États généraux : hors du Québec point de salut? – Jean-Pierre Dubé

S’affranchir de l’Église romaine était nécessaire. Mais fallait-il aussi donner à César ce qui ne lui appartenait pas : les minorités sur un plateau

L’occasion se présente, 50 ans après la Révolution tranquille, de faire le point sur ce que la francophonie a accompli depuis les États généraux du Canada français. Ce sommet de 1700 délégués qui avait eu lieu en 1967 devait définir l’avenir de la nation canadienne-française. Mais le contraire s’est produit. L’affirmation souverainiste du Québec a refoulé les cousins dans le Rest of Canada, enterrant, du jour au lendemain, le rêve pancanadien.

Le Québec a prêté peu d’attention aux révolutions tranquilles qui ont suivi à Moncton, à Sudbury et à Saint-Boniface. Les nationalistes ont centré leurs efforts pendant des décennies à construire le Parti québécois et à gouverner, en quête d’un mandat pour négocier l’indépendance. Hors Québec, le nationalisme acadien s’est émoussé et les communautés francophones se sont retranchées dans leurs structures en fonction d’intérêts provinciaux.

Pendant les années qui ont menées au référendum de 1980, les minorités ont profité de la menace québécoise pour presser le citron fédéral afin de financer leur développement. Certains organismes provinciaux ont toutefois appuyé stratégiquement le mouvement souverainiste, même s’ils redoutaient la rupture du pays.

Le référendum de 1995 a pourvu les forces fédéralistes d’un mince triomphe. Lorsque le chef péquiste a blâmé le résultat sur « l’argent et le vote ethnique», il aurait pu inclure les francophones hors Québec. Des centaines de militants avaient pris l’autobus ou l’avion au frais du fédéral, à quelques jours du vote, pour participer au love-in de Montréal. Ils savaient de quel côté leur pain était beurré.

Après l’échec de deux référendums pour s’exclure et deux accords constitutionnels pour s’inclure, le Québec n’est toujours pas fixé sur sa place. Malgré une succession de prophètes promettant l’accession à l’indépendance, la formation souverainiste s’est enlisée dans un discours identitaire et ses appuis ont chuté.

L’élection québécoise de 1962 se transforma en référendum sur la nationalisation de l’électricité. Le slogan libéral passera à l’histoire comme une des premières manifestations de la Révolution tranquille.

Les francophonies isolées dans leurs silos ont vu s’étioler leur rapport de forces avec les gouvernements fédéraux et provinciaux. Sans la Charte canadienne des droits et libertés, garantissant les droits à l’éducation et à la justice en français, l’érosion des communautés se serait accélérée. Recourant souvent aux tribunaux, les minorités ont parfois été choquées de trouver le Québec rangé du côté des autres provinces.

On comprend l’idée du Québec d’abord. Mais écraser des cadavres encore chauds?

Dans l’ensemble du pays, le fait français s’effrite – les recensements et les projections l’indiquent. Les meilleurs plans de développement et les plus fervents appels à la fierté sont vains. Les nouvelles générations québécoises semblent prêtes à tourner la page sur la question nationale tandis que les plus articulés des jeunes Acadiens se situent dans l’ère post-revendicatrice et post-associative. C’est ainsi que la francophonie hors Québec est passée de peuple fondateur à une minorité invisible.

Où en sommes-nous? Dans un cul de sac. Aucun grand destin ne nous attend.

Que pouvons-nous faire? D’abord constatons l’impact de la rupture et reconnaissons que nos solitudes nuisent à notre pérennité. Ne restons pas à l’ombre de drapeaux flottant à demi mât. Cessons d’être ennemis. Pourquoi continuer à se déprécier les uns les autres avec des propos désobligeants sur la futilité du français au Canada et sur le nombrilisme québécois? Si nous n’abandonnons pas nos vieilles stratégies de survivance, elles finiront par nous détruire.

Le temps est-il venu de ré-convoquer le Canada français? Pour échanger, soigner des blessures? Reconnaissons que les populations de langue française ont déjà jeté les bases d’une nouvelle convivialité en s’entremêlant d’une mer à l’autre avec des arrivants de tous les continents. La tragédie de la mosquée de Québec en janvier nous a ouvert les yeux sur la menace qui nous guette : elle ne se cache pas derrière le voile de femmes musulmanes mais sous le pur laine de l’homme blanc.

Sur la base d’une appartenance partagée, peut-on se donner une vision commune? Un discours rassembleur? Laisser tomber les murs et les frontières? Peut-être qu’un rêve ordinaire nous attend, sans prophètes ni trompettes.

À propos…

Jean-Pierre Dubé est auteur de romans, pièces de théâtre, scénarios et de nouvelles (www.jpqr.ca). Le natif du Manitoba fait carrière dans la presse écrite et les communications, entre autres à titre de journaliste indépendant et de pigiste au service de nouvelles nationales de Francopresse.

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