L’enfer est parfois plus près qu’on ne le pense – Véronique Thibault

Mallet-Parent, Jocelyne. Basculer dans l’enfer, Éditions David, coll. «Voix narratives», 2017, 258 p.

Crédit photo : Éditions David.

Jocelyne Mallet-Parent, une Acadienne d’origine, a publié son sixième roman aux Éditions David en août 2017, Basculer dans l’enfer. Titre intéressant qui nous fait spéculer sur le contenu du livre. En lisant la quatrième de couverture, on apprend que l’histoire est centrée sur trois jeunes qui décident de se radicaliser ainsi que leurs mères qui se demandent : qu’est-ce qui a bien pu pousser ces jeunes à être prêts à tout, même à donner leur vie pour une cause?

La narration du roman passe d’un personnage à l’autre, suivant les trois jeunes : Élise, Tariq et Jamil – et leurs mères Ariane, Fatima et Oleya – et c’est ce constant changement qui nous garde en haleine jusqu’à la toute fin du roman. Le récit commence in media res, alors qu’Élise et Tariq vont placer une bombe dans le métro de Montréal. C’est un peu plus tard qu’on nous présente l’enquêteur, Alex Duval, qui va devoir annoncer la nouvelle aux mères que leurs enfants sont des suspects dans cet attentat. Il sera aussi celui qui soulèvera bon nombre de questionnements tout au long du roman. Que ce soit en lien avec les jeunes qui se sont radicalisés ou en lien avec le suicide de son fils il y a quelques années, l’enquêteur sait poser exactement les questions qui nous feront réfléchir…

L’intrigue du roman est centrée sur les personnages d’Élise et de Tariq qui posent la bombe dans le métro puis nous suivons leur aventure lorsqu’ils quittent le pays pour se rendre dans une autre cellule djihadiste. En parallèle, Alex Duval essaie de résoudre l’affaire de l’attentat dans le métro tout en voulant sauver les enfants d’Ariane et de Fatima puisqu’il est encore temps; on nous raconte aussi comment il n’a pas pu sauver son fils et pourquoi il tient tant à sauver ces enfants. La narration ne s’arrête que quelques fois sur Jamil avant la fin, où il jouera un rôle important en sauvant la vie d’Élise.

Dans ce roman, nous sommes confrontés à une réalité dont plusieurs aimeraient pouvoir faire fi. Les trois mères, Ariane, Fatima et Oleya, se questionnent sur ce qui a bien pu pousser leurs enfants à agir ainsi. Elles se demandent si elles ont été de mauvaises mères, si c’est un élément de leur passé qui aurait déclenché tout ça et par-dessus tout, pourquoi elles ne l’ont pas vu venir. Le questionnement d’Ariane va même au-delà de cela : «elle a beau se creuser la tête, elle n’arrive pas à comprendre comment des enfants nés ici, dans un contexte sociopolitique stable, peuvent en arriver eux aussi à se transformer en poseurs de bombes.» (p. 200) De plus, l’auteure nous décrit des réalités que nous ne voulons pas accepter. Elle nous mentionne comment Fatima doit toujours porter le voile, même au Canada (sa famille est originaire d’Algérie) puisque son mari le veut. Mallet-Parent nous expose la situation de violence conjugale et l’abus psychologique que Fatima subit aux mains de son mari. On voit comment Tariq, son fils, se sent opprimé, même au Canada ; il dira à sa mère que même s’ils ont immigré ici, ils se feront toujours regarder d’un mauvais œil, ils seront toujours pointés du doigt.

Le roman de Mallet-Parent est génial puisqu’il nous instruit sur le sujet du djihad, mais en vulgarisant les enjeux, sans que l’on s’en aperçoive. Nous sommes aussi sensibilisés à la radicalisation chez les jeunes, et sur la prévention possible puisqu’il n’y aurait pas de profil typique d’un jeune qui se radicalise. Mallet-Parent ajoute toutefois dans le roman que «la majorité de ceux qui [se radicalisent] sont jeunes, ont un fort sens de la justice sociale et sont sensibles à l’extrême aux inégalités et à l’oppression.» (p. 218) Alex Duval pose aussi quelques questions à Ariane qui lui auraient mis la puce à l’oreille que sa fille traversait un moment difficile, si elle les lui avait posées avant son départ. En voici quelques-unes : «Votre fille traversait-elle une période difficile marquée par la solitude? Exprimait-elle plus souvent qu’à l’habitude de la frustration? De l’intolérance? […] Aurait-elle fait le vide autour d’elle, peu d’amis aux alentours?» (p. 219-220)

En somme, j’ai apprécié la lecture du roman, justement parce qu’il  nous fait découvrir une réalité qui ne nous est pas familière. Les personnages semblent vrais : il est facile pour nous de s’attacher à eux, de vouloir connaître le dénouement de leur histoire, de s’intéresser à savoir s’ils vont s’en sortir. Puisque le début du roman comporte moins d’action que la fin, il faut lire quelques chapitres avant d’avoir un regard assez complet sur la situation, en raison des nombreux personnages et de leurs rôles respectifs dans leur plan de poser une bombe dans le métro et de fuir le pays par la suite. Évidemment, les représentants de la justice vont intervenir, mais seulement après les malheureux évènements. Le policier, Alex Duval, est central à l’histoire puisque c’est lui qui porte les réflexions sur le problème de la radicalisation des jeunes. Ainsi, à travers son enquête, nous pouvons découvrir non seulement comment les policiers approchent ce genre de cas, mais aussi comment un homme réfléchit à cette situation dangereuse pour les jeunes.  La vulgarisation de cet enjeu rend la lecture moins lourde, puisque nous sommes toujours dans un roman de fiction après tout.

Je recommande ce roman aux personnes qui veulent comprendre un peu mieux le phénomène de la radicalisation des jeunes et je crois qu’il est parfait pour les parents comme pour les enfants. Comme Mallet-Parent nous décrit les deux côtés de la médaille, le point de vue des parents et celui des enfants, ce sera plus facile pour toute la famille de lire le roman et trouver un personnage à qui s’identifier.

À propos…

Véronique Thibault, née à Edmundston, poursuit des études en littérature à l’Université de Moncton. La traduction ou des études supérieures en bibliothéconomie sont dans ses plans pour le futur. Elle est impliquée dans sa communauté et aimerait un jour laisser sa marque d’une façon ou d’une autre.

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