Les Caisses se cherchent et se perdent – Rosella Melanson

Nos Caisses populaires acadiennes deviennent Uni coopération financière.

On aurait pu changer de nom et j’aurais applaudi.

On aurait pu dire «Il faut trouver des nouveaux clients» et j’aurais dit «Ouais pis dépêchez-vous, parce qu’avec le taux de fécondité de l’Acadie et le je-m’en-foutisme des gouvernements à l’égard de l’immigration francophone»…

On aurait pu dire «Il y a trop de têtes blanches à nos réunions» et j’aurais dit «C’est peut-être la poussière de l’institution, mais d’accord et dépêchez-vous».

Si on avait fait cela comme il faut, le tout aurait pu passer comme du miel. Toutefois, on n’a rien dit. On n’a pas discuté du sujet en public même s’il s’agissait d’un changement potentiellement si important. Bref, on n’a pas eu le réflexe de la coopération.

On aurait même pu dire «Nous ne voulons plus être un symbole acadien, nous voulons jouer avec les grands» et nous aurions contesté et discuté comme du monde, voire comme un peuple.

Mais on n’a pas entamé la discussion. On a fait comme toute autre société à profit.

Serait-ce parce qu’on n’a pas su comment dire aux Acadiens, «Tsé, le mot Acadie, c’est gênant. Nous n’avons pas trop d’idées quoi faire pour régler nos vrais problèmes, mais nous savons que nous avons right honte de notre nom. Donc nous voulons seulement nous servir du mot Acadie entre nous, tsé, en cachette. Parmi le vrai monde, nous serons des syllabes. N’importe lesquelles. Mais faudrait pas que ce soit trop français, cela ferait peur».

N’ayant pas bu l’eau servie à l’Assemblée générale annuelle, nous avons fait un « Hein?» collectif lorsque l’annonce de la nouvelle image de marque a été faite. Ça n’a pas impressionné, ni le nom, ni le logo. C’était vide de sens. Quoi, j’ai huché, le drapeau devant vos bâtisses sera-t-il en matériel de camouflage bleu et vert?

Maintenant, on nous radote que nous n’aimons pas parce que les gens n’aiment pas le changement. «À la longue, vous allez aimer».

Un peu de condescendance avec votre pilule?

Stephen Harper n’est plus premier ministre. J’aime ce changement. J’aime le fait qu’il n’y a plus de Patente en Acadie non plus. Vois-tu, je n’ai pas de problème avec le changement.

On nous dit aussi qu’on fait cela pour les jeunes. Que les jeunes, eux, comprendront. Que les jeunes d’aujourd’hui, tsé…

Je ne sais pas comment je peux me sentir insultée, à la fois, au nom des jeunes et des vieux, mais c’est fait.

Donc notre institution financière pense que nous nous parons contre le ramollissement identitaire en se ramollissant. J’feel mon cerveau ramollir, comme dit Lisa LeBlanc.

Ou, comme disait Céline, «Madame Bérenge, elle visait bas, elle visait juste».

Tsé le petit velours que tu ressens quand tu passes devant une Caisse en Acadie. Mon velours me râpe la peau ces jours-ci.

À propos…

Rosella Melanson

Rosella Melanson, de Fredericton, est blogueuse, activiste et retraitée. Elle a été à l’emploi du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick. Elle a une formation en travail social, en journalisme et en technologie de l’information.

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