Les dérives de la fierté : lettre ouverte au groupe Rivière de la fierté – Simon Dubé

Le Défilé de la fierté, cette célèbre parade visant à donner de la visibilité à la communauté  LGBTQ+, occupe chaque année la rue Main à Moncton. Malheureusement, cette parade a parmi ses participants la compagnie pétrolière ExxonMobil depuis quelques années. Sachant ce que cette compagnie représente et ce qu’elle cause, il est grand temps de repenser sa place au sein des festivités de la fierté à Moncton. Cette lettre est envoyée au groupe organisateur de la parade, Rivière de la fierté, afin de leur demander d’exclure d’ExxonMobil de la liste des commanditaires et du même élan engager une discussion portant sur les réalités du «Pinkwashing», soit d’offrir une occasion de visibilité pour le secteur privé lors des célébrations de la fierté.

Comme chaque été, nous verrons ce défilé mener le bal de la semaine de la fierté. À la base, la parade de la fierté est une célébration sur la place publique de la diversité des orientations et identités sexuelles. Il y a 40 ans, c’était un outil contestataire servant à montrer au reste de la société qu’on en avait marre de vivre dans un climat de violence et d’humiliation quotidienne. Les dernières parades de la fierté qui ont eu lieu à Moncton montrent bien comment notre société a évolué. La parade consiste à rassembler les organisations qui appuient la communauté LGBTQ+, les groupes citoyens d’intérêts LGBTQ+, les conseillers municipaux, quelques politiciens, et surtout des chars allégoriques avec musique électro et shows de drag. On y trouve des familles, des couples ainsi que des alliés (personnes non-LGBTQ+). Et à la toute fin du défilé, il y a le char d’ExxonMobil. Quelle horreur!

Il faut se rappeler qu’ExxonMobil est l’une de ces géantes compagnies pétrolières qui orchestrent le déni de la crise climatique. De plus, elle s’acharne à maximiser et concentrer la production et les profits des activités pétrolières, alors que le monde entier cherche à réduire ses émissions de GES. En 2017, une étude a révélé que les hauts dirigeants d’ExxonMobil connaissaient bien la menace du réchauffement climatique dès 1977, soit 11 ans avant que ce terme prenne de l’ampleur! Ils ont systématiquement mené une campagne de désinformation pendant des décennies afin de nier l’existence des changements climatiques. Vous vous imaginez bien la honte et la haine qu’auront les prochaines générations à l’égard de ces compagnies? Pourtant, nous ici au défilé de la fierté à Moncton, on fait la fête avec eux. Pourquoi fait-on ça? En échange des fonds servant à organiser un festival encore plus grand et glamourous que l’année précédente? Ce genre d’insertion de marketing d’intérêts privés dans les festivités queer se nomme Pinkwashing et son sujet reste controversé au sein des grands festivals et de la communauté LGBTQ+ d’ici et d’ailleurs. Vraisemblablement, l’équipe de marketing chez ExxonMobil cherche à travailler l’image publique de la compagnie en se plaçant au milieu d’une célébration populaire. Cette compagnie a-t-elle fait partie de notre lutte pour nos droits, ou est-elle plutôt en train en de profiter du fait qu’aujourd’hui au Canada, c’est progressiste d’appuyer le mouvement LGBTQ+ et qu’on y attache une image favorable? Voici donc un exemple parfait du Pinkwashing.

En tant qu’homme homosexuel ayant vécu un coming-out éprouvant à 19 ans, je me sens tout à fait impliqué dans cette affaire. En quoi est-ce que la Rivière de la fierté me représente et protège mes droits en invitant ce genre d’argent sale à nos festivités? Comment est-ce que le défilé peut se dire inclusif lorsqu’il célèbre une des industries qui cause le plus de problèmes aux communautés autochtones et à nos alliés bispirituels (two-spirited)? Un organisme de la fierté peut-il vraiment défendre la justice sociale lorsqu’il participe au blanchissage d’une des industries les plus controversées? Il est venu le temps de se regarder dans le blanc des yeux , se dire la vérité et prendre des actions là où on le peut : refusons donc la commandite d’ExxonMobil! Pour ma part, je ne veux pas du tout voir cette compagnie au défilé et si elle s’y pointe j’aurai l’obligation morale de boycotter le défilé qui pourtant devrait me représenter et m’accueillir. J’invite tous ceux qui partagent mon opinion de me suivre dans cette démarche.

Enfin, j’aimerais clarifier que je ne cherche pas à attaquer ou rabaisser le groupe organisateur du défilé, mais plutôt à mettre en lumière une discussion certes difficile qui aurait dû avoir lieu bien plus tôt. J’aimerais aussi préciser que, personnellement, ça ne me dérange pas du tout d’avoir un festival avec moins de ressources au lieu d’un festival toujours plus grand qui nécessite l’appui de ce genre d’entreprise. Leur temps est révolu.

J’invite donc la Rivière de la fierté à réviser ses principes.

À propos…

Simon Dubé détient une formation en Environnement et en Éducation. Il a œuvré dans le milieu associatif à Montréal pendant cinq ans, et enseigné en Asie trois ans. Sensibilisé depuis son enfance aux problématiques écologiques, il cherche aujourd’hui à entamer la transition écologique là où il peut. Il est présentement le directeur général à la Coopérative de vélo La Bikery, à Moncton

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