Où vit l’Acadie – Marc-André Leblanc

Parfois, on écrit pour réfléchir. Du moins, c’est mon cas. Le fait de publier cet article a été un exercice fastidieux. Depuis de nombreuses semaines, je traine un texte que j’ouvre de temps en temps pour modifier quelques paragraphes, ajouter quelques phrases et pour en supprimer d’autres. Je tentais par tous les moyens de monter un argumentaire solide et infaillible qui saurait apporter de l’eau au moulin du projet acadien. Trois mois plus tard, je réalise que ma réflexion n’est clairement pas aussi rigide que je le pensais. Malgré tout, j’ose croire que le sujet est suffisamment d’intérêt pour le partager et, pourquoi pas, en débattre!

Depuis l’été qui vient de nous quitter, j’habite la région d’Ottawa. C’est ainsi qu’au quotidien je vois un édifice majestueux de style néogothique qui surplombe la rivière des Outaouais et qui est le symbole, non seulement de la ville, mais de l’ensemble du pays. Je parle bien sûr du Parlement du Canada!

Cet endroit est remarquable et représente le Canada d’une multitude de manières. Premièrement, c’est un lieu politique ; le symbole de notre démocratie. Même les Canadiens qui ne suivent pas le processus parlementaire savent, en voyant ce lieu, que ce qui se passe dans son enceinte influence notre pays.

De plus, le Parlement est un symbole de notre histoire et de nos valeurs. Le lieu est rempli de sculptures, de portraits et même de légendes qui sont autant d’emblèmes du Canada. On ne peut non plus oublier que le Parlement est un lieu de convergence pour tous les Canadiens et Canadienne. Chaque année, des centaines de milliers de citoyens s’y rendent pour le visiter, pour manifester, pour écouter les débats ou encore pour célébrer notre fête nationale!

Côtoyer ce lieu majestueux m’a apporté à réfléchir à son équivalent acadien. En d’autres mots, à un lieu auquel tous les Acadiens s’identifient. Pour faire court, je n’en ai pas trouvé. À la base, nous avons notre drapeau, notre hymne national, mais est-ce qu’il y a un endroit en particulier qui symbolise l’Acadie? Une Évangéline sur son piédestal devant l’église de Grand-Pré? La Sa- gouine sur son ile aux puces? Des villages historiques plus acadiens les uns que les autres?!

drapeau jean louis

Bien qu’ils soient acadiens, ces lieux sont la marque d’une Acadie historique et folklorique. Ce n’est certainement pas une Acadie vivante et en évolution qui occupe l’avant scène. Sans vouloir dénigrer l’importance de ces sites, je crois sincèrement que l’Acadie mérite mieux que cela.

Et pourquoi ne pas se créer un tel lieu? Une place où l’on peut se dire en Acadie. Où tous les Acadiens et Acadiennes sauraient qu’au jour le jour l’Acadie se questionne, l’Acadie se développe, l’Acadie se partage, l’Acadie se célèbre, en fait un endroit où l’Acadie vie!

Le Parlement à Ottawa n’a pas toujours été présent. C’est un projet que les Canadiens ont eux- mêmes entrepris (à deux reprises plutôt qu’une, en raison d’un incendie qui a détruit la majorité du premier édifice en 1916). En fait, il faut dire que nous avons eu un peu d’aide, car la Reine Victoria a déclaré en 1857 qu’Ottawa serait la capitale du pays (à l’époque le Canada-Uni)!

Car vous pouvez vous imaginer, choisir une ville pour un tel projet collectif créerait toute une guerre de clocher! Cela dit, il n’y a rien qui nous empêcherait de nous baser sur un des motifs qui a incité la Reine Victoria à choisir Ottawa. Cette ville qu’on appelait à l’époque Bytown était un choix apolitique comparativement à d’autres lieux où avaient déjà siégé des parlements (Montréal, Québec, Toronto, Kingston) en plus d’être stratégiquement située au centre du Canada-Uni. Donc si l’on suit la logique de Sa Majesté tout semble pointer vers Truro en Nouvelle- Écosse!

Il est évident que le choix de la localité est une embuche initiale. Laissons cette idée de côté pour nous tourner vers les avantages pour l’Acadie de se doter d’un lieu unificateur pour son peuple. Pour moi, cet endroit aurait une fonction première de nous rappeler que l’Acadie existe au présent. De plus, ce serait l’endroit parfait pour y orienter l’avenir de notre nation acadienne. Ce serait un lieu parfait pour unir les forces de plusieurs organismes acadiens sous un même toit. Je pense que ces organismes pourraient d’ailleurs en profiter. Cela permettrait à ces derniers d’être associés à plus qu’un logo et une à présidence changeante, mais aussi à un lieu permanent qui symboliserait leur pouvoir et leurs actions. Et comme le Parlement, même si tous les Acadiens ne savent pas exactement ce qui se passe à l’intérieur de notre lieu symbolique, celui-ci représenterait tout de même l’importance et la légitimité des institutions qu’il réunit.

Mais je vous vois venir, vous allez me dire que ces lieux existent déjà et vous avez raison jusqu’à un certain point. Dans les quatre provinces de l’Atlantique se trouve un édifice hôte de plusieurs organismes acadiens représentant différentes causes francophones de leur région. Par contre, j’ose croire que ces lieux ne symbolisent pas les personnes qu’ils représentent et que leur existence est ignorée par bien des gens leur communauté.

J’ai certainement bien de l’ambition et j’avoue que ce projet ne se réalisera pas du jour au lendemain. Mais un gars a le droit de rêver!

À propos…

Marc-André LeBlanc est originaire de Haute Aboujagane au Nouveau-Brunswick. Titulaire d’un baccalauréat en information et communication de l’Université de Moncton, il poursuit actuellement sa maitrise en communication, volet étude des médias à l’Université d’Ottawa.

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6 réponses à “Où vit l’Acadie – Marc-André Leblanc

  1. Pingback: Plus de 200 publications depuis le lancement : Astheure on fait quoi? – Collectif | Astheure·

  2. Très belle réflexion, Marc-André! Mais j’ai bien peur qu’en cherchant à créer un lieu rassembleur, unificateur, de l’Acadie, le risque serait trop grand de créer de grandes divisions au sein de notre communauté (qui n’est déjà pas toujours aussi solidaire qu’elle ne devrait l’être…).

    Il existe déjà, comme tu le mentionnes, des endroits plus ou moins symboliques, dans de très nombreuses communautés. En choisissant l’une d’entre-elles comme porteuse de ce lieu-phare, les boucliers se soulèveraient, on crierait à l’injustice, au favoritisme, de tout bord, tout côté.

    Et comme ça déjà été mentionné, Ottawa a pu exister comme capitale nationale parce que le Canada se constituait en entité politico-juridique. La création d’une capitale était non seulement sensée, mais essentielle. Je ne suis pas convaincu de la nécessité d’un lieu central à notre Acadie. Que nos institutions soient hébergées dans des locaux dignes du prestige qui devrait leur être accordé? Certes! Mais qu’on ne fasse disparaître des bureaux régionaux pour les centraliser à… Dieppe? … Caraquet? … Truro? … Pubnico? … St-Quentin? Pas sûr…

    Il faudrait peut-être que les Acadiens commencent par occuper les espaces francophones qui leur ont été gagnés, à coups de luttes difficiles, tant dans les espaces ruraux et urbains que dans le monde virtuel, avant que nous nous préoccupions de nous créer de nouvelles aires d’épanouissement. Mais ça, évidemment, ce n’est que mon humble opinion 🙂

  3. C’est une belle réflexion, Marc-André. Pour moi, elle soulève la question de la politique en Acadie. Nous n’avons pas un symbole comparable au Parlement canadien (ou à l’Assemblée nationale pour les Québécois) car nous n’avons pas d’autonomie politique. Les décisions politiques qui façonnent notre quotidien et notre avenir sont prises par le Parlement canadien et les assemblées législatives dans les provinces maritimes. On peut certes investir dans un quartier général pour la SNA, mais, pour devenir le symbole par excellence de l’Acadie, la SNA devra dépasser l’administration de programmes du fédéral et des provinces et être investie de compétences législatives. Le jour où la SNA est l’organe politique responsable de l’éducation ou de la culture en Acadie, par exemple, sera le jour où elle deviendra un symbole comparable au Parlement canadien ou à l’Assemblée nationale du Québec.

  4. Un projet moins ambitieux serait d’équiper la Société Nationale de l’Acadie d’un quartier général qui lui permettrait de rayonner beaucoup mieux qu’elle le fait présentement. Une maison de l’Acadie sur notre territoire en reconnaissance de son rôle comme représentante internationale du peuple acadien. Un endroit où l’Acadie pourrait accueillir le monde avec le prestige que cela implique. Et pourquoi pas au coin des rues Acadie et Champlain à Dieppe, NB?

    • Vous pouvez effacer mes commentaires. Le deuxième portait sur le dernier mot du septième paragraphe. Merci d’avoir corrigé rapidement.

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