Road-trip avec Ron Turcotte – Sébastien Bérubé

Comeau, Phil [réalisation et scénario]. Ron Turcotte, jockey légendaire, Montréal, ONF, 2013, 75 minutes.

Je n’ai jamais vraiment aimé le sport. À part le soccer, un peu au secondaire, mon corps est toujours resté loin de ce qui le fait suer. À vrai dire, c’est la sueur que j’aime pas. J’aime le hockey par exemple. (Pas vraiment le choix…j’ai marié la fille d’un ancien joueur. En plus, il est pas mal imposant comme bonhomme. So…j’aime vraiment ça le hockey, OK?!). Pour moi, le sport, ça se vit dans le salon, une bière entre les pattes avec des wings sur la table. Avec les documentaires, c’est un peu la même chose. De la bière, des nachos et go for it! Pourquoi pas un documentaire sur un sport? Même pas besoin de suer. J’ai juste à fixer l’écran.

Sérieusement, ce qui m’a porté à regarder ce documentaire, c’est Ron Turcotte lui-même. Le petit gars du boute! Je me souviens que mon père me disait que Turcotte était une légende. Je voulais donc l’entendre, le voir, le comprendre. J’avais tout de même une réticence : je déteste par-dessus tout les bios qui s’apitoient sur la vie des gens après la gloire.

Mais…pour une fois qu’on est capable, au Nouveau-Brunswick, de reconnaître quelqu’un avant qu’il ne lève les pattes, je me devais d’y jeter au moins un œil. D’autant plus que le documentaire était en nomination aux Gémeaux, cette année ; j’avoue que je voulais un peu savoir pourquoi.

Surprise! J’ai apprécié le film.

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Crédit photo : François Vincelette. Office national du film du Canada (2013).

Contrairement à la glorification d’un quasi-messie à laquelle je m’attendais, j’ai embarqué avec Ron Turcotte lui-même dans sa grosse van, pour un road-trip à travers les États-Unis et, par le fait même, à travers l’histoire du célèbre jockey. Un documentaire où le sujet est aussi l’un des présentateurs. Pas pire pantoute, M. Comeau (parce que le film est de Phil Comeau).

Avant de continuer, au cas où certains d’entre vous ne savent pas qui est Ron Turcotte, je vais vous éclairer. Ron Turcotte est un célèbre jockey, originaire de Grand-Sault au Nouveau-Brunswick, qui montait le tout aussi célèbre cheval, Secretariat. (Oui, oui, comme dans le film de Disney sorti en 2010! Pour une fois que la société de production ne s’intéresse pas juste aux contes de fées!). Turcotte est l’un des trois seuls jockeys à avoir remporté toutes les courses de la Triple Couronne dans la même année. Ses records, avec Secretariat, sont encore invaincus. Il était une idole dans le monde des courses de chevaux jusqu’à un accident survenu le 13 juillet 1978, à peine cinq ans après sa grande victoire. Accident qui le priva de l’usage de ses jambes, sur la même piste qui l’avait sacré grand vainqueur.

Bon, on retourne au film.

J’ai particulièrement aimé le ton du film. Turcotte nous parle comme il parle à un vieux chum. Pendant l’écoute, j’avais l’impression que j’écoutais mon grand-père raconter ses shots de jeunesse. T’sais le genre d’histoire qui commence par : «Viens icitte tit-homme, pépère va te raconter de quoi…». On le suit sur la route de la Triple Couronne, c’est-à-dire le Kentucky Derby, le Preakness Stakes et le Belmont Stakes. Partout, il est accueilli en héros. Les gens font la file pour avoir le plaisir de lui serrer la main. Turcotte, malgré son accident, reste un amoureux fou des courses à chevaux. C’est les yeux brillants qu’il passe à travers tout le monde, avec sa chaise roulante. Les jambes ne suivent peut-être plus, mais la tête est bel et bien encore celle d’un jockey. Celle du meilleur jockey de l’histoire.

Ce qui est aussi très intéressant, c’est que, comme les amis de Ron Turcotte sont très importants pour lui, on nous les présente : l’ancien jockey devenu junky (jockey, junky… que je suis drôle) qui a par la suite découvert Dieu, alléluia! ; l’ex-jockey français, au dos courbé, que l’on voit avec une fausse blonde qui l’a sûrement épousé plus pour son argent que pour ses talents d’étalon (jockey, étalon…je suis vraiment drôle) ; ses frères et sœurs ; la propriétaire de Secretariat, maintenant âgée de 90 ans ; ses vieux chums de Grand-Sault. Bref, Comeau, sûrement pour représenter la personnalité de Turcotte, qui semble vraiment reconnaissant envers les autres, donne de la place à ses amis. Ces gens qui l’ont aidé à devenir cet athlète encore inégalé.

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Crédit photo : Heinz Kluetmeier Sports Illustrated / Getty Images (1973).

La course à cheval, en soi, c’est tout un sport. Un sport extrêmement dangereux. Un des passages du film qui m’est resté en tête, c’est la scène avec un autre jockey, beaucoup plus jeune, lui aussi paralysé. Les deux se parlent de leurs blessures et se comparent comme si la chose était banale. Moment qui m’a ébranlé. Encore chapeau, Comeau! J’ai trouvé très spéciale la vitrine que le réalisateur a donnée à la dangerosité du sport. Saviez-vous que, depuis 1940, ce sport a occasionné 151 décès? C’est une moyenne de deux par année. Dangereux, je vous dis! Sans parler des nombreuses blessures. Les acteurs du sport sont très au courant des risques, mais les acceptent tout de même.

Turcotte, c’est qui finalement? D’après ce que j’ai vu, c’est un badass qui, au lieu de se laisser abattre après avoir perdu l’usage de ses jambes, ne s’est jamais éloigné de sa passion : les courses de chevaux.

Le documentaire m’a agréablement surpris. Peut-être que le sport est un peu pour moi après tout… Nah, en documentaire c’est assez. Phil Comeau m’a fait connaître encore mieux l’homme légendaire que mon père décrivait comme le cowboy des cowboys. Si un jour je le croise, je ferai la file, moi aussi, pour lui serrer la main. Mais, avant tout, je suis extrêmement content qu’on reconnaisse Ron Turcotte avant qu’il ne meure. On ne fait pas ça assez souvent ici. Ce n’est pas tout le monde qui peut passer sur un pont qui porte son nom. (Oui! Il y a un pont nommé en son honneur à Grand-Sault).

Vers la fin du film, on le voit à son chalet, dans le bois, avec ses chums et sa famille. Il est heureux. Parce que oui, ça se peut un documentaire sur quelqu’un d’heureux. Il arrive, parfois, qu’on tombe de haut et qu’on ne se relève pas tout à fait comme on le voudrait. Mais qui a dit que la poursuite du bonheur ne peut pas se faire en chaise roulante?

Salutations, Turcotte! Good job, Comeau!

À propos…

Sébastien Bérubé

Sébastien Bérubé est un artiste multidysfonctionnel. Auteur-compositeur-interprète, illustrateur et écrivain, il aime tout ce qui touche à la création. Surtout le papier de construction. Titulaire d’un baccalauréat en littérature française, philosophie et histoire, il fait comme tout le monde qui a le même diplôme…il est travailleur autonome.

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2 réponses à “Road-trip avec Ron Turcotte – Sébastien Bérubé

  1. Pingback: Plus de 200 publications depuis le lancement : Astheure on fait quoi? – Collectif | Astheure·

  2. J’ai aussi visionner le documentaire car je savais. Qu’il venait de par chez nous. Je me souviens quand il a gagner on étais tous fou de joie. .

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