Changements climatiques : la fin annoncée d’un mode de vie – Michel Desjardins

Docteur Élisabeth Kübler-Ross était une brillante psychiatre helvético-américaine. On lui doit notamment les « cinq phases du deuil ». Selon sa théorie, après un évènement traumatique comme le diagnostic d’une maladie terminale, cinq principales phases se succèdent normalement chez l’être humain : le déni, la colère, la négociation, la dépression et l’acceptation.

Il y a des jours où je me demande si l’humanité toute entière n’est pas en deuil. Je veux dire qu’elle pleure la fin d’un mode de vie. Ça vous étonne? Ça ne devrait pas pourtant. Car voilà au moins trente ans que des milliers de scientifiques nous mettent en garde contre les effets dévastateurs des changements climatiques. Au moins trente ans que les cris d’alarme se font de plus en plus pressants.

Ce que les scientifiques ont annoncé, en réalité, c’est la fin du mode de vie que nous connaissons ici aujourd’hui, fondé sur l’exploitation débridée des énergies fossiles et la consommation à outrance. C’est tragique, mais c’est vrai. Toutes et tous, nous le savons, intuitivement.

À l’échelle individuelle, chacun fait son deuil.

Malgré les centaines de reportages et de commentaires sur le sujet, plusieurs parmi nous vivent toujours la phase du déni. Ils préfèrent tout simplement éviter le sujet. D’autres connaissent la phase de la colère. Ils sont en colère parce qu’ils se sentent impuissants et n’arrivent pas à expliquer ce qui se passe. Certains sont passés en mode négociation. Ils tentent de perpétuer l’ordre établi en parlant de voitures électriques et de panneaux solaires sur le toit de leurs châteaux. Il y a aussi celles et ceux qui ont franchi la phase de la dépression. On les reconnait souvent par leur retrait de la société, leur expression de désespoir et leur paralysie intellectuelle et psychologique. Enfin, que dire des gens qui ont atteint la phase de l’acceptation? En tout cas, ils semblent être peu nombreux.

À l’échelle collective, je dirais que nous traversons la phase de la négociation. La conférence de Paris, ou COP21, en est l’exemple de l’heure. Ça négocie ferme à Paris par les temps qui courent.

Je ne suis pas à Paris et je ne voudrais certainement pas diminuer les efforts des centaines de personnes qui essayent de faire en sorte que des progrès tangibles soient réalisés. Les négociations qui s’y déroulent sont réelles et importantes. Mais soyons clairvoyants. Si nous entendons les mots « fraction de degrés Celsius » et « émissions de CO2 » sortir de la bouche des participants, sachons que la vraie négociation porte bel et bien sur la fin d’un mode de vie. C’est que très peu osent en parler en ces termes.

Car, dans l’esprit de plusieurs participants, l’enjeu à Paris c’est de répondre à la menace existentielle des changements climatiques tout en maintenant notre mode de vie fondé sur la croissance économique perpétuelle et la consommation. Vous me suivez? Ils partent de la prémisse que notre mode de vie actuel est non négociable. Ils recherchent désespérément le « business as usual ».

En vérité, les seules choses qui sont non négociables à Paris ce sont les lois fondamentales de la chimie et de la physique. Une molécule de CO2 dans l’atmosphère restera toujours une molécule de CO2 dans l’atmosphère.

Dans leurs négociations, certains vont invoquer les miracles de la technologie. Ils fonderont leurs espoirs sur l’idée que tous nos besoins énergétiques pourront être satisfaits grâce au vent, au soleil, au sol et à l’eau. Ne vous faites pas avoir. Cela ne sera possible que si nous révisons courageusement à la baisse nos besoins énergétiques, ce qui suppose – vous l’aurez compris – de profonds changements à notre façon de vivre.

Il faut se rendre à l’évidence que la négociation prendra fin un jour. Tôt ou tard, nous passerons à la phase de l’acceptation. Nous serons alors confrontés à un choix cruel : la fin d’un mode de vie ou la fin de l’humanité tout court.

À propos…

michel desjardinsDepuis plus de 15 ans, Michel Desjardins se consacre sans relâche à des causes environnementales dans la région de Moncton. Il a notamment joué un rôle de premier plan dans la bataille pour la restauration de la rivière Petitcodiac. Il est aussi l’instigateur de plusieurs projets et organismes locaux, dont Grand Moncton Post Carbone. Comme consultant, Michel Desjardins se spécialise en recherche communautaire, en développement organisationnel et en rédaction.

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2 réponses à “Changements climatiques : la fin annoncée d’un mode de vie – Michel Desjardins

  1. Pingback: Plus de 200 publications depuis le lancement : Astheure on fait quoi? – Collectif | Astheure·

  2. Excellent article Michel. Le plus tôt qu’on arrivera à l’acceptation et à l’adaptation le mieux ça sera. Comme tu le dis si bien, un changement drastique dans notre mode de vie est inévitable. En fin de compte, ce mode de vie auquel on est habitué n’aura duré qu’une centaine d’années, ce qui n’est qu’une très courte période dans l’histoire de l’humanité.

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