Péninsule Acadienne 2.0 – Monica Thériault

«Quoi-ce vous faites l’hiver énoé?»

«OMIGAD, moué, j’pourrais jamais rester par icitte».

«Y’a pas de job, pis y’a rien à faire…»

Phrases typiques, trop souvent entendues depuis mes trois courtes années de retour à Caraquet. Souvent dites naïvement. D’autres fois, carrément pour dénigrer la région. Comme quoi la Péninsule se définit forcément comme étant une petite région, contenant peu de gens, d’emplois et d’activités.

Péninsule Acadienne
nom féminin
(latin paeninsula, presqu’île)
Région d’une superficie d’environ 2000 km2 située au Nord-Est du Nouveau-Brunswick, contenant peu gens, d’emplois et de plaisir.

C’est en partie vrai. Mais c’est aussi parce que c’est une petite région qu’il est facile de rencontrer des gens. Imaginez la facilité d’établir des contacts personnels et professionnels! Vous vous lancez en affaires? Vous démarrez une PME? Ben, tout le monde le sait! BAM! Publicité gratuite!

Le nombre de jeunes entrepreneurs que je côtoie est impressionnant. Y’en a pas de job? C’est pas grave, on va la créer! Dans la région du grand Caraquet à elle seule, on retrouve de nombreux exemples d’entrepreneurs dynamiques, comme Mylène Thériault de Boom Town Design, Aimie Lanteigne de Aimie Design, Rachel Désilets de Promotions Citrus, Jonathan Dugas propriétaire de la vieille Brulerie, Mélodie LeBlanc propriétaire du Gym Nautilus, sans oublier la pétillante Véronique Wade de l’Agence Wade et Sébastien Roy, célèbre maître-distillateur de la région.

Oui, oui.  En plus de nommer des PME qui m’inspirent à acheter et vivre dans la Péninsule, je leur fais de la publicité gratuite!  Parce que c’est de même par ici! On s’aide les uns les autres du mieux qu’on peut. Il le faut pour assurer la viabilité des entreprises et de la région. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on sait que pour chaque dollar dépensé dans le Nord de la province, il y a 2.50 $ dépensés dans le Sud[1]. En d’autres mots, beaucoup moins d’argent circule dans la Péninsule. La petite population de francophones que nous sommes ne peut pas se permettre de se diviser. C’est fini les guerres de clocher. On a des choses plus importantes à faire! On évolue.

Fait que la notion de «y a pas de jobs» est plus ou moins vraie. En fait c’est la même réalité que partout ailleurs dans la province. Faut arrêter de croire qu’il va y avoir «une grosse compagnie» qui va venir s’installer en quelque part pis qui va créer des emplois avec pensions, bénéfices, le whole package pour des années à venir. Nous ne sommes plus dans l’ère industrielle. Il faut qu’on se serre les coudes pis qu’on aille de l’avant.

Comme le reste de la Péninsule, la scène musicale, artistique et culturelle a beaucoup évolué depuis les dernières années.

Les Pierre Guitard, Dave Puhacz, Shaun Ferguson, Joanie Benoit, Chloe Breault et les Hôtesses d’Hilaire (trois membres sur cinq, quand même!) nous rendent bien fiers. Sans oublier le mastermind derrière la réalisation de plusieurs albums d’artistes acadiens (y compris son propre album); Pascal Lejeune (ou Thomé Young – j’sais jamais comment l’appeler).

Non seulement y a-t-il plusieurs personnalités de la Péninsule qui percent en musique, il y a aussi des lieux et entreprises qui reçoivent régulièrement ces artistes. Le Deuxième du Grain de folie nous accueille pour plusieurs lancements d’albums, spectacles et activités culturelles de tout genre. On a aussi la Boîte-Théâtre et le Centre Culturel à Caraquet. Ailleurs dans la Péninsule, on retrouve le Phare de Miscou qui crée une ambiance magique où les musiciens peuvent performer. Mention spéciale également au restaurant le Up’n Down de Tracadie qui accueille régulièrement des artistes francophones.

Il est aussi réellement réjouissant qu’une nouvelle génération s’implique dans l’organisation des festivals et évènements de la Péninsule. Ils apportent de nouvelles idées et du renouveau, tout en continuant d’assurer le succès des évènements.

Prenez le salon du livre de la Péninsule acadienne  pour exemple. Cette année, la jeune équipe de direction, composée de Shannan Power et François Cormier, a su accueillir un nombre record de 15 000 visiteurs et  un peu plus de 100 auteurs. Shannan en est à son deuxième mandat en tant que directrice du Salon et François à son premier; ça promet pour les années à venir!

Le Festival Moisson d’ART de Tracadie s’est également refait une beauté durant les dernières années. Cette année marquait la quinzième édition du festival, mais les membres du comité organisateur sont en poste depuis peu de temps. Ces sept jeunes dynamiques sont âgés de moins de 35 ans.

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Crédit photo : Festival Moisson D’ART. Le comité organisateur du Festival Moisson d’ART 2016 : Martine LeBreton, Jérôme Thériault, Émilie Caissie, Marie-Christine Arseneau, Marie-Ève Michon, Mélanie Hébert.

Bien que de très bons artistes tels qu’Arthur Comeau avec la Tide School, et les Païens, furent présentés au festival cette année, la participation des jeunes adultes fût moindre que celle espérée. Radio-Canada diffusait ce mois-ci un article sur les défis que rencontrent les artistes acadiens à remplir les salles au Nouveau-Brunswick. Donc, on peut affirmer que ceci n’est pas un problème qui est propre au festival Moisson d’ART.  La Grande Dégustation a été un grand succès; tous les billets ont été vendus, démontrant que l’intérêt pour ce type d’événement est bien présent dans la Péninsule acadienne.

Un changement excitant a eu lieu dans l’organisation du Festival acadien de Caraquet cette année. C’est la réputée musicienne Isabelle Thériault qui prend la relève à la direction générale et artistique du Festival. Peu de temps après avoir obtenu le poste, celle-ci a affirmé haut et fort qu’elle voulait revitaliser et redynamiser le festival. Ça augure bien pour cet été!

Comme dans le Sud, on a nos festivals.

Comme le Sud, on a nos magasins, nos cinémas, notre marché des fermiers.

Comme dans le Sud, on a nos restaurants. Bien plus que des restaurants de type familial astheure! Fine cuisine, cafés, bistros, cuisine internationale, etc. De plus en plus, pour tous les goûts!

Comme dans le Sud, on a nos bars – pis le meilleur bar du Nouveau-Brunswick est situé au Carrefour de la mer – La Brokerie, sorry guys!

En plus, on a des levés et couchés de soleil d’une beauté légendaire.

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Lever du soleil sur la Baie de Caraquet.

Bien que la Péninsule soit la cible de critiques négatives puisqu’elle est une petite région, on peut aussi dire que c’est ce qui en fait sa force. On se serre les coudes et on s’appuie les uns les autres du mieux qu’on peut. Parce que des soupers bénéfices pis des couvartes piquées, on est capable d’en vendre quand c’est pour une bonne cause. Plus haut, plus loin, ensemble (c’était un beau slogan des Caisses populaires acadiennes dans le temps).

Comme partout ailleurs dans le monde, la Péninsule évolue. Elle évolue tout en conservant des caractéristiques qui lui ont sont propres. C’est ce qui lui donne son cachet. Je fais partie de la Péninsule Acadienne 2.0. J’en suis fière. J’en suis reconnaissante. Je veux contribuer à son développement et à son épanouissement.

La Péninsule Acadienne, j’y reviens, j’y reste.

[1] Selon Valdo Grandmaison, le président du Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB), «[…] pour chaque dollar investi dans le Nord, 2,50 $ sont investis dans le Sud […] Lorsqu’on tient compte du poids démographique, l’écart est moindre, mais reste à l’avantage du Sud puisque pour chaque dollar par habitant investi dans le Nord, le Sud obtient 1,11 $». Voir aussi cet article sur Radio-Canada.ca.

À propos…

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Monica Thériault est une diététiste qui s’intéresse aux aspects socio-économiques, politiques et environnementaux de l’alimentation. Elle a obtenu son diplôme en sciences (nutrition) à l’Université de Moncton en 2012. Depuis, elle exerce sa profession au sein du Réseau de santé Vitalité, dans sa région natale qui lui tient à cœur. Elle est aussi membre des Diététistes en action Nord-Est. Elle aime s’engager dans des projets de tout genre dans sa communauté.

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6 réponses à “Péninsule Acadienne 2.0 – Monica Thériault

  1. Bien écrit Monica, c`est un beau rappel de tous ce qu`on a et de tous ce qu`on fait dans la Péninsule Acadienne.

  2. All regions are experiencing the same thing, less children and a rapidly declining older population. We in the Gaspésie are still exporting our youth and not much else. One of the most valuable and highly
    marketable assets the Acadian communities posses is their historical heritage. The development of our infrastructure targeting pilgrimage tourism should be enhanced as to give these people as much as we can of what they are looking for. And what they are looking for is an emotional experience based on discovery of their roots. Nous avons besoin de mettre en valeur beaucoup de Lieux de Memoires Acadiens. The two large Expatriate Acadian populations, Louisiana and Quebec are obviously the best targeted markets. Over here across the bay we are so far from the Big centers we feel more isolated than you people in caraquet. The Quebec establishment wants to assimilate us and does not encourage marketing ourselves as an integral part of Acadian history even though 70% of the population are Acadians. Political divisions prevent border areas from cooperation on Acadian cultural or historical projects. We have to see Acadia for what it is, our ancestral territory, all of it, forget the provincial borders designed to divide us. Acadia begins at Cap Desrosiers near Gaspe south to the Kennebek river in Maine.

  3. Je trouve Caraquet super beau et puis j’essaye de convaincre mes tantes et oncles à visiter du sud. Malgré, les petites entreprises n’aident pas tout le peuple à etre embauché..S’il y a des problèmes à conserver des jobs à Moncton, c’est sur et certain qu’il y a des problèmes chez vous aussi. J’espère que les nouvelles tendances de rester au NB et dans les petites villes continuent, car la vie dans les grosses cités métropoles, de mon avis, sont trop effrénées et capitalistes.

  4. C’est ben beau « j’y reviens, j’y reste » mais y serait temps qu’on passe au  » venez-vous en icitte, on care pas d’où vous venez.. »

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