Francophonie canadienne : de peuple fondateur à communauté linguistique à minorité invisible – Jean-Pierre Dubé

Les racines de l’auteur de bestsellers sur les grandeurs et misères des tribus autochtones, Joseph Boyden, ont récemment été contestées en public, divisant les Premières nations sur son appartenance. À partir de quelle définition les autochtones fondent-ils l’identité? Celle des Métis fixée par la Cour suprême? Le débat apporte un nouvel éclairage sur la démarche fédérale visant à redéfinir l’ayant droit en vertu de la Loi sur les langues officielles.

L’Ontarien Joseph Boyden a écrit en dix ans trois romans primés, traduits et publiés par l’éditeur Albin Michel. Sa plus récente œuvre raconte les guerres fratricides entre tribus ontariennes. Au fil des ans, il s’est affirmé comme un militant pour les causes autochtones.

Tant et si bien que les Premières nations du pays ont adopté le romancier comme un des leurs. Jusqu’à ce que le réseau APTN diffuse le 23 décembre une enquête sur ses relations avec les diverses nations auxquelles il a prétendu appartenir. Aucun lien n’a été confirmé. Au mieux, on a reconnu qu’il pouvait s’identifier comme métis.

N’est pas autochtone qui veut. Selon le consensus chez les Premières nations, le test d’ADN compte moins que l’appartenance affirmée et reconnue. Cette approche reprend la définition de l’identité métisse de l’Arrêt Powley de la Cour suprême (2003) : posséder des preuves généalogiques, s’identifier comme membre d’une communauté et être reconnu par elle. L’ordonnance du tribunal aurait freiné la demande de carte métisse, stimulée par la popularité croissante du statut, surtout dans l’Ouest, mais aussi en Ontario et au Québec.

C’est justement à cause de cet enthousiasme malvenu que les Premières nations sont vigilantes par rapport à qui se réclame de leur identité. La francophonie ne jouit toutefois pas d’une telle force d’attraction.

À défaut de se perpétuer par la natalité, la culture et l’éducation, les communautés francophones se sont tournées vers l’immigration qui, jusqu’à présent, n’a pas donné de résultat concluant. On revendique aussi l’élargissement de lois et de règlements pour tenter d’inclure tout semblant de francophone, de près ou de loin, utilisant le français comme première, 2e ou 3e langue. On a persuadé le fédéral que c’était essentiel.

En novembre, les ministres Scott Brisson (Conseil du Trésor) et Mélanie Joly (Patrimoine canadien) ont annoncé la tenue de consultations pancanadiennes sur deux ans pour une révision complète des règles déterminant où et comment le fédéral est tenu d’offrir des services bilingues. La réforme incluant une redéfinition de la francophonie ne serait cependant mise en œuvre qu’après le recensement de 2021.

Cette approche va dans le sens contraire de celle des Premières nations et des Métis. La francophonie hors Québec ne constitue pas une nation et n’entretient aucune velléité identitaire nationale ni provinciale. Comment identifier un ou une francophone : à quoi appartient-on et qui nous reconnaît? On est réduit au statut de locuteur d’une langue officielle protégée par la Constitution, là où le nombre le justifie.

L’urgence pousse les groupes militants à vouloir gonfler les statistiques sur le nombre de locuteurs, dans l’espoir de générer le déploiement de services bilingues dans autant de bureaux fédéraux que possible. Mais ce ne sont que des chiffres.

Les francophones de souche demandent peu d’être servis en français. Les jeunes se voient comme bilingues et n’ont pas d’appartenance à la francophonie, à peu près invisible dans les médias. Sur quelles bases espère-t-on que les diplômés de l’immersion, les polyglottes et les nouveaux arrivants se prévaudraient davantage d’une offre élargie? C’est ainsi que la francophonie a évacué la question de l’appartenance soulevée par le cas de Joseph Boyden.

Comme bien d’autres, le romancier vedette désire être accueilli par les Premières nations. Mais ça n’intéresse pas tellement.

Chez les francophones, au contraire, on est prêt à accueillir n’importe qui. Mais ça n’intéresse pas tellement non plus.

À part quelques exceptions, nos communautés francophones et acadiennes souffrent d’une désirabilité nulle. Pourquoi? Sans répondre à cette question, les organismes politiques continuent à courir après des subventions, encore persuadés de pouvoir faire mieux et plus. Comment exactement? Les stratégies actuelles sont usées jusqu’à la corde.

Répondant à l’appel de meneuses de claques, on applaudit les ministres qui consultent poliment. Nous ne dérangeons personne. C’est le signe d’une faillite de l’imagination.

Des décisions ont été prises au cours de notre histoire qui ont marqué de façon irréparable les rapports de force nationalistes au Canada. En 50 ans, on est passé de peuple fondateur à communauté linguistique à minorité invisible.

Aujourd’hui, dans l’indifférence, nous ne savons plus qui nous sommes.

À propos…

dube-jean-pierreJean-Pierre Dubé est auteur de romans, pièces de théâtre, scénarios et de nouvelles (www.jpqr.ca). Le natif du Manitoba fait carrière dans la presse écrite et les communications, entre autres à titre de journaliste indépendant et de pigiste au service de nouvelles nationales de Francopresse.

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7 réponses à “Francophonie canadienne : de peuple fondateur à communauté linguistique à minorité invisible – Jean-Pierre Dubé

  1. J’ai bien apprécié votre texte. Je l’ai lu parce que j’ai vu l’image de la ceinture fléchée. Le petit rose provient des artisanes de la région de la petite Acadie: St-Jacque, Ste-Marie-Salomé, St- Ligorie. Avez vous des renseignements sur l’artisane qui la tressée? Je m’intéresse beaucoup à cette aspect parce que je suis une flécheuse et j’ai rencontré mon conjoint qui demeure à Sudbury. Ses ancêtres sont de Lanaudière et sont acadiens. Une généalogie Canadienne-française.

  2. What I am trying to explain is that I see the language issue and Acadian identity as two separate issues in several ways. First is the fact that both the French and English language have become international languages and can no longer be used as a tool to identify particular and separate peoples. Is it the task of the Acadian people to defend our historical culture or our people as humans. It has always been the aim of Anglo-American society to continue what the British Empire began, that is to make the Acadian people disappear. I feel that we are more than just Francophones forced to reside in the conquerors nest, we are nevertheless a people historically identified as oppressed. The pride I feel about being Acadian is not because I consider myself to be a Francophone or Anglophone; I have been labeled a Frog as many times as I have been called Téte Quarré, so the language issue never entered my life because it is easy for me to communicate in either one. The old belief that if you change language you automatically change your world view is simply not true.
    Is the Catholic, Protestant, French, English conflict to continue amongst us indefinitely; I think not because we as an Acadian people experienced the survival of genocide during the armed economic expansion of the British Empire into our ancestral homeland and know that It was not a cultural oriented conflict, it was all about money and personal wealth. The Acadian people are just one of the many peoples who were steamrollered by capitalism but not into oblivion.
    You have an absolute right to fight for the french language and I applaud you for that. My children are very bilingual because I chose to send them to a French school, They know who they are where they came from and how they got there. They are naturally evolutionary products of their cultural environments and understand that ones identity is much more than language. Andre Gregoire

  3. Étrange, monsieur Grégoire, vous considérez vos ancêtres comme héroïques, mais vous ne parlez pas leur langue…

    • Le lange que je parle aujourdhui change rien des fait heroiques de nos ancetres. Pensé vous que i’ls se battent pour defendre leur langue. Je sait que I’ls ont battue pour la survie contre la plus puissant pouvoir militaire a l »epoque et i’ls ont réussi. Leur lutte a toujours ete De simplement survivre, pas pour defendre le Roy ou l’eglise ou meme la langue francais. Pense vous que ceux qui sont fait assimilé linguistiquement ont volu ca.Ou que I’ls ont maintenant le World view des Anglais. Jai pas pu choisir quelle ecole que j’allais.
      I just feel that a widely shared international language such as French, does not constitute anything unique as to Acadian identity.

  4. If any person could claim to be an Acadian eventually there would be more Acadians without their unique status as a people who survived a genocide, their identity would continue to be diluted and rendered common. The idea that outsiders can describe who is and is not Acadian is absurd. Acadians know who they are, where they came from and everything that happened in between .I claim to be of Acadian decendence because my mother was a direct decendant of Germain Savioe whose father Francois arrived in 1642. My refusal to reject that identity is without a doubt the pride and respect of the incredible challenge my ancestors faced during the armed economic expansion of the British Empire into their ancestral homeland. How can I not consider heroic, a people who lost everything except their names and their memories. Their survival is what assured my presence alive on this planet today. The most important element of Acadian identity is a common origin and historical heritage.

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