La magie d’une simple chanson – David Lonergan

NDLR : La franco fête a eu lieu du 6 au 10 novembre à Dieppe. Ce texte porte sur le Cercle d’auteurs-compositeurs SOCAN qui a eu lieu mercredi dernier.

 

Une fois de plus, la magie a opéré. Sur la grande scène du Capitol de Moncton, cinq chaises, autant de petites tables de chevet sur lesquelles attendaient un verre de vin et une bouteille d’eau éclairés par une chandelle, des guitares sagement alignées le long des chaises. Un plein feu légèrement coloré de rouge et de bleu (si ma mémoire ne me joue pas de tour : parfois on en invente un peu pour enjoliver ce qu’on raconte). Et Monique Poirier, pétillante de joie de vivre et de chaleur, entre en scène pour jouer son rôle d’animatrice de cette soirée SOCAN.

C’est la première fois que Monique (je ne suis plus à L’Acadie Nouvelle : je peux donc révéler que je la connais depuis plusieurs années et que j’ai eu le plaisir de travailler avec elle du temps des Muses) animait cette soirée consacrée aux auteurs-compositeurs-interprètes. Elle a rempli brillamment son rôle avec doigté, humour et modestie.

Puis les quatre artistes ont pris place sur leurs chaises. J’allais écrire bien sagement. Les deux hommes, Joseph Edgar et Michel Thériault et les deux femmes, France D’Amour et Diane Tell. Pour les deux femmes, ce genre de soirée était une première et elles ont découvert la chaleur qui se dégage de cet événement. Rien que des confidences placées sous le sceau d’un humour toujours fin jamais envahissant et nourries par des moments plus tendres, plus doux qui relèvent davantage de l’intime.

Et les chansons. Quatre par artiste : trois compositions, une reprise. Et toujours une présentation, un commentaire, une anecdote, une pensée. Et l’interprétation sans tricherie : on ne peut pas tricher quand on a pour seul accompagnement sa guitare. On se révèle dans ce qu’on a de plus fondamental et là est la grande beauté de cette soirée.

Michel a été fidèle à lui-même, allant même jusqu’à amorcer une chanson dans la mauvaise clé, ce qui m’a rappelé l’époque où il débutait et que son accompagnateur, Jac Gautreau pour ne pas le nommer, le rappelait à l’ordre en lui donnant la bonne note. Drôle dans « Rose-Marie » et une autre dont le titre m’échappe, touchant dans « Roger et Mathieu » et surprenant dans sa belle interprétation de « Marie-Hélène » de Sylvain Lelièvre.

Joseph Edgar a interprété d’une façon énergique « Un, deux, trois », une nouvelle chanson, et « Alors voilà », revisité « Le fantôme de Blanchard » (avec la participation de Monique) et présenté « State Trooper » de Bruce Springsteen, une chanson de son album Nebraska qui m’a semblé appartenir au même univers que les chansons de Joseph Edgar. Il y aurait là une analyse à faire. Joseph Edgar chante en français, mais son univers musical est fortement marqué par des influences anglo-saxonnes. C’est peut-être ce qui donne cette étrange qualité à ses œuvres et qui les démarque de la production ambiante.

Diane Tell a été fidèle à elle-même. Une voix souple, une présence sereine, des chansons fortes. Que ce soit avec « Gilberto », « Souvent longtemps énormément », deux de ses classiques qu’elle revisite sur son nouvel album Une, ou la chanson éponyme, elle joue avec sa voix et sa guitare. Guitare jazz qu’elle a étudié, nous a-t-elle dit, au cégep Saint-Laurent avec Sam Balderman, tout comme quelques années plus tard France D’Amour. Quand est venu le temps de présenter sa pièce du répertoire, elle a choisi une chanson de Félix Leclerc, bel hommage à un pionnier de la chanson.

Je connaissais de France D’Amour ce qu’on entend à Radio-Canada. C’est dire que c’était peu. Elle m’a charmé autant par sa voix que par l’intensité de sa présence. « Cœur acoustique » et « On est fait », deux chansons de son plus récent album, En love majeur, m’ont conquis, tout comme sa magnifique interprétation du classique du jazz, My funny Valentine. Enfin, elle a terminé avec l’amusante « Le septième ciel » qu’elle affirme réserver à ses spectacles avec raison d’ailleurs : il s’agit d’un clin d’œil, charmant au demeurant, mais qui s’inscrit dans une dynamique de spectacle. Le thème : ses mésaventures sexuelles avec de nombreux amants incapables de la mener au « septième ciel », sauf son chum actuel; la forme : un jeu verbal entre la profession de l’amant et sa façon de faire l’amour.

Bref, une soirée mémorable.

Diane Tell nous a fait remarquer que seulement trois femmes ont remporté le Félix d’auteur-compositeur-interprète de l’année au Gala de l’ADISC. Diane l’a obtenu à deux reprises en 1980 et 1981. Mais qui sont les deux autres? Je me suis amusé à les trouver sur le site de l’ADISC et j’ai été surpris : il s’agit de Louise Forestier en 1987 et de Francine Raymond en 1993. Depuis? Rien. Il faudrait bien analyser le pourquoi de la chose…

À propos…

David Lonergan2David Lonergan est Québécois de naissance et vit en Acadie depuis 1994. Il a travaillé dans divers domaines : théâtre, journalisme (écrit, radio, télévision), enseignement (au secondaire puis à l’universitaire). Il a publié plusieurs livres dont plus récemment aux Éditions Prise de parole, Paroles d’Acadie : anthologie de la littérature acadienne 1958-2009 (2010) et Acadie 72 : naissance de la modernité acadienne (2013).

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