Sortir du casino et prendre son destin en main – Guillaume Danis

C’est avec grand intérêt que j’ai lu la lettre «Miser sur autre chose qu’une économie de Casino», du Dr. Yves Bourgeois, qui est parue dans les pages de L’Acadie Nouvelle le 18 février dernier. Ce texte contient, selon moi, une excellente description des principaux problèmes économiques du Nouveau-Brunswick tout en présentant des pistes de solution. Sans répéter tout ce qui a été mentionné dans la lettre en question, je crois que nous devons en tirer trois constats essentiels.

Premièrement, au Nouveau-Brunswick, nous avons longtemps misé sur des mégaprojets qui créent beaucoup d’espoir, mais, plus souvent qu’autrement, tout autant de déceptions. Il ne faut pas s’attendre à l’arrivée d’un messie ou d’un sauveur venu de l’extérieur pour relancer l’économie de la province. Bien des projets qui ont été vendus à la population en garantissant des «centaines d’emplois» n’ont pas fait long feu ou bien n’ont pas rempli leurs promesses. Pensons au textile dans la Péninsule acadienne, à la potasse dans la région de Sussex ou à l’industrie de la canneberge à Rogersville par exemple. Ce n’est pas très grave de faire des erreurs; ce qui est grave, c’est de les répéter. Le projet d’oléoduc Énergie Est se trouve dans le même registre. À long terme, une fois le pipeline construit, il n’apportera pas grand-chose à la province sauf beaucoup de risques pour peu de bénéfices.

Un second constat est qu’il faut, d’abord et avant tout, miser sur nos propres talents, c’est-à-dire sur nos entrepreneurs locaux. Nous avons, chez-nous, plusieurs entreprises qui connaissent du succès. Pensons au Groupe Savoie de St-Quentin, à MQM de Tracadie ou à Major Drilling de Moncton. En cette ère de libre-échange, la signature prochaine du Partenariat Trans-Pacifique signifie que nos entreprises vont bientôt être en compétition avec des entreprises provenant de pays où la haute technologie et l’innovation sont beaucoup plus présentes qu’ici (au Japon notamment). Le Nouveau-Brunswick se doit d’être prêt. Pour ce faire, nous devons abandonner nos méthodes de développement économique «à l’ancienne», pour ne pas dire «coloniales», comme on le voit dans l’industrie du bleuet où on mise encore sur un sauveur de l’extérieur plutôt que de développer et de transformer nous-même la ressource. Il faut plutôt développer une stratégie qui va aider nos entrepreneurs à acquérir de la nouvelle machinerie à la fine pointe de la technologie, investir en recherche, en développement et en innovation pour créer de nouveaux produits à valeur ajoutée et former les travailleurs pour être prêt à faire face aux défis du 21ième siècle.

En dernier lieu, le Nouveau-Brunswick a une fixation, parfois maladive, sur les dépenses tandis que son problème en est essentiellement un de revenus. Bien entendu, dans certains cas, il s’avère nécessaire de rationaliser les dépenses et d’effectuer quelques réformes. Le regroupement d’écoles en suivant l’excellent modèle en cours de réalisation au Restigouche doit être mis en œuvre ailleurs en partenariat avec les communautés concernées. Le fait que plus du tiers de la population du Nouveau-Brunswick habite des territoires non-incorporés, paie des impôts fonciers à la province pour, ensuite, quémander (son propre argent!) à Fredericton pour asphalter un bout de route ou rénover un centre communautaire est un non-sens. La pleine municipalisation du Nouveau-Brunswick s’impose! En ce qui a trait à la hausse des revenus, nous avons tort de la lier automatiquement à une hausse de taxes ou d’impôts. Elle doit se faire par la croissance économique, c’est-à-dire en augmentant le nombre de personnes qui travaillent, donc en augmentant le nombre de personnes qui paient des impôts et qui ont un revenu disponible pour acheter des biens et des services.

J’invite le gouvernement à prendre contact avec le Dr. Bourgeois sans tarder pour discuter de pistes de solutions pour relancer l’économie de la province. L’heure n’est pas à la fermeture de la législature. L’heure est venue que les intervenants provenant de tous les milieux travaillent à un véritable plan de développement économique en pensant à la prochaine génération plutôt qu’à la prochaine élection. Quand cela arrivera, le Nouveau-Brunswick pourra avoir une séquence victorieuse sans miser sa chemise au casino.

À propos…

Guillaume DanisGuillaume Danis est originaire de Tracadie. Passionné d’histoire, de politique et d’économie, il aime s’engager dans les causes qui lui tiennent à cœur. Il détient un baccalauréat en science politique de l’Université de Moncton ainsi qu’une maîtrise en administration publique de l’École nationale d’administration publique de Montréal. Il travaille présentement pour le gouvernement fédéral à Gatineau.

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Une réponse à “Sortir du casino et prendre son destin en main – Guillaume Danis

  1. Excellente réflexion sur un sujet qui nous touche tous. Il est rendu temps que tous les citoyens, groupes et Néo-Brunswickois qui vivent à l’extérieur commencent à unifier leurs efforts afin de sauver notre province.

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