Théâtre : Norge lance une nouvelle saison de théâtre pour l’Escaouette – Sarah Brideau

Le théâtre l’Escaouette célèbre cette année dix ans depuis qu’il s’est établi au coin des rues Botsford et Mountain. Déjà une décennie que ce lieu accueille des compagnies d’ici et d’ailleurs et qu’il agit comme « usine de fabrication de notre théâtre » (Marcia Babineau, directrice artistique de l’Escaouette). Poésie et mélodie sont à l’honneur au cours de la saison 2014-2015, que l’Escaouette a choisi d’intituler « paroles et musique ». On a bien hâte de voir ça : nous suivrons d’ailleurs la saison de près dans la section « Critique artistique » d’Astheure.com

Cette saison s’est donc ouverte le soir du 15 octobre 2014 avec la première de la pièce Norge, écrite, interprétée et mise en scène par Kevin McCoy, originaire des États-Unis et s’étant établi dans la ville de Québec au cours de sa trentaine. L’idée pour sa pièce proviendrait d’une certaine affinité ressentie autour de l’expatriation, qui unirait sa grand-mère et lui-même. Le concept de la pièce a le potentiel d’être intéressant : McCoy cherche à résoudre l’énigme qu’était sa grand-mère maternelle ainsi que de son immigration inexpliquée aux États-Unis. Même si la pièce commence avec quelques perturbations techniques – un cellulaire qui sonne, une enceinte de son qui crépite et le microphone portatif qui doit être changé –, l’équipe s’en tire plutôt bien et récupère de ces imprévus de manière à ne pas gâcher la soirée. Pendant que le technicien change le microphone, McCoy continue à animer et à faire son introduction plus ou moins librement en s’adressant directement au public, un peu à la manière d’une présentation orale.

Problèmes résolus, on passe au noir et la pièce commence. Le piano crée une petite ambiance pendant que McCoy nous explique que sa mère et lui ne connaissent presque rien de l’histoire de sa grand-mère, Herbjørg Hansen, qui n’a jamais rien révélé de personnel ou quoi que ce soit par rapport à ce qui l’aurait motivée à quitter son pays natal, de toute apparence seule, pour immigrer aux États-Unis à tout juste 14 ans. On comprend bien qu’il soit intrigué, et on se dit qu’il va finir par dévoiler une énigme fascinante – de quoi faire passer son intérêt personnel à quelque chose de pertinent et d’intriguant pour le public qui s’est fait vendre une soirée au théâtre pour découvrir l’histoire –, mais en vain.

Le tout se déplie un peu à la manière d’une longue présentation orale avec quelques intermèdes musicaux muets et chorégraphiés, où la mise en scène est un peu plus travaillée. Ces derniers rehaussent légèrement l’intérêt théâtral de la pièce. Cependant, sans forcément être mauvaises, ces petites mises en scène – tentatives d’injection de profondeur – ne réussissent pas à éveiller un réel intérêt pour la pièce.

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Les projections sont quelquefois plutôt intéressantes. L’intégration des photographies de voyage dans la scénographie est parfois réussie – lorsqu’elle constitue le décor et devient une fenêtre dans la toile de fond d’une chambre d’hôtel, par exemple – alors que d’autres utilisations de cet élément manque de subtilité et sert de béquille pour raconter l’histoire d’une manière très « premier degré ». L’utilisation parfois pertinente de ce médium n’est malheureusement pas suffisante pour activer ou pour soutenir une quelconque magie théâtrale au cours de la soirée.

McCoy est évidemment ému par ses découvertes et ultra-sincère dans sa manière de les livrer mais, même si on éprouve de la sympathie pour son récit et pour son émotion, cela ne passe jamais vraiment à l’empathie d’un public qui serait réellement transporté par une pièce de théâtre.

Le texte mériterait d’être sérieusement débroussaillé d’éléments non pertinents à l’intrigue. Le passage au musée et la leçon d’histoire générale sur la Norvège font partie de ces derniers. Il est aussi important de reconnaitre qu’il ne suffit pas de raconter des faits pour transmettre au public l’émotion qui fait vibrer une personne dans son espace intime. Faire appel au pathos est un art qu’on a peine à retrouver dans Norge. Si toute cette histoire dissimulait un mystère fascinant qu’on aurait pu découvrir, on aurait peut-être pu aller chercher un autre type d’émotion chez l’audience. Mais, sans vouloir révéler quoi que ce soit, le dénouement n’aboutit à rien qui dépasse la banalité d’une recherche généalogique se produisant sur un autre continent.

À propos… 

Sarah BrideauSarah Marylou Brideau est née dans la Péninsule acadienne (N.-B.), l’année où Billy Jean trônait au sommet des décomptes musicaux. En 2001, elle publie ses premiers textes dans la revue Éloizes (no 30), ensuite deux recueils de poésie aux Éditions Perce-Neige: Romanichelle (2002) et Rues étrangères (2005). En 2013, Sarah termine une Maîtrise en Langue et Littérature françaises (Gérald Leblanc et le micro-cosmopolitisme) à l’Université McGill et son troisième recueil de poésie, Cœurs nomades, paraît aux éditions Prise de parole (Sudbury). Depuis plusieurs années, Sarah travaille à la pige dans divers domaines, mais surtout ceux connexes à l’écriture, à Montréal et au N.-B. Depuis mai 2013, est également propriétaire d’une librairie de livres d’occasion – Folio – au centre-ville de Moncton.

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Une réponse à “Théâtre : Norge lance une nouvelle saison de théâtre pour l’Escaouette – Sarah Brideau

  1. Bonne critique, je partage l’ensemble du propos… on est mis entre témoignage de voyage perso (1er degré) et une intrigue potentielle de l’errance et de l’identité qui reste en périphérie, malheureusement.

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