevé d’homicides conjugaux, soit «Comment aider ces victimes?»

Des secondes passent pendant que je me censure, que j’essaie de trouver une réponse polie. Je rejette mes premières réponses : «Vous savez qu’elles sont mortes, hein?» «Ah, vous voulez dire sa prochaine victime?» «D’habitude, ici, les gens portent un ruban et allument une chandelle.» «Ça fait 40 ans qu’on aide les victimes et il y en a autant, donc aidons les victimes?»

C’est comme si la victime était le problème. C’est comme si la violence arrive de nulle part, comme la foudre. C’est comme s’il est écrit quelque part que les victimes seront toujours avec nous et que la seule chose à faire est de les aider.

On aide les femmes en évitant qu’elles soient victimes.

On fait ça en parlant du problème.

Le problème est la violence des hommes.

Des questions à poser :

Les chiffres ne changent pas, pourquoi?

Pourquoi les hommes agressent et tuent leurs partenaires si souvent?

Comment aider les hommes?

On est le 6 décembre et je dois produire un texte sur les femmes victimes. As-tu quelque chose à dire?

Demandez-moi pourquoi le Nouveau-Brunswick a des taux si élevés de violence masculine et je répondrai, comment je saurais moi? Je ne suis qu’une citoyenne indignée. Nos gouvernements et institutions qui ont le mandat de protéger le public et de créer l’égalité entre les sexes devraient, eux, avoir étudié la question afin de nous renseigner et de pouvoir agir, mais ils ne le font pas.

Mais demandez-moi pourquoi nous avons encore aujourd’hui des taux élevés de violence masculine, comme des décennies passées : je dirai parce qu’on ne s’offusque pas. On tolère très bien la violence faite aux femmes. Il peut y avoir un meurtre conjugal par mois plusieurs mois de suite, on peut à nouveau se mériter la palme du pire taux au Canada, et il n’y a pas de mouvement pour exiger que nos gouvernements et institutions développent un plan de prévention. Tout au plus, quelqu’un fait une levée de fonds ou ouvre un autre service pour aider les femmes battues, ou organise un vigile.

On ne fournira jamais à essuyer la place quand le robinet est encore ouvert. Bien sûr, il faut aider la victime. Le même homme en fait d’habitude plusieurs, donc vivement les services aux victimes. Mais cette insistance exclusive sur les victimes est devenue une partie du problème. On résiste de parler des tueurs et des agresseurs. C’est devenu si confortable de parler des victimes. Mais c’est comme accepter de remplir nos hôpitaux avec les «victimes» de la rougeole ou de la polio, au lieu de trouver un vaccin.

Je sais que la charité est confortable. C’est le contraire pour la justice sociale et la résolution de problèmes. La charité, elle, est bénite et déductible d’impôt. Donc tout le monde aime la charité parce que c’est point controversé et que tu peux en parler au bureau et en famille. Je sais ça.

Mais je suis quand même surprise qu’on est poigné depuis des décennies à ne faire que la charité aux victimes comme réponse à la violence des hommes. Je suis surprise que nous avons, de nos jours, moins accès à des statistiques et à des rapports sur le sujet que par le passé. Je suis surprise que la police, depuis quelques années, ne nous dit pas s’il s’agit d’un meurtre-suicide conjugal, ou même qui est le tueur. Ils se limitent à dire que dire le dossier est clos. Dégagez. Belle façon de cacher le problème, de jouer le jeu du tueur.

Il faudra peut-être finalement, enfin, essayer la prévention? Celle qui confronte les hommes au lieu de simplement consoler les femmes. D’autres juridictions l’ont fait. Elles sauvent de l’argent, et sauvent des femmes.

Entretemps, j’ai publié la liste non exhaustive des Néo-Brunswickois qui ont tué leur partenaire de 1997 à 2019, sur mon blogue. Parce que tous ces hommes méritent notre attention. Et, parce que la liste devrait indigner et enrager. C’est ce que je vous souhaite.

À propos…

Rosella Melanson est Acadienne, blogueuse et activiste. Elle a une formation en travail social, en journalisme et en technologie de l’information. Elle a surtout été à l’emploi du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick. À la retraite, elle voyage et écrit, et quand elle est au Nouveau-Brunswick, elle est commentatrice politique.

22 réponses à “Saura-t-on jamais par qui les femmes sont battues? – Rosella Melanson

  1. Si vous tenez absolument à avoir une réponse simple pour une question aussi complexe que la violence conjugale alors je vais vous en donner une.
    Un très grand nombre d’hommes vivent une grande détresse psychologique et un moment donné, à force d’encaisser, ils disjonctent et commettent des actes violents.
    En passant, il y a encore eu une tuerie familiale hier ou avant-hier au Québec. C’est une vraie épidémie.

  2. Alors pourquoi tant de couples ont-ils des relations aussi tumultueuses? Encore une fois le discours officiel dit qu’au fil des ans les femmes se sont libérées de l’emprise des hommes, elles sont devenues indépendantes et qu’aujourd’hui certains hommes ne l’acceptent pas.

    On peut poursuivre avec une autre question. Est-il possible que les femmes se sont libérées au point non seulement de ne plus avoir besoin des hommes mais au point de ne plus vouloir être en couple avec un homme? Ici je fais une différence entre vivre avec un homme et être en couple avec un homme.

  3. C’est vrai que ce commentaire était un peu flou. Faut dire aussi que le format réponse sur cette page ici n’est pas l’idéal pour une longue conversation. Je vais donc ajouter de nouveaux commentaires au bas de la page plutôt que d’ajouter des réponses.

    Je reviens au discours officiel qui dit que: Certains hommes sont jaloux, possessif et contrôleur et parce qu’ils sont comme »ça » ils en viennent à battre ou tuer leur conjointes. Si on accepte cette »théorie » comme étant vraie alors la solution est de bâtir plus de refuges et de mettre de plus en plus d’hommes en prison. Je n’ai pas l’impression que c’est une solution à long terme.

    Je propose plutôt d’aborder le sujet avec la question suivante: Pourquoi tant de couples ont-ils des relations aussi tumultueuses?

    • Un discours devient officiel lorsqu’il est énoncé et répété plusieurs fois par un porte-parole ou bien un lobby pour un certain groupe de personnes.
      Et je suis d’accord avec vous qu’on ne parle pas assez de ce qui cause cette violence. Mais pour en parler on doit d’abord avoir une certaine ouverture d’esprit et surtout une tolérance aux opinions contraires à celles déjà acceptées comme étant vraies.

      • Je suis d’accord avec vous qu’on n’en parle pas assez de ce qui cause cette violence. Mais comment quelqu’un peut dire qu’il n’y a pas une ouverture d’esprit/ tolérance quand on dit qu’on n’en parle pas assez et qu’on pose des questions ?

        • Je parlais en général. Vous êtes la seule à ma connaissance qui osez poser ces questions. Je vous ferai remarquer qu’un peu plus bas j’ai écris un grand commentaire et vous avez réagis en me disant que vous doutiez de ma bonne foi.
          Vous pourriez peut-être commencer par me dire ce que vous n’avez pas aimé de ce commentaire et pourquoi vous n’êtes pas d’accord. Ça serait déjà un début.

          • Merci de me demander à quoi je réagissais. Pcq c’est flou des fois. C’était votre dernier paragraphe. Alors que j’ai dit « pourquoi tant d’hommes sont comme ça, au point de tuer « , vous dites »Le problème si on dit que certains hommes sont comme ÇA, c’est qu’on prend presque pour acquis qu’ils sont nés ainsi ou bien que c’est dans leur ADN, etc et qu’on doit mieux »protéger » les femmes de ces monstres. Alors que si on se demande comment des hommes ordinaires, qui, dans la plupart des cas n’avaient jamais ou très rarement démontrés de signes de violence en dehors de leur relation amoureuse, en arrivent à commettre l’irréparable »
            Là je ne savais plus ce que vous disiez. Vous avez une théorie pourquoi ces hommes en arrivent à faire ça ?

          • C’est vrai que ce commentaire était un peu flou. Faut dire aussi que le format réponse sur cette page ici n’est pas l’idéal pour une longue conversation. Je vais donc ajouter de nouveaux commentaires au bas de la page plutôt que d’ajouter des réponses.

            Je reviens au discours officiel qui dit que: Certains hommes sont jaloux, possessif et contrôleur et parce qu’ils sont comme  »ça » ils en viennent à battre ou tuer leur conjointes. Si on accepte cette  »théorie » comme étant vraie alors la solution est de bâtir plus de refuges et de mettre de plus en plus d’hommes en prison. Je n’ai pas l’impression que c’est une solution à long terme.

            Je propose plutôt d’aborder le sujet avec la question suivante: Pourquoi tant de couples ont-ils des relations aussi tumultueuses?

  4. Madame Melanson, vous posez une question  »Pourquoi les hommes agressent et tuent leurs partenaires si souvent? » mais voulez-vous vraiment avoir une réponse? Voulez-vous vraiment avoir un point de vue d’homme? Votre question est-elle honnête ou bien dès le moment qu’un homme osera s’exprimer sur le sujet, vous ou bien d’autres féministes allez sauter dessus pour démolir ses arguments le plus vite possible?

      • Vous savez aussi bien que moi que la réponse officielle, acceptable et accepté à la question du pourquoi est que certains hommes sont jaloux, possessifs et contrôleurs. Le plus souvent ils n’acceptent pas une séparation et passent à l’acte, à partir d’une simple agression et pouvant aller jusqu’au meurtre-suicide.
        Alors pourriez-vous essayer d’expliquer ce que vous cherchez à savoir au juste?

        • En fait, la question était inclue dans mon texte comme un exemple qui serait plus intéressante à poser que celle que je reçois souvent (comment aider les victimes). Et je suis d’accord avec votre réponse. Bien que ça soulève une autre question, pourquoi tant d’hommes sont comme ça, au point de tuer etc. Merci de l’échange.

          • Soit on prend pour acquis que la réponse officielle (contrôle, etc) du pourquoi de ces gestes est la bonne et qu’on passe à la question suivante, qui est: Pourquoi tant d’hommes sont comme  »ÇA ».
            Ou bien on remet en question la réponse officielle.
            Le titre de votre article demande: Saura-t-on jamais par qui les femmes sont battues?
            Je sens que vous cherchez à comprendre qui sont ces hommes. Qui sont-ils à l’intérieur, qu’est-ce qui les habitent, comment leurs cerveaux fonctionnent-t-ils, etc.
            Je note dans la liste sur votre blogue que l’âge de ces hommes varie entre 20 et 90 ans. On peut donc conclure que les choses ne s’améliorent pas beaucoup avec les nouvelles générations.
            Le problème si on dit que certains hommes sont comme  »ÇA », c’est qu’on prend presque pour acquis qu’ils sont nés ainsi ou bien que c’est dans leur ADN, etc et qu’on doit mieux  »protéger » les femmes de ces monstres. Alors que si on se demande comment des hommes ordinaires, qui, dans la plupart des cas n’avaient jamais ou très rarement démontrés de signes de violence en dehors de leur relation amoureuse, en arrivent à commettre l’irréparable et bien on aurait peut-être la possibilité de trouver des réponses.

          • J’imagine que vous devrez leur demander mais ça risque d’être difficile puisque la plupart sont morts ou en prison. C’est dommage car la discussion aurait pu être intéressante mais comme je m’en doutais, dès le moment qu’on ose dévier un peu du discours officiel on se fait rabrouer.

          • Avec  »une formation en travail social, en journalisme et en technologie de l’information » et vous ne savez pas ce qu’est un discours officiel?
            Pardon mais je commence à douter de votre bonne volonté…

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