À quand le dernier Congrès mondial acadien ? – Gilbert McLaughlin

Le CMA 2014 était magnifique. La ville d’Edmundston s’était faite toute jolie pour nous accueillir. Les visiteurs de diverses provenances ont eu l’occasion de participer à des activités qui se sont déroulées au Nouveau-Brunswick, au Québec et dans l’État du Maine.

Ces festivités, qui se déroulent aux cinq ans, sont une bonne vitrine pour la diffusion de la vitalité acadienne. Elles permettent d’accueillir des gens de différents pays et d’avoir une couverture médiatique nationale (voire internationale).

Les CMA sont aussi des occasions en or pour lancer de nombreux débats et réflexions dont certaines peuvent alimenter la polémique.

L’auteur Herménégilde Chiasson semble avoir lancé le bal le 12 août dernier en déplorant « l’absence de discours » dans la communauté acadienne. Il s’agissait d’une mise en  garde contre le risque de folklorisation de l’Acadie, c’est-à-dire, dira-t-il, de voir l’Acadie comme une tribu exotique nouvellement découverte.

Photo : Isabelle Mclaughlin

Photo : Isabelle Mclaughlin

Ce « vide de discours critique » que décrit l’auteur serait causé par la peur constante d’irriter certaines sensibilités. Il y a toujours des hostilités lorsque l’on questionne les structures et les institutions. Néanmoins, je pense que les Acadiens ont envie de débats. Nous avons la maturité requise pour entretenir ce genre de discussion.

Dans ce cas, ce qui manque en Acadie, ce n’est peut-être pas un discours critique, mais plutôt l’apprentissage collectif qu’un débat insinue de laisser une place aussi aux idées des Autres, c’est-à-dire aux idées qui, le plus souvent, nous déplaisent.

On remet toujours la peur du débat sur le dos de notre fragilité. Il serait donc bien de se rappeler que c’est le fragile roseau qui résiste le mieux aux grandes tempêtes.

Photo : Isabelle McLaughlin

Photo : Isabelle McLaughlin

….

Pendant que la critique de l’Acadie se résumait à des critiques sur le manque de critique en Acadie (remarquez la redondance), l’historien Maurice Basque en a profité pour faire une déclaration des plus intrigantes.

Sur les ondes de Radio-Canada, il a révélé, le 14 août dernier, qu’il pense sérieusement que l’on « a fait le tour » des CMA. Il ne propose alors rien de moins que de terminer cette aventure après le prochain rassemblement qui aura lieu à Île-du-Prince-Édouard et dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick : région que l’on a surnommée pour l’occasion l’Acadie de la Mer Rouge.

Les CMA seraient devenues des grosses machines couteuses en temps et en argent. M. Basque pose une question de grande importance. Est-ce que cette énergie ne serait pas mieux placée dans d’autres dossiers (comme les services de santé ou l’éducation, par exemple)?

Cette question mérite d’être posée. Est-ce qu’il y aurait des moyens plus efficaces de débattre et de célébrer l’Acadie? Est-ce que les réunions de famille ont besoin d’un congrès? Est-ce que les dossiers touchant le développement économique, la santé et l’éducation méritent qu’on y passe plus que quelques jours?

Célébrer l’Acadie n’est effectivement pas suffisant pour affronter les nouveaux défis. Il faut sérieusement envisager de passer de la théorie à la pratique. Du partage des idées à la prise de décision. De la discussion à sa mise en action.

Pour y arriver, est-ce qu’il faut ressusciter les conventions nationales? C’est une question que je me pose. N’empêche que je partage le sentiment de Maurice Basque voulant que les CMA ont donné ce qu’ils avaient à donner.

Photo : Isabelle McLaughlin

Photo : Isabelle McLaughlin

On ne peut leur enlever leurs bienfaits sur l’identité dans la région de Moncton, de la Nouvelle-Écosse et de la Louisiane. En même temps, on peut se demander si on a encore besoin de subventionner la fierté acadienne tous les quatre ans. Rares sont les peuples qui sont aujourd’hui aussi fiers (et avec raison) que le nôtre.

Alors, ne serait-il pas nécessaire de repenser l’utilisation de ces centaines d’heures de bénévolat, de ces millions de dollars en financements? Est-ce vraiment dans ce domaine qu’il faut dépenser nos énergies et nos ressources?

Sinon, comment peut-on arrêter cette machine?

Nous avons gagné le combat culturel. Nous avons des artistes qui performent partout au Canada et nous avons une cohésion nationale qui n’a jamais été aussi solide. Dans ce cas, menons de nouveaux combats qui nous assureront un avenir prospère. Controns l’exode, l’assimilation et le marasme économique qui menacent la croissance et l’existence de nos régions.

Pour mener ces combats, il faut savoir oublier certaines structures et en bâtir de nouvelles. La diaspora est un bien joli concept, mais c’est un concept qui a tendance à condamner les Acadiens à la stagnation. Il limite notre capacité d’inclure des gens par une emprise généalogique et il restreint l’espace du politique par son incapacité à faire société.

Parce que si l’Acadie est partout, la politique, elle, n’est nulle part.

À propos…

gilber3Gilbert McLaughlin est un fier acadien originaire de Tracadie-Sheila au Nouveau-Brunswick.  Passionné de politique et membre d’Astheure, il est présentement étudiant à Ottawa. Twitter : https://twitter.com/Gilbert_mcl

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6 réponses à “À quand le dernier Congrès mondial acadien ? – Gilbert McLaughlin

  1. Pingback: Plus de 200 publications depuis le lancement : Astheure on fait quoi? – Collectif | Astheure·

  2. Je vous invite à la Convention 2014 de la SANB qui se tient à tous les dix ans. Celle-ci se tiendra à Fredericton les 17, 18 et 19 octobre 2014. Venez partager vos idées divergentes et convergentes. Nous acceptons les idées critiques et constructives. Nous avons grandement besoin des points de vue de toutes et tous notamment des jeunes. Vous pouvez renouveler les discours alors vous êtes les bienvenus!

    Jeanne d’Arc Gaudet, présidente de la SANB

  3. Je suis bien d’accord avec toi, Kevin! La formule du CMA pourrait être révisée, mais sans éradiquer le Congrès complètement.

    Il me semble que ces propos proviennent surtout de babyboomers qui sont nostalgiques de l’époque des revendications des années 60-70. Certes, je suis très reconnaissante des batailles qu’ils ont menées, puisque sans eux, nous n’aurions pas tous les acquis dont nous jouissons aujourd’hui. Pourtant, j’aimerais bien connaître l’avis des jeunes à ce sujet.

    Je sais que certains se plaignent que la jeune génération (et la population en général) n’est pas assez revendicatrice, mais je ne suis pas d’accord. Les formes de revendications ont changé, c’est tout (pensons à la revue Astheure, par exemple!).

    J’arrive du Grand Rassemblement Jeunesse, où je participais au volet politique, et je peux vous assurer que nous ne sommes pas des mauviettes.

    D’après moi, si l’on revient à la formule des conventions nationales (qui sont souvent formées de l’élite), ça ne va pas régler les choses. On va avoir un désintéressement encore plus grand du « commun du peuple », qui ne se reconnaîtra pas dans un projet qui leur aura été imposé.

    Je vois plutôt le CMA comme une célébration de la vie qui nous ressource afin de continuer nos combats dans notre communauté.

    Et sur ce, vive l’Acadie!

  4. Et si on glissait dans ce congres un volet politique et qu’on y tenait une assemblee generale pouvant donner des mandats ‘a la Sna?

  5. En fait, le CMA a lieu aux 5 ans.

    Il est tout à fait sain de se remettre en question. La formule du CMA mérite d’être revisitée, aucun doute là-dessus. C’est très coûteux et il faut s’assurer que le discours se renouvelle.

    Par contre, je crois que le CMA a encore sa place. Le Québec et la France n’ont pas encore accueilli l’évènement et quand ces régions auront été hôtes, toute une génération aura l’occasion de redécouvrir le CMA dans chacune des régions acadiennes.

    À mon avis, ce n’est pas le CMA qui perd en pertinence, mais bien le discours qui fait du sur-place en cherchant à définir l’identité et la culture acadienne. Ce type de discours ne rejoint pas les plus jeunes qui sont déjà ouverts sur le monde et qui s’abreuvent aux « autres » cultures.

    • Au contraire Kevin, il est impératif pour tous les gens qui se considèrent pleinement « acadien » de se questionner sur les fondements de leur identité et de la culture acadienne. On perd le véritable sens de cette identité lorsqu’on ne connait pas sa source; les fondements qui constituent les bases de cette culture.

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