Les Jeunes d’Asteure, ça sait comment faire d’la musique! – Justin Frenette

Les Jeunes d’Asteure. paradis, possiblement [CD], Moncton, Les Jeunes d’Asteure, 27 octobre 2016.

Si vous avez le moindrement suivi la scène musicale néo-brunswickoise en 2016, vous savez déjà qu’elle a été remarquablement productive. En d’autres mots, DAMN y’a beaucoup d’albums de qualité qui sont sortis dans la province. La plus grande tâche pour n’importe quel artiste acadien durant l’an dernier était donc de se démarquer parmi cette vague immense de productivité créative, et si un effort musical acadien a le mieux réussi à cet égard quant à moi, c’est bien celui du groupe Les Jeunes d’Asteure avec son premier album complet, paradis, possiblement. Bien que les cinq jeunes musiciens (Rémi Belliveau à la voix, Jason LeBlanc à la guitare et à la voix, Patrick Belliveau à la guitare, Rémi Frenette à la basse et Martin Goguen aux drums) aient déjà montré leurs habiletés musicales et compositionnelles avec leur EP Awesomerie Sessions en mars 2013, tous les aspects d’un album de qualité sont cette fois-ci propulsés à un, deux ou même 10 niveau(x) supérieur(s).

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Crédit photo : Les Jeunes d’Asteure.

Oubliez toute convention préétablie dans votre imaginaire de la musique acadienne, sit back and enjoy the ride. Car avec cet album, Les Jeunes d’Asteure ne vous offrent pas simplement des mélodies accrocheuses et des textes intrigants mais une véritable aventure musicale et poétique qui rappelle grandement l’ambition d’albums de rock progressif ayant marqué les années 1970 tels que Meddle de Pink Floyd (1971), Close to the Edge de Yes (1972) et Foxtrot de Genesis (1972). La longueur des chansons, la structure musicale non conventionnelle de celles-ci ainsi que l’utilisation ingénieuse du keyboard pour agrémenter l’atmosphère musicale de l’album sont d’autres éléments qui vous rappelleront sûrement les vieux vinyles de votre père avec des pochettes trippy.

Parlant de longues chansons, l’album commence par une plage de presque douze minutes. Mais détrompez-vous; elle ne perdra nullement votre attention malgré sa longueur. «I don’t want no Eve» commence avec un groove qui vous fera sentir comme un(e) millionnaire conduisant une vieille Cadillac sous un soleil couchant en Californie, puis enchaîne avec un refrain qui vous restera dans la tête pendant au moins une semaine. Puis, c’est plein terrain rock progressif avec un solo de keyboard, plusieurs petits jams entre les passages vocaux de Rémi Belliveau et une conclusion musicale fortement satisfaisante, le tout effectué de façon très cohérente malgré les nombreux changements de rythme et de progressions d’accords.

Une autre chanson s’étant grandement démarquée à mes oreilles est «Bayou Goula / Glisser». La chanson en deux parties commence avec un walking bass riff extrêmement entraînant, parsemé de mélodies de keyboard à saveur psychédélique et de quelques licks de guitare garantis de faire sourire les adeptes de blues. S’ensuit alors un changement de temps en 3/4 puis un solo de guitare fuzzy à souhait qui se poursuit lors d’un deuxième changement de temps, cette fois-ci en 5/4. Un peu plus tard, le tempo ralentit progressivement pour faire place à des harmonies vocales rappelant presque des chants grégoriens, ce qui m’a tout de suite fait penser à la section du milieu de l’épique «Atom Heart Mother» de Pink Floyd. Je ne sais pas si la ressemblance est simplement une coïncidence, mais une chose est sûre, l’ambiance créée par ces harmonies vocales vous hypnotisera instantanément

Si le côté musical de l’album démontre un effort admirable de la part de chaque musicien, cela ne veut nullement dire que l’écriture des textes a été délaissée. Au contraire, Rémi raconte tout au long de l’album des récits fortement métaphoriques, songés et inspirés de classiques de la littérature. Il évoque par exemple l’époque de la Renaissance, l’art comme raison de vivre et le désir de mourir avec dignité dans «I don’t want no Eve»; différents passages des Fables de la Fontaine dans «Goupil Jones»; et de la Genèse dans «Pour Donna», le tout dans un registre chiac fidèle à la scène musicale moderne du Sud-Est néo-brunswickois.

Seul petit hic, selon moi: la voix de Rémi Belliveau, bien que juste, devient très nasale à certains moments, ce qui lui donne une certaine personnalité mais qui pourrait agacer certains auditeurs à la longue.

En gros, un énorme pas vers l’avant pour la scène musicale acadienne et un album qui promet de plaire aux adeptes de rock progressif – il risque même d’en convertir certains au genre étant donné son accessibilité et ses mélodies fortement entraînantes malgré la complexité de sa structure et des thèmes exploités dans ses textes.

Ma cote: 9/10.

Coup de cœur de l’album: «Bayou Goula / Glisser».

À propos…

Frenette, Justin 2Justin Frenette est un étudiant finissant présentement son baccalauréat en psychologie avec mineure en études françaises et désirant poursuivre ses études en orthophonie. Passionné de musique de tout genre mais surtout du type qui fait peur aux matantes, il raffole également de toutes sciences humaines, d’humour satirique, de linguistique et de bons vieux films de Kubrick. Vous risquez également de le croiser en vélo, mais lui ne vous verra pas (c’est pas personnel).

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