Douze chansons pour Évelyne de Fredric Gary Comeau : le monde en la mineur – Sébastien Bérubé

Comeau, Fredric Gary, Douze chansons pour Évelyne, Montréal, Les Éditions XYZ, coll. «Quai no. 5», 2016, 288 p.

OK, j’avoue que je n’ai pas réussi à le lire d’une shot. Je suis pourtant de ceux qui ont aimé Vertiges. Vraiment. J’avais déjà, à l’arrivée de Douze Chansons pour Évelyne, l’idée que ça ne serait pas pareil. J’me disais : «Il ne pourra pas faire ça deux fois. No way». J’ai commencé à lire et je n’embarquais pas. Le personnage principal me paraissait forcé. Une sorte d’alter ego de l’auteur (poète et musicien) qui trace mal la limite entre qui il est et qui est son créateur.

J’ai refermé le livre avant d’être rendu à la vingtième page. Je ne voulais même pas lui laisser de chance. J’ai laissé passer quelques jours.

Crédit photo : Les Éditions XYZ.

Crédit photo : Les Éditions XYZ.

Je regardais le livre sur la table de salon m’implorer de lui faire confiance. À la deuxième lecture, trente-troisième page. Pas plus. L’histoire commençait à se dessiner tranquillement, mais je faisais ma bitch. Je snobais Comeau. Peut-être le fait que ce ne soit pas moi qui aie écrit Vertiges. J’sais pas.

J’ai, encore, laissé passer quelques jours.

À un moment donné, il fallait bien que ça se fasse. J’ai fermé les rideaux, mis du Hank Williams, pris une Sœur Catherine et j’me suis assis le livre au creux des mains. Cette fois était la bonne. J’ai dévoré le livre aussi vite que mon growler.

Douze chansons pour Évelyne, c’est la tête d’un auteur-compositeur-interprète (et poète), départagé entre le réel et son désenchantement, qui explose sur l’échafaud. Il nous invite un peu à vivre avec lui la sentence qu’il s’est donné l’ordre de purger. Pour le bien de son art. Son nom : Antoine Bourque.

Bourque s’isole dans le bois, après la disparition de la femme de sa vie, pour la faire vivre à nouveau à travers de nouvelles compositions. Il n’a aucune idée où elle est ni pourquoi elle l’a quitté. Il est seul et ça, il le sait. Douze chansons sortent de cette rencontre entre sa guitare et le fantôme de celle qu’il aime. Même si c’est le titre du livre, ces chansons ne servent que de prétexte au reste. Une fois composées et remises à son producteur, les chansons disparaissent pour ne réapparaitre que brièvement à la fin du livre. Par contre, c’est la peur de devoir faire face à ce qu’elles représentent (et peut-être aussi de devoir faire face à son producteur) qui pousse Antoine à partir à l’autre bout du monde.

C’est là que tout commence.

On part avec Antoine dans un voyage à travers le monde, qui passe par ses amitiés et les femmes de sa vie. Plus le livre avance et plus le caractère poétique de Gary Comeau prend le dessus pour laisser se construire de grands kaléidoscopes mélancoliques et honnêtes. À la moitié du livre environ, on assiste à l’éclosion du plaisir d’écrire de l’auteur. Les souvenirs s’imposent comme des flashbacks schizophréniques, qui sont aussi les chapitres, se mélangeant les uns aux autres pour créer une narration saccadée et chaotique qui se marie très efficacement aux constants débalancements émotionnels du narrateur.

Au début, Antoine Bourque me tapait sérieusement sur les nerfs à débouler constamment toute sa culture générale en parlant sans arrêt de bons cafés, de bons vins, de musique classique… (Je trouvais que, pour un gratteux de guitare, il connaissait le luxe en osti pis ça m’irritait un peu.) Mais il devient attachant et on espère réellement qu’il trouvera ce qu’il recherche. Astheure que j’ai terminé le livre, je l’aime bien, Antoine.

Ce n’est pas Vertiges, mais le vertige y est bien. On le sent. On le vit.

Je terminerai en faisant un petit clin d’œil à de petits bijoux qui se glissent dans le texte :

Tu as raison, Antoine. Ginsberg doit se tenir loin des miroirs et des kodaks. J’aime mieux lire sa plume…que la voir.

La critique est importante, surtout quand on ne respecte pas les gens qui la donnent. Just saying…

Ciao les amigos! J’espère que vous serez moins réticent que moi en commençant la lecture. On ne peut pas juger un album avec une chanson. Avec douze, oui.

À propos…

Sébastien BérubéSébastien Bérubé est un artiste multidysfonctionnel. Auteur-compositeur-interprète, illustrateur, écrivain et poète, il aime tout ce qui touche à la création. Surtout le papier de construction. Titulaire d’un baccalauréat ès arts multidisciplinaire (littérature française, philosophie et histoire) de l’Université de Moncton campus d’Edmundston, il est aussi agent de développement culturel et communautaire du volet Premières Nations pour le district scolaire francophone du nord-ouest du Nouveau-Brunswick. Malgré tout, il aime toujours autant le papier de construction.

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