Astheure, je parle français! – Monika Kimmel

La Hongrie est un petit pays coincé dans l’est de l’Europe avec une population de 10 millions de personnes qui partagent une langue assez étrangère à toutes les autres. Le hongrois est parlé par environ 14 millions de personnes, dont 10 millions de personnes vivent en Hongrie et le reste en dehors des frontières (les minorités hongroises). Selon Statistique Canada (2011), il y aurait un petit nombre de 155 hongrois ici même au Nouveau-Brunswick.

Un pays centralisé, une seule langue, donc le droit linguistique ne cause évidemment pas un problème en Hongrie. Cependant, on est ouvert aux autres cultures et aux autres langues et comme la plupart des Européens, nous sommes plurilingues. On dit : «Autant de langues tu parles, autant d’hommes tu es».

Mon périple français a commencé, il y a environ 10 ans quand j’ai quitté la Hongrie pour le Canada. Bien évidemment, je ne connaissais aucun mot de français, mais j’étais excitée par cette belle opportunité d’apprendre une cinquième langue dans un pays bilingue. À l’époque, j’ai interprété le terme «bilingue» autrement : un pays dans lequel chaque citoyen parle les deux langues officielles.

Sans connaître nécessairement grand-chose de la francophonie minoritaire du pays, je ne pensais pas qu’avoir plus d’une langue officielle pouvait causer des tensions linguistiques à l’intérieur d’une même province.

La première fois que j’ai commencé à percevoir cette tension linguistique, c’est en obtenant mon premier travail. Face à des clients mécontents, j’ai souvent reçu des remarques comme «attention avec ton français», «pourquoi tu parles français», «I want to be served in English» etc.! J’ai même reçu un avertissement sur des réseaux sociaux de la part d’une de mes amies francophones. Elle ne voulait pas que je lui écrive en anglais, pourtant, elle le comprenait et elle savait qu’à l’époque j’avais plus de facilité avec la langue anglaise!

Moi, qui ne m’étais jamais préoccupée des langues auparavant, je voulais juste me faire comprendre, et soudainement, je me retrouvais dans l’ignorance entre les deux peuples et j’ai dû faire attention à la langue que j’utilisais!

En tout cas, j’ai vite réalisé que je devais apprendre à jongler avec les deux langues officielles du pays et à parler aux gens dans leur langue respective si je ne voulais pas les offusquer. Bref, c’est comme ça que j’ai été introduite aux problèmes de bilinguisme de ce pays et cela m’a suivi jusqu’à la faculté de droit où il y a même un cours qui porte sur le droit linguistique.

Lorsqu’on parle des langues de l’immigration, les chiffres me frappent. En effet, la très grande majorité de la population immigrante néo-brunswickoise (85,7 %) avait l’anglais comme première langue officielle parlée en 2011, alors que pour à peine plus de (11,0 %) d’entre eux, il s’agissait de la langue française.

Bien évidemment, je fais partie de ce faible pourcentage qui croit à la protection et à la promotion d’une langue minoritaire.

Alors pourquoi ai-je décidé d’apprendre une langue qui est aussi complexe et compliquée que le français?

D’abord, bien que maitriser une nouvelle langue puisse prendre beaucoup de temps et de patience, il y a un côté plaisant qui nous accompagne sur la route.

Je me rappellerai toujours des petits incidents drôles au début de mon périple français, à l’époque où certains mots étaient encore interchangeables pour moi. Le jour où j’ai rédigé mon premier procès-verbal en voulant dire qu’il y avait des abstentions, mais que j’ai parlé des abstinences. Ou pendant ma première année de droit où j’ai découvert un nouveau langage juridique. Cela m’a pris du temps pour arrêter de parler de «l’intimité» pour enfin utiliser le bon mot qui est «l’intimé»!

Personnellement, j’ai appris le français parce que je voulais m’intégrer, je voulais comprendre la culture, et la langue est certainement la clé vers la culture francophone en Acadie.

C’est grâce au français que j’ai eu la chance de venir à Moncton et d’étudier la Common law en français, de rencontrer des amis francophones et d’apprécier à sa juste valeur la grande culture acadienne.

En d’autres termes, j’ai appris le français pour apprivoiser un monde nouveau qui m’entoure et pour acquérir une perception plus juste de celui-ci.

À propos…

kimmel-monikaMonika Kimmel est originaire de la Hongrie. Elle détient un baccalauréat de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et est présentement finissante à la faculté de droit à l’Université de Moncton. Elle est membre de l’Association des juristes d’expression française du Nouveau-Brunswick (AJEFNB) ainsi que du Réseau national d’étudiant(e)s Pro Bono du Canada (PBSC). Elle adore le droit, les langues et les cultures et s’intéresse particulièrement aux droits de la personne, des minorités ethniques et au droit linguistique.

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